Intervention du mercredi 12 mars 2003 sur la situation en Irak
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
Si la perspective de nouveaux drames en Irak, coûteux en vies humaines
et en déchirements de toutes sortes, ne hantaient aujourd'hui nos esprits,
nous serions tentés de dire que la crise irakienne est un magnifique
révélateur du monde tel qu'il est. Il révèle au
grand jour des vérités que les souverainistes furent seuls à
répéter pendant des années et qui sont tout à coup
en train d'entrer dans l'ordre des évidences.
Première vérité : les acteurs de la vie internationale ne sont pas des blocs, ou l'on ne sait quels ensembles baptisés, hâtivement découpés pour complaire à une lecture impériale, d'ailleurs vaguement raciale, du monde : les vrais acteurs restent les Etats-Nations. L'Occident comme la soi-disant communauté internationale sont parfaitement éclatés, comme d'ailleurs l'est dans cette crise ce que Huntington a appelé le "monde musulman", qui comprend aussi bien des nations favorables à la guerre, comme le Koweit, ou opposées, comme beaucoup de pays arabes, et même des abstentionnistes, comme le Pakistan. Quant à l'Europe, elle n'est bien entendu pas davantage unie, puisque c'est dans ce pauvre ensemble supposé engagé dans une politique étrangère commune, que l'on trouve les plus farouches partisans de la ligne américaine, comme ses opposants les plus résolus. Bref, au Nord comme au Sud, chaque nation se détermine par elle-même, indépendamment de toute solidarité chimérique, et il n'est pas jusqu'au cavalier seul des anglo-saxons qui ne porte un coup fatal au vieux multilatéralisme tellement en vogue au XXè siècle. La vérité est que seules tiennent debout les Etats Nations. Cela, nous le savions, et nous sommes heureux que la preuve en soit faite de si éclatante façon.
De même, quelle démonstration sur la vraie nature de l'Amérique tient, ou plutôt faudrait-il dire des Etats-Unis car c'est bien induement que ceux-ci prétendent parler au nom du continent tout entier, comme le courageux Chili vient d'en faire la preuve. En réalité, les Etats-Unis ne défendent que le niveau le plus trivial de leurs intérêts, et encore, n'est-ce pas si sûr, puisqu'on voit une petite camarilla obsédée par la puissance glisser sur la voie de la guerre, qui est dans la nature même de l'Empire - car nous avons toujours dit que l'Empire c'est la guerre, alors que la Nation est la seule voie possible d'une unification non totalitaire du monde.
Ainsi les châteaux de cartes que sont les prétendues "unions" s'effondrent, tout est sur la table, et tout se révèle. Les quelques gogos qui vont encore répétant qu'il faut construire l'Europe pour s'opposer à la domination étatsunienne doivent expliquer pourquoi ce sont les hommes politiques les plus favorables à l'intégration européenne qui sont aussi les plus favorables à l'alignement sur Washington : Blair en Grande-Bretagne, Stoibel en Allemagne, et en Espagne Aznar, qui tente de façon fort significative de gagner ses galons de président de la commission européenne en s'alignant sur Washington, tous ces thuriféraires de l'atlantisme font la preuve que l'Union européenne n'est qu'une déclinaison de la logique impériale américaine.
Enfin cette crise révèle aussi la France, telle qu'elle est et que l'éternité ne la changera jamais, c'est-à-dire le seul vrai rempart, face aux Empires, de la liberté des peuples, qui est l'autre nom de la liberté du monde. Et c'est pourquoi nous n'avons ici, dans cette enceinte impuissante, si manifestement coupée des grandes affaires du monde, nous n'avons qu'une chose à dire : Vive la France !
Paul Marie Coûteaux