Régis Debray a préfacé une réédition des Grands discours de guerre du général de Gaulle (Perrin) en vue du 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin. Et comble d’ironie, celui-ci a jugé opportun d’utiliser cette tribune pour expliquer sa conviction que la France était « sortie de l’histoire », mais de fort belle façon grâce à de Gaulle ! Pouvait-on imaginer message plus à contre-sens de l’appel du 18 juin et de toute l’attitude du Général ? Paul-Marie Coûteaux ne pouvait laisser passer une telle imposture sans réagir et cela nous vaut une Lettre ouverte à Régis Debray (1) d’une virulence particulièrement revigorante. On retrouve là les accents d’un Bernanos dans Les grands cimetières et c’est un réel plaisir que de voir ce pauvre Debray remis à sa place avec force arguments, auxquels la verve polémique donne plus de tranchant encore.

 

Ce qui est pitoyable chez ces intellectuels comme Régis Debray – qui nous avait habitué à mieux ces derniers temps –, c’est leur mépris du peuple et leur peu de foi dans les ressorts d’une veille nation qui en a connu d’autres au cours de ses 2000 ans d’histoire. Mépris de la France qui, selon lui, en 1940, « ne souhaitait plus qu’une petite place dans l’Europe allemande de demain », quand il n’évoque point le défaitisme et la trahison des élites politiques et militaires des années précédentes, et la résistance et le courage d’une minorité certes, mais qui l’eût été moins avec des chefs à la hauteur de leurs responsabilités. Paul-Marie Coûteaux fait justice de tout cela et rappelle des chiffres qui ne trompent pas. « Ah, s’exclame-t-il, comme les esprits sans courage trouvent de moyens pour le faire perdre à ceux qui en gardent ! » (p. 33). Hélas ! ce qui était vrai en 1940, l’est encore aujourd’hui, notre auteur a en effet raison d’établir une comparaison avec la construction européenne et l’affaire du référendum de 2005 : comme en 1940, la France est trahie pas ses élites… mais sans avoir un de Gaulle pour la redresser.

 

L’appel du 18 juin ne fut pas seulement un refus de la défaite, une volonté de poursuivre le combat – l’histoire a montré que cette voie était possible –, il fut peut-être surtout un acte d’espérance contre le désespoir, « l’affirmation que l’humanité n’est pas de toute fatalité soumise à la force brute » ; et Paul-Marie Coûteaux de poursuivre : « c’est dans tous les cœurs, cher Debray, partout à travers la planète, et c’est en quoi la France reste une puissance mondiale, aussi longtemps qu’elle résistera, elle, peut-être seule, à la loi de la force, de l’Empire du fric et du fric où qu’il soit » (p. 54).

 

Il y aurait encore de belles pages à citer sur le général de Gaulle qui aurait été lâché par le peuple de France et, plus encore, sur sa foi – qui n’entraîne nulle résignation, au contraire, elle est une force qui pousse à la juste résistance – sur laquelle les historiens sont habituellement fort discrets.

 

Bref, lisez ce beau livre, car c’est un cri du cœur, celui de la résistance française : « Je crois sans faillir que la messe n’est pas dite ; que la France peut toujours redevenir ce qu’elle fut souvent, le caillou glissé dans la chaussure des mastodontes, le phare de résistance qui appelle toutes les résistances à travers l’univers, l’affirmation d’une voie nationale, celle du tout politique opposé au choc convenu de deux délires, le tout-marché et le tout-religieux, les deux totalitarismes qui aujourd’hui se partagent le monde » (p. 45).

 

Christophe Geffroy

 

(1) Paul-Marie Coûteaux, De Gaulle, espérer contre tout. Lettre ouverte à Régis Debray, Xenia, 2010, 96 pages, 10 e.