Intervention du mercredi 12 février 2003 sur la situation en Irak


Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, cette triste affaire irakienne comporte de nombreux aspects. Nous en avons déjà évoqué un grand nombre, mais ce qui me frappe à ce stade, c'est l'incroyable puissance de la propagande, et en particulier de la mécanique de la diabolisation. En effet, il y a aujourd'hui de par le monde, un très grand nombre d'hommes et de femmes, probablement en toute sincérité, qui croient que Saddam Hussein menace la paix dans le monde, voire même, comme l'a dit tout à l'heure M. Poettering - si la situation n'était pas si dramatique, cela ferait sourire que Saddam Hussein affame son peuple, alors que la vérité est exactement inverse et si simple qu'il devient presque honteux de la formuler dans sa simplicité. Ce sont les gouvernements américains et anglais qui, depuis des années, imposent un embargo terrible à une population réduite à vivre ou plutôt à survivre dans un ghetto.

En conséquence, l'Irak est un pays exsangue, désormais bien incapable de mener quelque guerre que ce soit. Karl Ritter, à la tête de l'inspection qui prit fin en 1998, assure qu'il est impossible que l'Irak soit en mesure de construire quelque arme de destruction massive que ce soit. Il faut, je le répète, que la propagande soit bien puissante pour nous faire avaler inlassablement de pénibles mensonges.

Et puis, quand bien même l'Irak serait armé, quel droit aurions-nous de le priver de tout instrument de défense? Tel est le deuxième tour de force de la propagande: nous faire perdre de vue la condition d'un monde en ordre, c'est-à-dire d'un monde de nations souveraines qui coopèrent entre-elles et qui s'équilibrent. Non, l'armement de l'Irak n'est pas plus dangereux que celui d'autres nations, en particulier celui de ses voisins, l'Arabie Saoudite, l'Iran et la Syrie, qui ne sont pas nécessairement animés des meilleures intentions. Je crois tout simplement que nous n'avons pas le droit de désarmer l'Irak, pas plus que n'importe quel autre pays, comme l'avait rappelé le Général de Gaulle en 1963, lorsqu'il avait refusé de signer le traité de non-prolifération nucléaire.

Autre tour de force: faire croire que ce que la propagande appelle la communauté internationale a le droit de renverser un régime, ce qui est absolument contraire au droit international, et même, je dirai cela en guise de conclusion, Monsieur le Président, à la vérité la plus fondamentale du monde qu'est la liberté des peuples. On s'en apercevra peu à peu au cours de ce siècle, je l'espère.

 

Paul Marie Coûteaux