Sur les accusations contre la Tunisie
Intervention du 14 décembre 2000.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Gardons un peu de mesure s’il vous plaît. Voici deux fois, cette année, que la Tunisie est mise en accusation devant cette Assemblée et l’on pourrait se demander ce qui fonde notre acharnement d’autant qu’on ne voit guère, au fond, ce qui le justifie.

Certes, le processus démocratique est loin d’être accompli en Tunisie, c’est d’ailleurs le cas dans un très grand nombre de pays du monde, de même qu’il était loin d’être accompli, il y a encore un siècle, dans nos pays si tant est qu’il le soit. Nous n’aurions pas supporté des interventions permanentes de pays tiers.

Voici tout de même un pays qui peut afficher de nombreuses et spectaculaires réussites sur la voie du développement – qui est peut-être le premier des droits de l’homme. La croissance y a été de 6 % en 1998 et ses fruits sont équitablement redistribués puisque le taux de pauvreté, au sens de l’ONU, est inférieur à 10 %. Ce n’est pas le cas de tous les pays riches. 80 % des Tunisiens sont titulaires de leur logement, un tiers du budget est constitué par des transferts sociaux tandis qu’un autre tiers est consacré à l’éducation. J’ajoute que la Tunisie est le premier pays, membre de la Ligue arabe, à abolir la bigamie.

C’est ce pays-là que nous attaquons sans cesse pour des affaires qui confinent parfois au dérisoire – y compris, Madame, la personnalité de M. Ben Brik – alors qu’il devrait être considéré comme l’un de nos partenaires essentiels.

On ne peut manquer d’y voir une étrange machination et je voudrais dire à la Tunisie que si l’Europe semble lui tourner le dos, la France continuera à voir, en elle, l’un de ses partenaires essentiels.

(Le président interrompt l’orateur).

Paul-Marie Coûteaux

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