Intervention du mardi 11 février 2003 sur les relations UE/Biélorussie

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les représentants des États membres, si nous approuvons l'objectif général du rapport Marset­Campos, tendant à resserrer les liens avec la Biélorussie, comme il faudrait d'ailleurs le faire avec la Russie, nous ne pouvons approuver les conditions qu'il y met, ni les modalités qu'il entend privilégier. En effet, nous sommes en train de généraliser la jurisprudence irakienne, si je puis dire. En d'autres termes, nous prétendons choisir des régimes et non reconnaître les États.
C'est une logique qui peut aller loin. Il ne nous appartient pas, en effet, de juger les gouvernements. Le régime de M. Lukashenko ne répond peut-être pas aux critères de nos démocraties, lesquelles sont d'ailleurs loin d'être parfaites, et même de plus en plus vidées de tout contenu, à mesure que sont dessaisies les souverainetés nationales. Toutefois, le séjour que j'ai fait à Minsk, dans le cadre d'une mission de ce Parlement, m'a permis de constater que la démocratie effectue malgré tout de réels progrès et que le pluralisme n'est pas un vain mot et, surtout, que le président Lukashenko jouit d'une certaine légitimité. Celle-ci s'explique par le fait qu'après l'effondrement du régime soviétique, il a remplacé une succession de gouvernements éphémères qui ont exaspéré la population biélorusse en privatisant à tout-va jusqu'à des services publics essentiels, passés de ce fait sous contrôle de firmes occidentales, et surtout en tentant de détacher la Biélorussie de la Russie, ce à quoi le peuple biélorusse ne saurait consentir.
Il ne nous appartient pas non plus, comme le préconise le rapport, d'encourager l'opposition ou quelque parti politique que ce soit ni d'instrumentaliser en somme des ONG pour des opérations de subversion. Il ne nous appartient pas davantage de choisir pour ce pays tel ou tel modèle économique. Il y a là, Mesdames et Messieurs, des voies fort dangereuses car la société internationale ne saurait vivre en paix si un État ou des États, parce qu'ils sont riches et forts, s'arrogent le droit de renverser les gouvernements qui leur déplaisent et de désigner à la place des gouvernements à leur main. Il n'y a pas de paix dans ces conditions.
Respectons donc les États tels qu'ils sont et les peuples tels qu'ils sont. La Biélorussie fait partie quoiqu'il arrive de l'Europe, et cela depuis des siècles. Elle sera de toute façon un partenaire important pour nos pays et, bien entendu, au premier chef pour la France.


 

Paul Marie Coûteaux