Intervention du mercredi 9 avril 2003 sur la sécurité et la défense
Sécurité et défense : priorités et lacunes
Monsieur le Président,
c'est toujours la même chose. Quand les chimères européennes
sont abattues en plein vol par la réalité, nos rêveurs "européistes"
en lancent d'autres, plus absurdes encore, dans une sorte de fuite en avant
qui serait risible si elle n'était si grave.
Avec le rapport Morillon, la chimère d'aujourd'hui, c'est la défense
européenne, qui est d'ailleurs une vieille lune. Elle a déjà
fait rêver bien des esprits simples tout au long du XXe siècle,
sans aucun résultat d'ailleurs. Déjà Aristide Briant agitait
l'idée, avec pour résultat dramatique de désarmer la résistance
et l'esprit de défense en France. La chimère fut reprise en 1948,
au Congrès de La Haye, puis par un certain Winston Churchill en 1950,
avec l'échec de la CED, qui était née de ses rêveries.
Il faut d'ailleurs rendre hommage au parlement français d'avoir réussi
à y mettre un terme. Cinquante ans plus tard, nous en sommes toujours
au même point, c'est-à-dire que nous n'avons pas avancé.
Nous avons d'ailleurs si peu avancé que l'élément essentiel
d'une politique de défense commune, qui consisterait à créer
une industrie européenne de la défense, non seulement n'avance
pas mais recule, puisque, faut-il le rappeler, la plupart des armes que les
Européens achètent, ils ne se les achètent pas les uns
aux autres: 60 % à peu près sont achetés aux États-Unis.
Il faudrait commencer par là, si l'on veut parler d'une politique de
défense.
Mais enfin, cette politique de défense est une chimère, parce
qu'on ne peut pas faire de politique de défense sans une politique étrangère
commune. Celle-ci a été coulée dans le bronze par le traité
de Maastricht, en son titre V, en 1992, mais n'a jamais connu le moindre début
de mise en oeuvre lors d'aucune crise - Rwanda, Afghanistan, Kosovo. Nous n'y
sommes pas parvenus, parce que nous étions unis dans le suivisme américain.
Et aujourd'hui elle éclate de nouveau, cette politique étrangère
et de sécurité commune.
Non, Mesdames et Messieurs, abandonnons ces chimères. L'Europe doit reposer
sur des réalités. Les réalités, on le voit aujourd'hui
plus que jamais, ce sont les États, et les États ne doivent pas
se laisser déposséder de ce qui les constitue: un esprit de défense,
un instrument de défense. Et je me bornerai à souhaiter ici que
la France, dont les responsabilités mondiales ne cessent de croître,
puisse, elle, renforcer son propre instrument de défense. C'est d'ailleurs
sa seule contribution, sa meilleure contribution à ce qui reste de l'Europe.
Paul Marie Coûteaux