Intervention du mercredi 14 mai 2003 sur la situation en Irak

 

Ainsi donc, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les représentants des nations membres, les opposants à la guerre avaient raison. La déstabilisation, l'agression, l'invasion dont s'est rendue coupable contre l'Irak l'union anglo-saxonne – la seule union qui, en ce moment, tienne debout d'ailleurs – n'avaient pas davantage pour but de renverser le régime socialiste du Baas que de détruire de fantomatiques armes de destruction massive. Tout simplement, le but poursuivi est de détruire massivement l'Irak pour satisfaire au meccano idéologico-industriel de la petite bande d'illuminés à portefeuille qui règnent à Washington.

Ces gens-là se moquent complètement de la paix au Proche-Orient et tout autant du peuple irakien, qu'ils plongent délibérément – je dis bien délibérément – dans l'anarchie, avec son horrible cortège de violences et de souffrances sans nom. Ces gens-là jouent avec les peuples comme on joue avec des osselets, et c'est bien d'ailleurs le propre des empires, en particulier de cet empire américain que l'Europe, en éradiquant ses seules racines, les nations, et notamment la France, seule à mener une politique mondiale indépendante, a laissé se constituer par lâcheté. Non pas parce qu'elle est vieille, l'Europe, mais simplement parce que, privée des sèves nationales, elle est politiquement morte.

Ce ne sera donc qu'une hypocrisie de plus de parler aujourd'hui dans cette dérisoire enceinte de reconstruction de l'Irak, alors que ce qui est à l'ordre du jour, c'est la destruction de l'Irak, jusqu'à ce qu'il ne reste plus pierre sur pierre, mis à part, bien entendu, des derricks. La question n'est pas de savoir comment reconstruire, mais jusqu'où nous allons détruire l'Irak, humilier les peuples arabes, exciter leur colère pour complaire aux idéologues qui veulent à toute force provoquer une guerre générale entre les civilisations, qui sera une guerre contre les civilisations, à commencer par ce qui reste de la nôtre.