Intervention du 9 octobre 2002 sur la situation en Côte d'Ivoire

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Représentants des États membres, permettez-moi de dire ma stupéfaction devant les arguties de certains de mes collègues, car, enfin, la situation que connaît la Côte-d'Ivoire est si claire qu'elle devrait nous mettre spontanément d'accord sur quelques évidences.

Première évidence: la Côte-d'Ivoire est un des États qui mériteraient de notre part les plus actifs soutiens, car les signes encourageants y sont nombreux: un taux de croissance de 3 %, une marche relativement rapide vers la démocratie, marquée par des élections présidentielles saluées partout comme un progrès, un processus de formation de forces politiques qui, après le forum pour la réconciliation nationale, devait aboutir à des élections législatives pleinement démocratiques, et il faut mettre le gouvernement actuel en demeure de les organiser au plus vite. Oui, la Côte-d'Ivoire et son président Gbagbo méritent d'être soutenus par tous les États européens soucieux des liens avec l'Afrique. Je ne comprends pas que l'on puisse hésiter, à moins d'admettre la politique du pire ou de se laisser aller à une indifférence qui tente, certes, beaucoup d'Européens, je le crains, mais qu'un Français ne peut accepter.

Deuxième évidence: la Côte-d'Ivoire ne fait nullement face à une guerre civile. Elle est simplement aux prises avec une agression étrangère qui, si elle utilise de vieilles oppositions entre ethnies, comme d'habitude, ressort d'abord à l'analyse géopolitique. Les soi-disant insurgés sont à l'évidence armés, et puissamment armés, par une ou plusieurs puissances étrangères. L'analyse de la situation ressort donc, non pas de l'exercice ethnographique, encore moins de la déploration humanitariste, mais de l'analyse géopolitique.

Et c'est ici la troisième évidence, capitale, mais, pour cette raison peut-être, trop souvent occultée, tant il est vrai que l'ignorance – ou l'aveuglement – de notre Assemblée en matière géopolitique est courante en de nombreux sujets. L'Afrique est aujourd'hui, de tous les continents, celui qui échappe le plus à l'influence de l'empire mondial. Cela pour des raisons historiques qui tiennent aux liens que plusieurs nations européennes ont tissés avec elle et, corrélativement, pour la crainte, qui a souvent arrêté Washington, que tout déstabilisation des régimes fasse le lit de l'Union soviétique. Mais depuis l'effondrement de la puissance russe, l'empire tend à étendre son influence sur ce continent qui est à la fois le plus riche, potentiellement du moins, et hélas le plus vulnérable de tous. Cela nous a valu plusieurs tentatives en Afrique équatoriale, anciennement belge, qui se sont étendues aux pays riverains du Golfe de Guinée, si riche en hydrocarbures.

Voici maintenant que l'on profite des ambitions d'un personnage à la nationalité incertaine qui, en tout cas, a passé la plus grande partie de sa vie aux États-Unis, pour déstabiliser un pays dont la situation se consolidait d'année en année et qui, corrélativement, devenait un partenaire majeur de l'Europe. C'est ce point d'attache, c'est ce lien que l'on veut détruire.

Mes chers collègues, soyons fermes sur les véritables intérêts de l'Europe. La France, elle, a le courage de le faire. Le soutien qu'elle apporte au gouvernement légal et démocratique de Côte-d'Ivoire doit être relayé par tous les Européens. Car ce que la France fait en Afrique, elle ne le fait pas pour elle seule, elle le fait pour l'Europe entière.

 

Paul Marie Coûteaux