Politique étrangère et de sécurité commune

Intervention du 30 novembre 2000

Madame la Présidente, mes chers collègues, nous avons désapprouvé le rapport Brok ainsi que le rapport de Mme Lalumière, non seulement en raison de ce qu' ils contenaient mais aussi en raison de leur sujet, c' est-à-dire la politique étrangère et de sécurité commune, dont nous avons toujours pensé qu' elle était une chimère, ce qui s' avère depuis huit ans qu' elle a été adoptée par le traité de Maastricht.

Pour l' anecdote et pour l' ironie, je rappellerai l' article J2, alinéa 3 du titre 5 de Maastricht : "les États veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions communes". Pas une seule fois, cet article ne fut respecté, pas plus d' ailleurs que les autres articles du titre 5. Au contraire, il fut sans cesse bafoué, le dernier exemple en date étant la reconnaissance de la Corée du Nord par Londres, conduisant le président en exercice de l' Union à déplorer ce manquement, qu' il qualifia d' exceptionnel - je le cite - avant que, trois jours plus tard, Berlin emboîte le pas à Londres, sans même avoir pris la peine, semble-t-il, d' informer la présidence française.

Nous sommes ici totalement plongés dans le dérisoire, et cela ne fait au fond qu' une déconvenue de plus pour cette pauvre construction européenne, ou destruction européenne, faut-il l' appeler ainsi, plutôt. Je songe par exemple à la réforme des institutions, promise pour 1995, puis 1997 et qui semble toujours en panne, au fond, à quelques jours du Sommet de Nice, lequel ne fera qu' une désillusion supplémentaire s' ajoutant à nos errances sur l' élargissement, lui aussi promis depuis dix ans, pour ne rien dire des déconfitures successives, et d' ailleurs cumulatives, de l' euro. Mais ce ne sont là que des exemples. Je pourrais parler de la baisse des crédits du programme MEDA ou du FED.

Une seule chose est à retenir de ces rapports, et ne serait-ce que cela, il faudrait s' y opposer, c' est l' évocation, qui est presque une invocation rituelle à l' OTAN, puisqu' au fond, la seule chose que M. Brok parvient à mettre dans le bilan 1999 est l' affaire du Kosovo. Il faut dire que, cette fois, les Européens ont trouvé un arbitre, c' est-à-dire Washington, et que grâce aux serre-files de généraux américains, l' Europe a enfin trouvé une unité. Je répète : tout cela est dérisoire et quand les historiens écriront l' histoire de l' Europe au XXe siècle, je pense qu' ils ne mentionneront pas plus la PESC que la SDN, et sans doute cela vaut-il mieux ainsi.

Paul-Marie Coûteaux