Relations UE / Union du Maghreb arabe

Intervention du 11 juin 2002

Les intentions exposées dans cette résolution sont bonnes, du moins en apparence. Mais, dans le fond, il s'agit d'une déclaration dont le contenu est, comme d'habitude insaisissable. En réalité, l'Europe produit beaucoup de mots mais peu d'actes, simplement parce qu'elle ne peut inscrire aucune action extérieure faute de pouvoir en définir une. Au reste, il apparaît assez clairement que, dans le cas d’espèce, les relations avec le Maghreb lui importent peu. Une telle situation résulte du rapport de force européen: cette Europe, dominée par des pays du Nord est assez indifférente à la dimension méditerranéenne - la liste des intervenants de ce matin l'illustre d'ailleurs nettement puisque l'on n'y voit guère que des représentants des pays latins, si minoritaires. Cette indifférence tient peut-être également au fait que, pour certains intérêts atlantiques, il importe que la Méditerranée ne devienne pas un cadre autonome de coopération.

Certes nous parlons de temps en temps de la Méditerranée mais nous le faisons presque toujours sous l'angle des droits de l'homme, c'est-à-dire non en partenaires mais en accusateurs. C'est presque pire que l'inaction car nous nous faisons ainsi instrumentaliser par une opposition islamiste à qui il n'est jamais demandé de comptes sur la question de la démocratie.

Cela étant, que nos voisins du Maghreb ne s'alarment pas: ce que l'Europe ne fait pas, la France le fera. Elle le fera parce que tout l’y pousse, sa pente naturelle, son histoire, ses intérêts à long terme, et aussi parce qu'elle entretient avec les pays du Maghreb une coopération naturelle inscrite dans une communauté de langues et dans la communauté de culture francophone. Ainsi, le fait que l'Europe ne se soucie pas trop de la Méditerranée n'est pas très grave. Mieux vaut, en effet, qu'elle ne s'en soucie pas puisqu’elle fait si mal tout ce qu’elle fait. C’est la France qui mènera un jour cette politique, quand son actuel prisme européen cessera de brider sa vraie politique, qui est universaliste, cela partout dans le monde, mais surtout en Méditerranée.

Paul-Marie Coûteaux