Réunion des ministres euroméditerranéens des affaires étrangères

Intervention du 24 avril 2002

Monsieur le Président, je pensais que vous aviez sauté mon tour de parole, donnant un fâcheux exemple de manquement aux règles que vous reprochez à des élus en France de ne pas respecter.

Je regrette que le président Cox vous ait cédé la présidence, si je puis dire, car j'aurais aimé lui dire directement, mais sans doute serez-vous mon porte-parole, que, en France, dans de très nombreux secteurs de l'opinion, les souverainistes en particulier, les prises de position qui furent les siennes avant-hier au sujet du résultat des élections présidentielles en France sont non seulement nulles et non avenues, n'ont aucun effet, mais surtout témoignent d'un manquement très grave au devoir d'impartialité que doit respecter tout président d'assemblée, d'une part, et encore plus une assemblée internationale et non pas supranationale, qui n'a pas à s'ingérer dans les affaires politiques d'un pays membre. J'espère qu'il viendra à résipiscence et qu'il retirera les paroles totalement inutiles et scandaleuses à bien des titres qu'il a eues avant-hier.

À propos du Proche-Orient, une seule chose nous frappe - tout au moins pour ce qui est de l'aspect européen -, c'est une nouvelle fois l'absence de l'Europe et finalement des États membres de l'Europe ficelés qu'ils sont par une fausse solidarité européenne sur la scène du Proche-Orient où se déroulent les événements dramatiques que l'on voit non seulement depuis des semaines et des mois mais en réalité depuis des années. Que l'on ne nous dise pas une fois de plus, Monsieur le Président, que l'Europe doit avoir une politique étrangère. On l'a dit en 1991 pendant la guerre du Golfe, on l'a redit deux ou trois ans plus tard dans l'affaire des grands lacs d'Afrique, on l'a dit une nouvelle fois à propos de la Bosnie, on l'a dit une nouvelle fois à propos du Kosovo. Chaque fois, c'était un vœu pieux et, chaque fois qu'une nouvelle crise internationale surgit, l'Europe est muette, elle est muette parce que les pays européens sont incapables de se mettre d'accord sur une ligne commune. L'Europe ne peut parler d'une seule voix que pour ne rien dire, elle ne dit rien parce qu'elle est prisonnière d'une conception outrancière et dangereuse de son unité, elle empêche les nations de s'exprimer. C'est grave principalement pour la France qui aurait eu, si elle n'était pas ficelée par les bandelettes européennes, une voix de justice, une voix de paix et une voix entendue par un très grand nombre de pays du monde. Il est temps que la France - pour ma part, j'en suis persuadé depuis des années - secoue ce joug et nul doute qu'elle le fera comme les Français le veulent dans leur immense majorité dans les années qui viennent.

Paul-Marie Coûteaux