Intervention du 22 octobre 2003 sur les principaux aspects et choix fondamentaux de la PESC (2002)
Monsieur le Président, voici de nouveau un rapport Brok, toujours inspiré des mêmes principes, toujours animé dune même intention, cest-à-dire la fabrication dune politique étrangère commune. M. Brok ne se rend toujours pas compte que les intérêts des États européens divergent, que leurs politiques sont par conséquent incompatibles et que cette politique commune qui fut instituée, faut-il le rappeler, voici plus de douze ans, lors du traité de Maastricht, constituera lun des plus longs serpents de mer qui a animé le bocal fédéraliste européen. On aura rarement vu dans lhistoire, dailleurs, tant dhonorables personnages noircir tant de papier et dépenser tant dénergie pour parvenir à ce but étrange et pathologique, qui consiste à faire disparaître leur pays. Mais, fort heureusement, ces chimères demeurent dérisoires: leur rêve na toujours pas la moindre réalité.
Arrêtons-nous cependant sur ce quils disent, ces rêves, et qui transparaît ici si clairement. Ils définissent une véritable conception du monde et, je dirais même plus, une véritable peur du monde. Dans un premier temps, M. Brok, jugeant que le Conseil et la Commission sont incapables de définir de véritables priorités, entreprend de le faire lui-même en choisissant ce quil appelle, dans larticle 7, les frontières extérieures immédiates, cest-à-dire lEst et le Sud.
Dans le même temps, il se félicite que les opérations de crise menées dans le cadre de la politique étrangère commune se soient appuyées sur la structure de programmation et de commandement de lOTAN - je le cite, cest larticle 30 - et il prône bien entendu une plus grande coopération avec ladite OTAN. Quelle est la vision du monde qui se dégage ici? Si lUnion européenne doit appliquer son principe "LUnion fait la force", elle doit le faire contre les États qui sont à sa périphérie, à lEst et surtout au Sud, et, corrélativement, elle doit le faire, selon M. Brok, par une liaison sans cesse plus étroite avec les États-Unis dans le cadre de ce quil appelle lespace euro-atlantique.
En somme, lEurope serait faite pour conforter lunité du
monde blanc développé contre ce qui nest pas lui, qui lentoure
et qui le menace. Est-ce cela, Monsieur Brok, la politique étrangère
et de sécurité commune? Comment faire croire, dès lors,
que lEurope a pour but de contrebalancer la puissance américaine,
alors que, manifestement, elle ne vise quà renforcer lunité
du monde blanc face à un Sud menaçant? Ne voit-on pas que les
thuriféraires de la politique étrangère commune sont aussi
les plus attentistes et que le centre de cet espace euro-atlantique na
jamais été mieux nommé "la maison blanche", cest-à-dire
la maison des blancs, liguée, heureusement blottie, face aux menaces
du monde.
Paul Marie Coûteaux