Région méditerranéenne
Intervention du 31 janvier 2001
Monsieur le Président, le rapport de Mme Muscardini sur la politique méditerranéenne, ou ce qui passe pour tel, est d'abord remarquable pour une raison simple mais toujours ignorée en cette enceinte. Il fait enfin reposer la problématique de la politique étrangère commune sur ce qui est son socle naturel, je veux dire la géographie, c'est-à-dire les espaces, la dialectique des terres et des mers, la répartition des nations selon leurs sphères propres, leurs liens propres, leurs solidarités propres, fussent-elles centrifuges par rapport à la mythique Europe, ce continent vague, si vague, qu'il n'a pas vraiment de frontières.
Ce rapport replace ainsi la politique étrangère sur ses bases. La géographie - comme je le disais - est ce qui en est le réceptacle, on pourrait dire le tabernacle, c'est-à-dire l'histoire qui permet de lire, de comprendre et donc de respecter les invariants politiques dictés par la géographie. C'est dire d'ailleurs toute la difficulté, pour ne pas dire, plus justement, l'impossibilité de la politique étrangère commune derrière de misérables marionnettes du genre Solana. Or le mode de fonctionnement actuel de l'Europe politique interdit mécaniquement l'approche géopolitique, puisqu'en l'absence de toute définition d'un bien commun de l'Europe - je veux dire d'une res publica européenne - elle privilégie toujours, après les habituelles foires d'empoigne, la loi du plus fort du moment, qui fait avaliser voire avaler au reste des Quinze ses choix stratégiques. C'est ainsi qu'à ce jeu, on finit par voir sur la politique méditerranéenne - comme d'ailleurs sur bien d'autres sujets - la position de force de l'Europe du Nord - je veux dire la Grande-Bretagne plus l'Allemagne assortie de ses affidés séculaires - et c'est ainsi que la priorité est clairement donnée à l'élargissement au Nord, à l'Est, y compris dans les Balkans où nous payons la facture de la politique allemande, tandis que nos amis méditerranéens font les frais de tous les arbitrages.
Ainsi, le rapporteur voit juste, ainsi d'ailleurs que mon excellent ami Sami Naïr, quand ils dénoncent l' un et l' autre la démobilisation de l'Europe dans la sphère méditerranéenne ainsi que dans les affaires du Proche-Orient. J'ajoute seulement que l'ensemble des nations latines peuvent tôt ou tard refuser, et peut-être même refuser brutalement, une perspective qui ne fait plus d'elles que les zones périphériques d'un ensemble sur lesquelles elles n'ont plus de prise. D'ores et déjà, nous croyons qu'il est du devoir des nations du Sud de l'Europe, ou plus exactement des nations du Nord de la Méditerranée, de s'organiser avec les nations du Sud de la Méditerranée et d'abord les trois pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie, pour créer cet espace de solidarité qui est inscrit dans l'histoire, dans la géographie comme d'ailleurs dans nos intérêts au cours du siècle qui s'ouvre.
Paul-Marie Coûteaux