Dernières nouvelles des cabris
N° 9, novembre 2000.

Puisque cette feuille semble avoir beaucoup de lecteurs étrangers, intrigués par son titre, rappelons ce mois-ci la phrase que le Général de Gaulle lançait au journaliste Michel Droit le 10 décembre 1965, en s’emportant contre ceux qui voyaient dans l’Europe la solution à tous les problèmes " Il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur les réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un Cabri en disant " l’Europe, l’Europe, l’Europe… ", mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien ". A de multiples reprises de Gaulle a dit qu’en Europe les réalités n’éaient rien d’autre que les nations. Il ajoutait quelques minutes plus tard : " vous en avez qui crient : Il n’y a qu’à fondre tout cela ensemble, les Français avec les Allemands, les Italiens avec les Anglais, etc…" vous savez c’est commode et quelquefois c’est assez séduisant, on va sur des chimères, on va sur des mythes, mais ce ne sont jamais que des chimères et des mythes ".

Paul-Marie Coûteaux

Quand le démocrate Goebbels choisit les députés présentables,

Lors d’une récente réunion des coordinateurs de la Commission des affaires économiques du Parlement européen, alors qu’il s’agissait d’organiser les auditions du Président de la Banque Centrale européenne et plus particulièrement de savoir qui poserait la première question, celle qui attire le plus l’attention du public et des médias, fut évoquée la possibilité d’une rotation entre les chefs de file des différents groupes politiques. Cette proposition a été rejetée par M. Goebbels, député européen luxembourgeois et vice-président du groupe socialiste, parce qu’elle conduirait inévitablement M. William ABITBOL, député souverainiste français et vice-président de ladite commission à prendre la parole le premier lors d’une prochaine audition de M. Duisenberg. M. Goebbels estime que les positions de M. Abitbol, opposé à l’euro, " entameraient la crédibilité de notre commission ". On pourrait suggérer à ce grand démocrate d’interdire les parti eurosceptiques, ou plus simplement de supprimer les élections…

et quand la démocrate OSCE fait et défait les élections

A l’occasion des élections législatives qui avaient lieu en Biélorussie le 15 octobre dernier, une délégation de 7 parlementaires européens s’est rendue à Minsk du 13 au 17 pour " observer " le bon déroulement du scrutin. " L’observation " a permis de noter les progrès de la démocratie dans ce pays puisque, dans tous les bureaux de vote visités, le scrutin paraissait régulier (isoloir, présence d’un membre de l’opposition dans chaque bureau, affiches électorales à l’entrée, etc…). Las ! Les Etats-Unis, qui rêvent de renverser le régime de M. Loukachenko, réputé favorable aux intérêts russes, afin d’y établir un régime qui autoriserait l’installation de bases de l’OTAN à quelques centaines de kilomètres de Moscou, avaient annoncé 15 jours auparavant que ces élections n’étaient pas démocratiques. Ce que les députés européens avaient vu ne servait à rien, leur délégation étant incorporée à une mission de l’OSCE présidée par un ambassadeur allemand, M. Wieck, lequel ancien chef des services secrets de la République fédérale entre 85 et 89 avait décidé d’emboiter le pas à la vertueuse dénonciation américaine... Dans une conférence de presse, M. Wieck eut bien du mal à contenir l’ire des divers observateurs internationaux qui avaient tous noté les progrès de la démocratie en Biélorussie, et qui reçurent le renfort de l’auteur de ces lignes, qui témoigna que le rapport de l’OSCE était préparé à l’avance. Qu’importe, la presse occidentale ne retint que la condamnation de l ’OSCE. Précisons que c’est la même organisation qui jugea naguère normales les élections en Géorgie où pourtant la grande majorité des chefs de l’opposition avaient été prélablement jetés en prison. Mais l’OSCE avait cette fois décidé de soutenir M. Chevarnadtze…

Les pères de l’Europe, ceux qu’on nous cache (III) : La CIA

Des documents récemment rendus publics démontrent que les services secrets des États-Unis ont, au cours des années cinquante et soixante financé les mouvements fédéralistes en Europe, en particulier le Mouvement fédéraliste européen. L’un de ces documents, signé par William Donovan, Directeur de la CIA, organise la campagne menée dans les années cinquante pour la création d’un véritable parlement européen. D’autres documents révèlent que 53% du budget du Mouvement Européen pour 1958 était composés par les dons d’une association prête-nom de la CIA, l’ACUE (American Committee for a United Europe) . Ces documents démontrent l’implication du Département d’État américain : dans une note émanant de sa section européenne, datée du 11 juin 1965, il conseille à Robert Marjolin la mise en place en catimini d’une union monétaire. Il recommande en particulier d’éviter le débat public "jusqu’au point où une telle décision serait inévitable". Ils démontrent également l’implication et les financements apportés par les services américains aux partisans de l’adhésion du Danemark à l’Union européenne avant le referendum de 1975. The Daily Telegraph, 19 et 20 sept. 2000 — www.telgraph.co.uk

Avis ! : Un numéro spécial des Cabris (novembre/2 ; n°10) paraitra le 14 novembre. Il sera consacré au budget européen 2001, et aux perles que l’on y trouve, ainsi qu’aux diverses manifestations qu’organisent en marge du sommet de Nice, en décembre, les partis et groupes eurosceptiques.


Usage de faux

Le traité de Rome, signé en grande pompe en 1957 au Capitole et socle de toute la construction européenne ultérieure, était en réalité composé de pages blanches ; seule la page portant les signatures était imprimée. Raison : au dernier momment, la délégation allemande a exigé que le traité soit signé dans les langues propres à chacun des pays signataires alors qu’il avait été négocié et rédigé en français. Mais le 25 mars 1957, les documents n’étaient pas prêts. C’est alors qu’un jeune ministre de l’époque, Giulio Andreotti, a eu l’idée de ce subterfuge, prenant néanmoins la précaution de faire signer le manuscrit du véritable traité. En somme, un traité signé en blanc… Il Corriere della Serra — 29/09/2000

" Acquis " au prix fort

Selon des experts européens, l’acquis communautaire, - ensemble des réglementations que doivent ingurgiter en quelques années les pays d’Europe centrale et orientale avant leur adhésion à l’Union européenne - dans le seul domaine de l’environnement va coûter à la Pologne 200 Milliards de Francs. L’Union européenne doit prendre en charge une partie de ces dépenses, mais compte tenu de l’énormité de l’évaluation, certains se demandent si ce n’est pas une nouvelle ruse pour retarder l’élargissement auquel beaucoup de Polonais commencent à ne plus croire. (Handelsblatt, 4 septembre 2000).

Discrimination

Le rapport de M. Thomas Mann, relatif à la lutte contre la discrimination et à l’ égalité de traitement entre les personnes, adopté par le Parlement européen pourrait faire sourire s’il ne s’inscrivait dans une logique permanente au travers des textes bruxellois : Ce rapport renverse la charge de la preuve en matière de discrimination face à l’emploi (sexe, race, orientation sexuelle, etc…). Ce n’est en effet plus à la personne qui se juge lésée de prouver qu’elle a été victime d’une discrimination, c’est à l’employeur, a priori suspect, de prouver que son choix n’était pas discriminatoire. La profession d’avocat a encore de beaux jours devant elle.

Bricolage

Après le fiasco des sanctions contre l’Autriche, au grand dam de notre candidat Jacques Chirac, les grandes consciences européennes n’ont pas désarmé. La Commission européenne, reconnaissant implicitement que le boycott de l’Autriche n’était pas légal, propose à présent pour le Conseil européen puisse mettre en oeuvre ce type de sanctions "préventives " sans avoir recour aux expédients bricolés à Lisbonne. Le projet met en place un système d’alerte et de surveillance qui pourrait être utilisé dans le cas où des " valeurs européennes fondamentales " sont menancées. Ce nouveau mécanisme pourrait être mis en place à la demande des deux-tiers des Etats membres et être intégré dans le futur traité de Nice. Bref, comme celui-ci va accoucher d’une souris sur les sujets de son ordre du jour, on prépare un rideau de fumée d’incantations vertueuses. A défaut de politique, on aura un discours sur les valeurs. .

Liens

Au cas où certains de nos bons lecteurs auraient envie d’en savoir d’avantage, toujours d’avantage, sur les turpitudes de nos amis les cabris, nous leur conseillons certains confrères eurosceptiques toujours bons à consulter :

&Mac183; d’abord, par notre excellent ami, John Laughland, l’ " intelligence digest " de la Fondation européenne, que l’on trouve à l’adresse suivante : http://www.europeanfoundation.org/intelligencedigest.html

&Mac183; En Belgique est publiée la revue mensuelle d’information "Defensa ", bimensuel qui paraît le 10 et 25 de chaque mois. Directeur de la publication : Philippe GRASSET, 22, rue du Centenaire, B-4624 FLERON. Tél : 00 32 4 355 05 50 - Fax : 00 32 4 355 08 35.

&Mac183; En France, le site personnel de Claude Rochet, fourmille d’informations et d’analyses sur la "construction européenne" : http://perso.wanadoo.fr/claude.rochet/EU/europe.html

Article 117 : "Tous les documents doivent être traduits dans les langues de travail… "

Rapport en V.O.

Le rapport Ferber, portant sur le budget 2001, a été transmis aux membres de la commission des Budget du Parlement européen, par courrier électronique, en dix langues, excepté la langue française. Cet envoi, daté du 3 octobre au soir, précisait que le délai de dépot d’éventuels amendements était fixé au lendemain à 12 h 00, et que la traduction en langue française… suivrait. Dans un courrier adressé à Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen, Florence Kuntz, député souverainiste français interpelle à nouveau le Président du Parlement européen afin qu’elle use de son influence pour contrer le déclin de la langue française au sein des institutions européennes. Après des promesses cent fois réitérées par Madame Fontaine dans de courtoises lettres adressées sur ce sujet à plusieurs membres de notre groupe, Madame Fontaine fera-t-elle un jour quelque chose ?

" Les Dernières nouvelles des Cabris ", lettre mensuelle de Paul-Marie Coûteaux, député français au Parlement européen — courrier électronique : Pcouteaux@europarl.eu.int — Site personnel : www.pm-couteaux.org.

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