Intervention du mercredi 29 janvier 2003 sur la situation en Irak
Monsieur le Président, la situation d' aujourd' hui n'a au fond rien d' étonnant. Il n'est guère étonnant que les États-Unis aient ce que l'on pourrait appeler un besoin de guerre, simplement parce que les empires ne peuvent vivre que par et dans la guerre. Pas davantage étonnant qu'ils aient besoin d'inventer des prétextes. Pas d'avantage étonnant que l'Europe soit, face à cela, ridiculement divisée. Pas étonnant non plus que la France soit, en Europe et dans le monde, le symbole de la résistance au terrorisme impérial.
Bien sûr, nous le savons, l'empire a besoin de guerres, comme n'importe quel empire depuis le début des temps: guerre au Kosovo en 1999, en Afghanistan en 2001, en Irak aujourd'hui et peut-être bientôt, d'ailleurs, en Côte-d'Ivoire où il le fait par nation interposée contre la France. Il a besoin de guerres pour des raisons diverses, pétrolières bien entendu, un pétrole tellement nécessaire au consortium pétrolier Bush, mais aussi pour des raisons économiques. L'économie américaine, on nous le dit sur tous les tons, est en attente et cette situation est décidément mauvaise pour la croissance.
Dans ce système infernal, la relance est au prix de quelques centaines de milliers de morts. Encore une fois, plus rien ne nous étonne. Ne nous étonne pas davantage la pauvre nécessité pour Washington d'habiller ses crimes. Ce qui est étonnant en revanche, c'est que nous les prenions encore au sérieux. L'argument des armes de destruction massive dont nous n'avons pas la moindre preuve ne tient plus, et depuis longtemps, aux yeux des opinions publiques de l'immense partie du monde. Au cas d'ailleurs ou l'on nous accuserait d'antiaméricanisme, je rappelle ce qu'écrivait Scott Ritter, citoyen américain membre de la première mission d'inspection interrompue en 1998 par une première, ou une deuxième, ou une troisième guerre américaine. Il écrivait tout simplement que Saddam Hussein ne peut pas avoir conservé le moindre programme d'armement chimique utilisable après la première mission d'inspection.
Ne nous étonnons pas, enfin, de la division européenne. Elle apparaît à chaque crise tant il est vrai, comme je l'ai écrit dans un ouvrage consacré à la PESC en 1997, que les Etats n'ont aucun intérêt commun. Il y a les pays qui, comme la Grande Bretagne ( mais pas seulement ) se sentent davantage membres de la fédération des Etats-Unis que de l'Union Européenne ...., et ceux qui ne sont pas résignés au suivisme absolu et invoquent encore le droit international- droit qui, il est vrai, devrait nous obliger en cas d'invasion américaine de l'Irak, à prendre vis-à-vis des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne les mesures de rétorsion que le Conseil de Sécurité a prise en 1991 contre l'Irak pour avoir envahi le Koweit. La France est sur une voix médiane, qui aurait dû réunir tous les Européens. Hélas, aujourd'hui, c'est elle, et l'Allemagne, c'est-à-dire des Etats , qui représentent, qui sont l'Europe.
Paul Marie Coûteaux