Intervention du 9 octobre 2002 sur la situation en Algérie

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Représentants des États membres, cet accord d'association avec l'Algérie vient à son heure et je crois même qu'il est devenu une urgence. Car enfin l'Algérie est, cahin-caha, en train de sortir d'un long tunnel où l'a plongée une tenace tentative de déstabilisation, comparable d'ailleurs à celle que subissent aujourd'hui à travers la planète tous les pays riches en hydrocarbures. Une tentative étrangère, de nature impériale, qui là comme ailleurs a utilisé l'islamisme à des fins géopolitiques devant lesquelles nous sommes aveugles.

Ma collègue Boumediene-Thiery a dit tout à l'heure l'essentiel en rappelant la convoitise dont les richesses du sous-sol algérien sont l'objet de la part des États-Unis. Le gouvernement algérien sort victorieux de l'épreuve, malgré sa solitude et la timidité, je dirais la pusillanimité, si coupable de l'aide européenne. Il faut, pour que cette association réussisse, qu'elle ne se borne pas, bien entendu, aux bonnes paroles, ni seulement à de vagues accords uniquement économiques, de type libre-échange. Il faut aussi une association de type politique. C'est-à-dire qu'il nous faut prendre l'habitude d'aborder avec nos partenaires méditerranéens l'ensemble des questions politiques du monde. C'est à cette condition, d'ailleurs, que la Méditerranée restera le centre de ce monde, faute de quoi nous ne serons plus Africains, Méditerranéens ou Européens, que de pauvres comparses dans l'ordre mondial du XXIe siècle, dont le centre aura déserté nos rives.

Pour cela, il faut évidemment aller bien au-delà du simple accord d'association avec l'Algérie, comme avec les autres pays du Maghreb, lesquels sont les plus précieux de nos alliés. Il faut modifier l'architecture de l'Europe, sortir des fantasmes de la supranationalité et du fédéralisme pour pouvoir inclure nos voisins méditerranéens dans une unité européenne plus large qui, évidemment, donnera à entendre à la puissance impériale qu'elle a en face d'elle un bloc décidé à préserver la liberté du peuple, c'est-à-dire la liberté du monde.

 

Paul Marie Coûteaux