Sur un sous-marin britannique à Gibraltar
Intervention du 14 décembre 2000.

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Je n’ai pas grande compétence, ni d’ailleurs aucun d’entre nous, pour traiter de cette question qui est en effet, comme l’a dit notre commissaire, assez technique. Après tout, nous manquons d’informations du fait que le gouvernement britannique a l’air de cacher l’essentiel des choses. Peut-être l’évènement est-il grave, peut-être ne l’est-il pas. Le gouvernement britannique agit comme l’a fait récemment le gouvernement russe lors d’une avarie survenue à l’un de ses sous-marins. Peut-être d’ailleurs l’un et l’autre gouvernements ont-ils raison.

Mais je ne veux pas manquer de relever cette affaire tant elle est inquiétante, amusante aussi à certains égards et, en tout cas, significative de l’état actuel de l’Europe, à l’heure de Nice. Inquiétante, elle l’est à l’évidence pour les riverains espagnols, marocains et aussi pour la population de Gibraltar qui ont raison de s’inquiéter des suites de cette affaire, d’autant que l’information semble filtrer moins vite que l’eau de certains circuits de refroidissement.

Elle est surtout significative, et c’est sur ce point que j’aimerais insister, en ce qu’elle montre dans quel état se trouve l’Europe dite unie et à cet égard, elle est presque même amusante pour des souverainistes. On nous répète en effet sans cesse qu’il existe un peuple européen. Or, nous voyons ici un Etat membre qui traite l’opinion publique d’un autre Etat membre comme il le ferait avec n’importe quel Etat dans le monde, comme si, au fond, il n’y avait nulle affectio societatis cinquante ans après le début de l’entreprise européenne, comme si la solidarité européenne n’avait nullement progressé. Et l’on entend aussi s’élever des voix, toutes très autorisées et en tout cas très europhiles, qui en profitent pour demander rien de moins qu’un désarmement des sous-marins nucléaires, comme si l’Europe devait laisser aux autres puissances le monopole nucléaire. Tout cela en plus sur un fond assez médiéval de contentieux territorial entre deux Etats membres, contentieux qui est loin d’être réglé.

En réalité, on voit ici, dans les petites affaires comme dans les grandes, à quel point l’Europe de Nice, conçue comme devant être une dynamique, est en panne, durablement en panne, pour les raisons que M. Bourlanges a fort bien décrites au lendemain du Sommet de Nice. Ces raisons tiennent tout simplement au fait qu’elle n’a pas de souffle, elle n’a pas de grands hommes capables de voir le monde et l’histoire d’un même regard. En réalité, dans cette grande période de reflux, ou de panne, dans laquelle entre l’Europe, il était inévitable qu’émergent des rochers comme celui de Gibraltar et toutes sortes d’inquiétudes, comme d’ailleurs le terrorisme. Puisque nous avons détruit les appartenances fortes qu’étaient les appartenances nationales et que nous n’avons pas pu leur substituer l’appartenance forte qu’aurait été la citoyenneté européenne, évidemment les particularismes se déchaînent.

Le constat de M. Bourlanges est exact. Il s’en plaint. Nous nous en félicitons : c’est notre seule différence.

Paul-Marie Coûteaux

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