Droits de l'Homme et souveraineté nationale
Intervention du 15 mars 2000Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, il y a quelque chose de dérisoire dans notre obstination à lier les droits de l'homme au projet européen, projet dont la logique même, à notre sens, les remet en cause, et même les menace. Pour nous, en effet, aucun droit de l'homme n'est concevable en dehors d'une société politique et, en particulier, de cette forme suprême de la société politique pacifiée qu'est la nation, aussi bien pour ce qui est de la paix civile que pour ce qui est de l'équilibre entre les nations, et donc de la paix internationale.
Or, l'Europe prétend se construire contre ce socle même et le détruire sous les deux espèces fondamentales pour elle que sont, d'une part, la res publica et, d'autre part, la souveraineté. Ce n'est pas par hasard si la déclaration des droit de l'homme a coïncidé, en France, avec l'affirmation de la souveraineté nationale. De Gaulle disait justement que le premier des droits de l'homme était la souveraineté nationale, pour cette raison simple qu'il n'est point de droit en dehors d'une société politique libre vis-à-vis, d'une part, des féodalités et, d'autre part, des empires, c'est-à-dire de la souveraineté populaire et de la souveraineté nationale, ce qui précisément détruit lentement mais sûrement le projet européen.
De même, nous jugerons impossible de lutter contre le racisme, l'antisémitisme ou la xénophobie sans faire des hommes des citoyens, c'est-à-dire sans les détacher, au moins dans l'ordre politique, de leurs appartenances privées, c'est-à-dire des ethnies ou de ce que l'on appelle aujourd'hui les minorités, que l'on voit resurgir non seulement dan différents rapports de la commission des libertés et des droits des citoyens, de la justice et des affaires intérieures, mais aussi, et cela nous paraît très dangereux, dans notre politique même, telle celle que nous avons menée au Kosovo.
En réhabilitant les ethnies, en réhabilitant les minorités, nous ouvrons dangereusement la voie aux appartenances particulières contre les appartenances politiques qui sont les appartenances nationales, et cette boîte de Pandore ne finira pas de sitôt d'incendier notre continent. Voilà pourquoi il nous paraît bien dérisoire de nous gargariser des droits de l'homme dans une enceinte qui nous expose à terme plus ou moins long aux pires régressions.
Paul-Marie Coûteaux
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