Extension au Tadjikistan d'une aide financière
Intervention du 17 décembre 1999Monsieur le Président, nous ne voterons pas, quant à nous, le rapport Savary. Cela, à la fois pour des raisons tenant au choix de ce pays et pour des considérations plus générales qui accompagnent l' aide financière. Si nous n' avons, évidemment, nulle opposition à l' État souverain du Tadjikistan, nous ne considérons pas pour autant que les États européens doivent sortir des priorités ou, plus exactement, de la priorité qu' ils se sont fixée de longue date en matière de coopération. Cette priorité a été mise en uvre voici plus d' un quart de siècle par les accords de Lomé.
Pour des raisons évidentes, qui tiennent à la géographie mais aussi à l' histoire, il est apparu nécessaire aux Européens d' engager, dans le courant des années 70, une action de coopération d' envergure avec les pays d' Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, sous une forme, d' ailleurs fort originale connue sous le nom des accords de Lomé, permettant de faire bénéficier nos partenaires du Sud de prix stables pour les denrées dont ils tirent l' essentiel de leurs ressources, ceci à l' abri d' un libre-échange tous azimuts dont on ne voit que trop, aujourd' hui, combien il ruine les économies les plus fragiles. Or, sous les coups de boutoir, non pas de la mondialisation, mais de l' idéologie mondialiste, que les nations européennes ont acceptée sans plus d' examen, nous voyons depuis plusieurs années les accords ACP lentement démantelés, leurs principes de base niés et, surtout, nous voyons diminuer la contribution de plusieurs pays européens au FED.
Or, dans le même temps, se multiplient les aides financières, dites exceptionnelles, aux pays les plus divers de la planète, sans que nul plan d' ensemble se dégage, en sorte que notre politique de coopération n' est plus qu' un vague et vaste saupoudrage, c' est-à-dire en somme qu' elle n' est plus une politique. À cette considération particulière, s' en ajoute une seconde. Si le Tadjikistan est aujourd' hui livré aux difficultés économiques qu' énumère le rapport, comme tant de pays de la planète d' ailleurs, c' est qu' il est certainement victime d' une ouverture inconsidérée des frontières et du jeu démesuré des empires. Nous ne voyons, quant à nous, nulle solution meilleure que la restauration d' un nouvel ordre international du commerce, qui respecte la souveraineté des États, leur rythme et leurs modalités de développement, qui respecte leurs traditions aussi, traditions que nous ne parviendrons pas à dissoudre d' un coup de baguette magique parce que nous aurons imposé l' élection, les droits de l' homme et ce que nous appelons, fort hâtivement, la démocratie.
Paul-Marie Coûteaux
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