Intervention du 3 juillet 2002 sur les relations transatlantiques
L’hostilité des Etats-Unis à la Cour Pénale Internationale et la volonté de cet Etat de soustraire l’action de ses personnels à toute investigation non américaine n’a nullement de quoi surprendre. Nous savons bien en effet, et de longue date, que les Etats-Unis n’acceptent pas, dans la conduite des relations internationales, l’idée même de partenariat (pas davantage de partenariat atlantique que tout autre) quelles que soient les illusions dont se bercent les européistes et autres idéologues du grand rabotage des nations.
L’intransigeance des Etats-Unis n’est pas même un objet de scandale. Ce qui l'est, c'est l'aveuglement constant dont font preuve les autorités des Etats européens et celles de l'Union européenne : car l’unilatéralisme des Etats-Unis est un fait acquis aussi bien en politique étrangère que dans la lutte contre le trafic de drogue, ou la protection de l’environnement, et sur tant d’autres sujets où son aveuglement atteint au comble, sans parler bien entendu de sa politique de force sur les principaux sujets commerciaux, y compris le simple droit des nations d’Europe de faire vivre leurs civilisations en protégeant tant soit peu leurs industries culturelles. Quelle est la logique de tout cela ? Les Etats-Unis encouragent les pays européens au désarmement, mais pour leur part sont engagés dans une vaste entreprise de réarmement ; ils veulent étendre l'OTAN aussi loin que possible vers l'est sans modifier ses structures de commandement en faveur des Etats européens ; ils prônent l’ingérence universelle dans la conduite des Etats et sont incroyablement scrupuleux dès que la leur est en cause. En réalité, il faut bien de la faiblesse, et je dirais même de la lâcheté, aux Européens pour ne pas voir l'évidence : cet Etat qui ne veut aucun partenaire et n'accepte que des supplétifs pour les politiques qu'il mène où que ce soit dans le monde n’est pas un partenaire : sa seule logique est l’imperium pur et simple.
En exaltant un système dément qui, à travers la planète, prétend soumettre toutes les activités humaines à la seule loi du profit individuel, c'est-à-dire à la loi de la puissance, ce maître du monde est responsable d’une grande partie de la misère de ce monde et les Européens n’ont vis-à-vis de lui qu'une seule politique à mener : rééquilibrer la société internationale en faisant entendre la voix de leurs nations et de leurs Etats. Or, tout au contraire, les nations d’Europe se sont depuis des années transformées en pauvres caniches obligés d’aller combattre une fois contre l’Irak, une autre fois contre la Serbie au gré des intérêts d’ailleurs changeants de l’imperium.
Il n’y a pas d’autre politique transatlantique qui tienne que celle de cette politique de l'équilibre qui passe par un renforcement de la coordination de nos dispositifs de défense, en particulier de nos industries d'armement et bien entendu par une plus grande fermeté dans tous les contentieux commerciaux, y compris par l’extension des mesures de rétorsion chaque fois que l’occasion s’en présente. Cette politique d’équilibre qui est celle du courage et de l’honneur, nous ne la devons pas seulement à nos nations, nous la devons aussi à l’Europe, à une certaine idée de l’Europe, et par-dessus tout à une certaine idée de la diversité et de la liberté du monde.
Paul-Marie Coûteaux