Droits de l'homme

Intervention du 18 janvier 2001

Monsieur le Président, notre groupe, le groupe Union pour l'Europe des nations, a obtenu au début de la présente période de session qu'il soit débattu de la situation en Algérie. L'accueil qui fut réservé à sa demande était celui que l'on pouvait attendre, c'est-à-dire un flot de braves sentiments, braves mais bien gratuits, de la part de l'habituelle cohorte de ceux dont la défense des droits de l'homme à géométrie variable est devenue une sorte de tic qui se substitue à l'authentique analyse politique, quelquefois même, et c'est bien le cas ici pour quelques-uns du moins, sans autre résultat que de cacher des intentions plus obscures.

Aussi notre message, quant à nous, n'est-il pas compassionnel mais politique. Certes, nous tenons une fois encore à exprimer notre émotion devant la violence hideuse qui meurtrit chaque jour davantage le peuple algérien, mais nous savons aussi que les Algériens en ont assez de la compassion. Puisque grâce à la politique courageuse de leur président, le président Bouteflika, la preuve a été faite, et cela au moins est acquis, qu'aucun langage de raison, aucune promesse de pardon, aucune tentative de réconciliation, bref, aucune solution politique n'est acceptée par les fanatiques, il faut que nous passions aux actes et reconnaissions que ceux des États membres qui accordent asile, et quelquefois même davantage, à leurs dirigeants, sont bel et bien désormais les complices de ce que nous dénonçons ici à qui mieux mieux avec une hypocrisie croissante.

Voilà, mes chers collègues, le cœur du sujet. Plusieurs pays membres sont en réalité d'une coupable complaisance avec les auteurs des massacres. Devant, ils se lamentent. Derrière, ils protègent, ils dissimulent, ils accueillent, et quelquefois même ils accueillent sciemment les auteurs d'attentats perpétrés dans mon pays, en France. Nous croyons, nous, qu'une défense des droits de l'homme bien comprise doit commencer par fortifier l'État de droit en Algérie et contribuer à assurer l'autorité du gouvernement et du président issus d'élections que nous persistons à juger démocratiques.

La vigilance démocratique en matière de droits de l'homme ne saurait exclusivement s'exprimer à l'encontre des régimes en place. Je pense notamment aux autres pays du Maghreb, au Maroc, à la Tunisie, à la Libye. Elle doit aussi servir à les soutenir, notamment, au-delà de tous les détails montés en épingle, lorsqu'ils sont confrontés à une folie meurtrière aveugle, d'autant plus dangereuse que des puissances extérieures les aident en sous-main, puissances qui ne sont pas même européennes - vous voyez auxquelles je pense - et qui profitent d'une situation instable pour tirer dans l'ombre, par le truchement de fanatiques, d'obscures ficelles. C'est le vieux jeu des empires, dont la victime n'est pas seulement la population algérienne, mais l'Algérie elle-même et ses plus anciens et finalement ses plus fidèles amis.

Paul-Marie Coûteaux