Programme de la présidence espagnole
Intervention du 16 janvier 2002
Monsieur le Président, il est bien regrettable que l'Espagne, grand pays si cher au cœur de la France et des Français, ait choisi pour slogan ce plus d'Europe qui n'innove pas, puisqu'après tout c'est un slogan obligatoire depuis à peu près cinquante ans, et qui peut ne pas nous inquiéter parce que ce plus d'Europe ne se traduit banalement que par une destruction sans cesse accrue de ce qui fait la substance de l'Europe, c'est-à-dire les nations.
Mais, d'une certaine façon, l'Espagne n'innovera pas. Vous n'innovez pas, notamment, dans le domaine dont vous avez fait votre priorité, Monsieur le chef du gouvernement, c'est-à-dire, la lutte contre le terrorisme. Il y a quelque chose de dérisoire à lutter contre le terrorisme alors même que l'on semble tout faire pour nourrir ses racines, les superficielles comme les profondes, en Europe comme partout ailleurs dans le monde. En fait de racines superficielles, il y a évidemment cette obsession ridicule et criminelle d'abolir les frontières, obsession qui, bien entendu, ne laisse pas de rendre sans cesse plus difficiles les contrôles policiers et qui, surtout, favorise un internationalisme qui fut toujours la grande arme de tous les terrorismes depuis que le monde est monde.
Plus profondément, l'abolition des frontières détruit les appartenances nationales qui donnaient aux hommes, depuis des siècles, un repère dans l'espace et dans le temps, autrement dit, une place dans l'histoire. Ils se trouvent ainsi renvoyés à leurs origines ethniques et entrent désormais en lutte contre ce qui reste d'État-nation, lutte que nous favorisons d'ailleurs à l'occasion. Il se passe ainsi en Espagne ce qui se passe partout ailleurs. Le terrorisme basque ne pourra à nos yeux être combattu que par l'affirmation d'une grande politique espagnole sur la scène mondiale, politique que l'Espagne a d'ailleurs heureusement les moyens de mener en Europe, en Méditerranée et en Amérique latine. Or, cette affirmation de soi, l'Europe vous l'interdit.
Plus profondément encore, le terrorisme est favorisé, comme encouragé, par le profond désordre dans lequel plonge le monde sous les coups de boutoir que donne aux nations le dogme sacro-saint du capitalisme qu'est la libéralisation des échanges. Cela n'aboutit pas seulement à la destruction des appartenances nationales, qui constitue d'ailleurs une des sources du terrorisme islamique, mais aussi à l'érection, sous le prétexte fallacieux de mondialisation, d'un véritable mur entre le monde riche et le monde pauvre, lequel se trouve comme interdit d'avenir et donc acculé aux pires extrémités.
De ce point de vue, il est heureusement encourageant que les nations relèvent la tête, notamment en Europe, avec les signes positifs qui nous parviennent, aujourd'hui, d'Italie et d'Allemagne, hier, du Danemark ou de l'Irlande, et demain, je n'en doute pas, de France. Ce pourrait être, Monsieur le chef du gouvernement, votre principal souci dans les six mois à venir. Et si vous avez décidément choisi de nier les réalités nationales, je ne puis, nous ne pouvons, vous souhaiter bonne chance.
Paul-Marie Coûteaux