Sur l'endettement des pays pauvres
Intervention du 17 mai 2000.
Les initiatives qui tendent à annuler tout ou partie de la dette du Tiers-Monde se multiplient en cette année 2000. La rencontre du Caire na abouti, sur ce sujet, pas plus que sur les autres dailleurs, à nulle conclusion tant soit peu lisible. Or, une telle mesure relève du simple bon sens et lon aimerait demander au Conseil sil compte sen saisir un jour ou lautre.
Car nous touchons en effet ici au dérisoire. Non seulement les ressources financières manquent aux pays du Sud pour rembourser leurs dettes, mais de surcroît, lordre économique international, qui a imposé au monde une conception devenue folle du libéralisme, prive la plupart de nos partenaires du Sud - je pense en particulier à ceux dAfrique du Nord et à ceux dAfrique subsaharienne daccéder aux conditions dun développement tant soit peu durable. Celles-ci sont sans cesse battues en brèche par lapplication aveugle du libre-échange, assorti dune privatisation obsessionnelle et idéologique de lexploitation de la plupart de leurs richesses. Les pays riches, sottement alignés sur les règles impérialistes du FMI et de la Banque mondiale, furent pourtant les premiers à savoir quelle ne peut ruiner tout décollage économique puisque leur propre développement nalla pas sans recourir souvent aux règles du protectionnisme, en assurant dailleurs un rôle privilégié à lEtat et à lintervention publique sous toutes ses formes.
Il ny aura de paix entre les nations que dans léquilibre. Léquilibre politique et économique ruine au contraire un monde de plus en plus unipolaire. Nous le savons bien, malgré la politique de lautruche que pratiquent des pays riches insoucieux du lendemain et qui entraîne le monde sur des voies fort dangereuses, il serait temps pour nous, alors que ce Parlement se perd dans les détails et les questions secondaires, que nous sachions regarder le monde dans son ensemble. Au lieu dabandonner en rase campagne la seule politique raisonnable que représentaient les accords de Lomé, il serait temps dengager un véritable partenariat économique, et surtout politique, avec les pays de la Méditerranée et de lAfrique. Mais il faudrait pour cela à lEurope une autorité assez légitime et assez lucide pour sortir du piège du libéralisme à tout va et, bien entendu, elle nen possède aucune qui soit digne de ce nom.
Paul-Marie Coûteaux
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