Diplomatie commune communautaire
Intervention du 4 septembre 2000
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les délégués des pays membres, l'intérêt du rapport Galeote est double : le premier est que cette Assemblée y révèle sans complexe ses véritables objectifs et le second est que personne ne lui prête la moindre attention.
De quoi s'agit-il en effet ? Il s'agit rien de moins que de doter l'Union européenne, réduite d'ailleurs à la Commission, des derniers attributs de l'État souverain qui lui faisaient encore défaut, à savoir un service diplomatique et sa condition, la personnalité juridique. Car, après tout, soyons un peu logiques. Si cette école doit servir à quelque chose, c'est bien à créer un corps diplomatique commun, selon un processus qui n'est que trop limpide, tel qu'il est esquissé dans le rapport Galeote.
Si ceux qui soutiennent ce rapport arrivent à leurs fins, le "dépeçage" des nations sera ainsi parvenu à son terme logique, en reprenant encore une fois la vieille technique de Monnet, Schuman et Delors, qui consiste à créer un organe en espérant que cela finisse par créer la fonction et le contenu. Mais enfin, on omet tant de préalables que l'on a l'impression que l'on se moque un peu du monde. On crée en effet un instrument diplomatique sans se soucier du premier préalable, une diplomatie commune, celle-ci supposant elle-même un autre préalable, à savoir que l'on définisse d'abord des intérêts communs aux États membres, et ce préalable en supposant lui-même un autre, qui consiste à définir une relation commune de l'Europe avec le reste du monde.
Or, ne serait-ce qu'entre les trois principales puissances - l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France - on ne peut pas, on ne voit pas sur quels points ces intérêts communs et cette diplomatie pourraient s'appuyer, ni vis-à-vis de l'Ouest dans les relations avec les États-Unis et s'agissant du rôle de l'OTAN, sur lequel nous ne sommes absolument pas d'accord et pas prêts de l'être, ni vis-à-vis de l'Est - ici se pose l'épineuse question de la Russie et de nos rapports avec l'ensemble des pays de l'Europe centrale - ni vis-à-vis du Sud, et peut-être encore moins vis-à-vis du Sud, notamment dans le cadre de la politique méditerranéenne.
Il s'agit donc d'une escroquerie, la pire de toutes, à savoir une escroquerie intellectuelle. À moins que l'on ne tienne pour acquis que la diplomatie de la principale puissance - la puissance centrale - s'impose à tous de facto, ce qui en effet reviendrait à régler le problème. Tout récemment, nos amis polonais, lors d'une conférence à l'ONU - "Femmes 2000" -, ont pu découvrir toute la souplesse de la diplomatie commune en se voyant sommés de s'aligner sur la position défendue par l'Union, sous peine de voir retarder le processus d'adhésion de leur pays.²
Gageons que l'expérience de nos amis d'Europe centrale en matière de résistance au totalitarisme pourra nous être utile un jour ou l'autre, totalitarisme d'ailleurs dont une nouvelle illustration nous est donnée ces jours-ci dans l'inadmissible querelle que l'on cherche à l'un de nos collègues, M. Daniel Hannan. Car ne nous y trompons pas, par le biais d'une représentation commune auprès des Nations unies, c'est au siège permanent, dont certains États membres disposent, que l'on s'attaque et aussi à l'idée qu'il puisse y avoir dans ce monde des voix dissidentes, comme celle que la France tente très souvent, vis-à-vis des États-Unis, de faire entendre.
Au fond, l'Europe ne peut parler d'une seule voix que pour ne rien dire. La preuve en est donnée une fois de plus, et la preuve est également donnée que cette Europe ne nie pas simplement les nations à travers les nations ; c'est elle-même qu'elle nie et qu'elle annihile.
Paul-Marie Coûteaux