Intervention du mercredi 15 janvier 2003

L'Afghanistan, un an après l'accord de Bonn

Parmi toutes les inquiétudes qui devraient nous mobiliser devant le spectacle de la société internationale, nous ne savons plus où donner de la tête. N'oublions pas l'Afghanistan qui prend les traits aujourd'hui d'une sorte de caricature, de caricature de l'imperium américain. Malheur évidemment aux peuples qui se trouvent sur des zones géostratégiques ou pétrostratégiques comme l'est le peuple afghan, et cela évidemment, depuis longtemps. Il a subi l'empire anglais, il a subi l'empire soviétique; il subit aujourd'hui l'empire américain, mais il y a malgré tout aujourd'hui une grande différence dans la nature des choses car, bardé comme il l'est de bonne conscience, l'empire américain se permet tout, au point par exemple d'appeler "regroupement" une noce et de détruire tout un village, comme on l'a vu il y a quelques mois.
Depuis le 11 septembre, le pays est en effet une caricature de bonne conscience. Nous n'avons même pas eu le courage - car, décidément, l'Europe a renoncé à jouer quelque rôle que ce soit, si ce n'est un un rôle d'accompagnement humanitariste - nous n'avons même pas eu le courage de dénoncer cette imposture, l'imposture qui consiste à aller détruire la moitié d'un pays parce que s'y réfugie un criminel. Si un jour, une tête brûlée venait d'Amérique et se réfugiait en Amérique après avoir détruit une tour de la Défense à Paris, je n'aurais pas l'idée d'aller recommander à mon gouvernement de détruire une partie des États-Unis d'Amérique et, ensuite, d'y nommer un gouverneur. Je parle de gouverneur parce que, à l'évidence M. Karzaï n'est guère qu'un gouverneur américain. Que l'Europe ait un jour le souci de jouer un rôle, que l'Europe cesse d'emboîter le pas aux États-Unis, que l'Europe, au moins, cesse d'empêcher les États de jouer leur propre rôle.

 

Paul Marie Coûteaux