Intervention du 4 septembre 2002 sur l'Irak
Monsieur le Président, on peut se demander si nous sommes dans l'hémicycle d'un Parlement ou si nous regardons défiler en continu la propagande de CNN.
En effet, ce qui est dit sur Saddam Hussein peut l'être sur une infinité de chefs d'État à travers la planète. Nous savons bien, puisque nous sommes ici des représentants des États nations, que les États sont, par nature, des monstres froids, si froids qu'ils ne reculent que très rarement devant la guerre, surtout lorsque les calculs de puissance les entraînent dans une logique impériale, ce qui est le cas aujourd'hui des États-Unis qui attisent, partout dans le monde, des foyers de guerre dans le simple but, d'ailleurs avoué, de dominer le monde. Ceci est un délire, car, n'en doutons pas, ce ne sont pas les Nations qui font la guerre, c'est l'Empire. L'impérialisme, c'est la guerre.
Pour éviter que les États ne s'engagent sur cette pente, quelques règles furent édictées au long des âges, qui prirent au vingtième siècle le nom de sécurité collective. Hélas, de même que les efforts de La Haye en 1905 furent ruinés par la guerre mondiale de 14-18, de même ceux de la SDN le furent par l'"Impérial" et non pas le "National", l'Impérial socialisme hitlérien et précisément ses guerres préventives, notamment dans les Sudètes. En 1948, il fallut tout reprendre à zéro. Ce fut la tâche des fondateurs de l'ONU et de la Charte des Nations unies qui est désormais la clé de voûte de tout ordre international.
L'interdiction de la guerre est notre règle. La guerre n'est autorisée que dans des cas précis, encadrée par des règles strictes supposant, d'une part, l'aval du Conseil de sécurité et, d'autre part, le contrôle des opérations militaires par un État-major multinational, lui-même placé sous l'autorité du Conseil de sécurité.
Nous abandonnons tout cela aujourd'hui. C'est l'abandon en rase campagne du droit international. Quelle immense régression du droit. En effet, nous voici en train de discuter pour savoir si nous suivons un État, celui des Etats-Unis, qui, de son propre chef, viole la loi internationale, alors que l'Europe devrait tout simplement le condamner. Non pas simplement par pitié je dis bien pitié, je parle en chrétien pour un peuple, celui de l'Irak, qui, depuis dix ans, souffre un véritable martyre et dont nous détournons le regard parce qu'il nous renvoie à notre propre impuissance, mais nous devons avant tout penser à la notion même de droit à laquelle l'Europe a attaché son nom depuis des siècles. C'est cette notion que les États-Unis sont en train de bafouer, ouvrant la porte à de nouvelles barbaries.
Mesdames et Messieurs, M. Watson a raison, la position du Conseil ne nous étonne pas car, comme l'a dit excellemment le président Pasqua tout à l'heure, il n'y a pas plus de politique extérieure et de sécurité commune qu'il n'y a de politique commune en Europe. Jamais nos positions ne seront semblables. Mais à tout le moins, que l'Europe se souvienne qu'elle a attaché son nom, tout comme la France, à la notion de droit et que c'est là son honneur.
Paul Marie Coûteaux