Dernières nouvelles des cabris
N° 1, février 2000.

L’europe des tribus

La baronne Sarah Ludford (groupe Libéral) vient de signer un rapport, pour la Commission des Libertés publiques du Parlement européen, sur la lutte contre le racisme et la xénophobie dans l'Union européenne. A cette occasion, elle nous livre une vision très particulière de l'Europe de demain. Morceaux choisis : "(Le Parlement européen) souligne que l'UE doit collecter des données ethniques fiables qui lui serviront pour réviser et poursuivre son action dans ce domaine et demande que le suivi ethnique devienne obligatoire pour toutes les entreprises comptant plus de 250 salariés et que les résultats soient publiés." "Demande aux États membres...de constituer des services de police représentatifs de l'équilibre ethnique de la société en recrutant un nombre accru de policiers issus de groupes ethniques minoritaires" ainsi de suite... (Rapport sur la lutte contre le racisme et le xénophobie dans l’Union européenne, PE 232.657)

Zizanie

Le Chancelier allemand a proposé que des mesures identiques à celles dont fut menacé l’Autriche soient envisagées à l'encontre de l'Italie, si Alleanza Nationale, qualifiée par lui de "néo-fasciste", était associée à un prochain gouvernement italien.
Le Président de la République italienne, avec le soutien de son Premier ministre, a protesté, par la voix de son Ambassadeur à Berlin, contre les propos du Chancelier. Ces propos, a-t-il rétorqué, dénotent une parfaite méconnaissance des réalités politiques de son pays. (The Times, samedi 19 février 2000)

Ecoutes clandestines de routine

Des agences de renseignement du gouvernement américain ont fait savoir qu’elles ont constaté à la faveur "d’ écoutes clandestines de routine " (sic) menées au sein des institutions européennes, que les fonctionnaires européens utilisaient leurs lignes téléphoniques pour des communications personnelles. Les responsables de l’OTAN affirment que lorsqu’ils communiquent un document au Conseil, ils peuvent " aussi bien l’adresser directement à CNN ". D’autre part les problèmes de confidentialité sont accrus par le recours à des interprètes et donc à des microphones qui multiplient les risques d’écoutes ou d’enregistrement. La Grande Bretagne refuse tout simplement de transmettre tout document confidentiel lié à la défense au Conseil.
La création de la future armée européenne semble mal partie. Le Conseil admet être préoccupé par la sécurité du bâtiment du Conseil dénommé "Justus Lipsius", davantage conçu pour des délibérations sur la politique agricole ou les commandes électriques intérieures des véhicules à moteurs que pour des rencontres confidentielles dont l'enjeu est la défense de l’Europe. Il apparaît, entre autre révélation, que deux membres du personnel de la société de nettoyage sous contrat avec le Conseil ont un casier judiciaire. Les experts de l’OTAN affirment que ce manque " culturel " de confidentialité sera très long à combler. Nous voulons bien le croire ... (The Guardian, samedi 19 février 2000)

Flop

Au début de l’année, Tony Blair et l’association Brittain in Europe ont lancé une campagne publicitaire afin de vanter les mérites de l’adhésion à l’Euro ; mais devant des sondages catastrophiques, les europhiles ont dû revoir leur copie (69% des Britanniques sont en effet opposés à l’abandon de la Livre Sterling, 34% favorables à un retrait de leur pays de l’Union). La campagne sombre d’ailleurs dans le ridicule : le chiffre de 8 Millions d’emplois perdus avancé par ses initiateurs vient d’être sèchement démenti par l’auteur de l’étude dont ce chiffre était censé être tiré. M. Martin WEALE, directeur de l’Institut National d’Economie et de Recherche Sociale, l’un des plus éminents économistes de Grande-Bretagne, vient en effet de qualifier les chiffres avancés " d’idiots " et a accusé ceux qui les ont utilisés d’être "dignes du Dr GOEBBELS". Selon la véritable étude, l’emploi ne serait pas menacé à long terme si le Royaume-Uni quittait l’Union, ses échanges commerciaux avec le continent n’étant pas essentiels à son économie.
L’affaire fait grand bruit de l’autre côté de la Manche, le thème européen étant au centre de la pré-campagne pour les élections générales prévues dans un an. Les plus généreux proposent aux déçus de l’Euro, après la disparition de leurs monnaies nationales, d’adopter la Livre Sterling… (The Times, samedi 19 février 2000)

La méthode Monnet et l'unification spirituelle de l'Europe

Une charmante chapelle, coincée entre les ruines et les bâtiments en construction du quartier européen de Bruxelles, va bientôt servir de lieu de réflexion à un groupe oecuménique le Centre Van Maerland dont la philosophie est la suivante : "La Communauté a unifié la vie économique. Elle est en train d'unifier les hommes. Il serait donc tout à fait normal que la même dynamique gagne les religions. En quelque sorte, il s'agit d'appliquer la méthode de Jean Monnet au domaine spirituel". (“La Commission en direct” n°152)

Les démocraties sous tutelle

Le projet de rapport de MM. Leinen (PSE) et Dimitrakopoulos (PPE), relatif à la conférence intergouvernementale nous livre une vision très particulière du fonctionnement de ce qu’il nomme la “République européenne”. Il prévoit en effet de compléter l’article 6 du traité de la manière suivante : “les partis qui d’après leur programme ou d’après l’attitude de leurs membres tentent de porter atteinte aux principes démocratiques et aux droits fondamentaux peuvent faire l’objet d’une procédure de suspension de la Cour de Justice de Luxembourg”. Les démocraties nationales seraient-elles soupçonnées d’être systématiquement opposées aux principes démocratiques ? Une seule solution, donc : dissoudre le peuple !


Actualité de l'article 117 : “Tous les documents du Parlement doivent être rédigés dans les langues officielles. Les interventions dans une des langues officielles sont interprétées simultanément dans chacune des autres langues officielles et dans toutes autre langue que le bureau estime nécessaire”.

Marché unic :

L'Avocat général de la Cour de Justice des Communautés européennes, Damaso Ruiz-Jarabo Colomer, a rendu fin 1999 ses conclusions sur une affaire opposant la France à un commerçant. Ce dernier avait été condamné par la justice française pour avoir vendu des boissons gazeuses, achetées en Grande-Bretagne, sans que leurs étiquettes n'aient été traduites en Français, ce qu’impose la législation française. Selon M. Colomer, l'obligation d'utiliser exclusivement la langue d'une région linguistique, qui, dans ce cas, coïncide avec le territoire d'un État membre, constitue une entrave aux échanges commerciaux. A le suivre, il faudrait déduire que les Etats-membres sont donc moins souverains que ne l’est le Québec dans la fédération canadienne…

Toute reproduction de ce texte est vivement recommandée…

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