Intervention du 2 juillet 2002 sur le Sommet de Séville

Monsieur le Président, mesdames et messieurs, il faudrait encore quelques sommets comme celui de Séville tant il est pédagogique. Chacun peut y lire l’impuissance de l’Europe comme à livre ouvert. Prises de panique par ce qu’elles appellent le populisme et qui n'est que l'expression de l'exaspération des peuples d’Europe dépossédés d’eux-mêmes, les éminences ont prétendu prendre à bras le corps le problème de l’immigration. Cette prétention accoucha d’une souris, comme Amsterdam en 1997. Tout simplement, l’Union est incapable de régler une aussi grave question, qui met en cause des notions essentielles, comme la citoyenneté, laquelle est loin d’être entendues de la même façon parmi nos nations.

Ainsi, une fois de plus, l'UE dépossède les Etats et remplace leur politique par du vide.

Il est un point des conclusions de Séville qui mérite d'être souligné, bien qu'il passa largement inaperçu, ce point 6 par lequel le Conseil est invité à étudier la question des langues dans la perspective d'une Union élargie, et d’étudier les moyens d'améliorer la situation actuelle. Or, il n'y a qu'un moyen d'améliorer la situation actuelle : c’est de permettre aux députés de travailler dans leur langue. Nous en sommes loin, puisque nous sommes souvent contraints, en commission, de nous prononcer sur des textes dont la seule version disponible est anglaise, cela en dépit de notre propre règlement et de son article 117. Faudra-t-il recruter les députés européens sur un examen d’anglais ?

Ainsi, il faut mettre la présidence danoise en garde contre les propositions qu’elle va faire. Il n’est pas admissible de choisir une, ou deux, ou trois « langues de travail » car le Parlement n’est pas une Organisation Internationale de type onusien, mais un lieu de débat et l’on ne peut débattre que dans sa langue. Je la mets aussi en garde contre toute formule de langue-relais, qui serait bien entendu l’anglais, ou plutôt l’anglo-américain. Ou alors qu’elle le fasse ! Ce serait pour nous, souverainistes, une excellente illustration du vrai visage de l’Union européenne, celui d’une succursale de l’empire américain et de l’aveu, finalement bienvenu, de sa vraie fonction, raboter les nations européennes pour en faire de pauvres sujets de l'américanisation du monde.

Paul-Marie Coûteaux