Assistance macrofinancière en faveur de la Yougoslavie
Intervention du 4 juillet 2001
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, la situation de plus en plus instable dans laquelle se trouve ce qui reste de la République de Yougoslavie, comme, il faut bien le dire, l'ensemble des Balkans, nous oblige à prolonger cette année, et sans doute à prolonger longtemps encore l'aide que nous apportons aux pays de la région. Elle nous oblige aussi, elle devrait nous obliger surtout, à regarder la réalité de notre échec en face, bien en face, et à nous interroger sur sa cause.
La cause est simple. L'Union européenne a seulement fait semblant d'obéir à une logique de paix. En réalité, elle n'a fait que couvrir par un discours humanitaire une véritable logique de guerre, une guerre qui entrait dans les intérêts de plusieurs puissances et qui visait à détruire la Yougoslavie, ce qui d'ailleurs fut fait en quelques années. Mais cela, seul un raisonnement géopolitique permettrait de le comprendre. Or, bien qu'elle soit le seul moyen de saisir la réalité des rapports de force entre les nations, c'est-à-dire la vie diplomatique elle-même, nous nous obstinons à refuser l'analyse géopolitique. Pourtant, celle-ci montrerait la vérité qui saute aux yeux, celle de trois puissances poursuivant des intérêts convergents dans les Balkans.
D'abord l'Allemagne, à qui n'a jamais échappé que, après la Première comme après la Seconde Guerre mondiale, c'est en partie contre ses intérêts, du moins contre son expansionnisme européen, que fut créé l'ensemble yougoslave ; une Allemagne qui, dès que sa réunification fut acquise en 1990, a largement contribué à faire sauter le verrou serbe, son vieil ennemi, pour retrouver ses alliés slovènes et croates, deux précieux riverains de la Méditerranée, soit dit en passant. De même, la Turquie a facilement retrouvé la connivence albanaise et son bras armé, qui est l'UCK.
D'une certaine façon poussée par tout le monde musulman, la Turquie a reconquis de très vieilles, très anciennes positions dans l'Europe balkanique, et elle l'a fait, évidemment, contre les intérêts de l'Europe, mais dans l'intérêt des États-Unis qui, comme tout empire, savent très bien qu'il faut diviser pour régner et qui trouvaient, qui trouvent leur compte aujourd'hui en attisant de très vieux conflits, en réveillant de très vieilles querelles dans ce qu'il faut bien appeler une grande Turquie qui est en train de s'installer dans les Balkans, au grand dam, on peut la comprendre, de la Grèce.
Bref, l'Europe a travaillé contre elle-même et c'est un signe supplémentaire de son incapacité, à mes yeux, à mener une diplomatie rationnelle.
Paul-Marie Coûteaux