Intervention du 30 mars 2004 sur l'initiative commune pour la paix, la stabilité et la démocratie dans l'ensemble de la grande région du Moyen-Orient

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, ce que nous a dit le Conseil n’apporte, à mon sens, pas grand-chose de neuf à une position européenne qui, au-delà des formules creuses sans cesse ressassées du type "coopération méditerranéenne en vue de la paix, de la prospérité dans la région", etc., manque totalement de consistance. En réalité, l’Union ne joue aucun rôle au Proche-Orient, si ce n’est comme pourvoyeur de fonds, le plus souvent aveugle d’ailleurs. Mais politiquement, nous sommes nuls.

Or jouer un rôle, nous le pourrions si nous sortions de nos divisions européennes, chose sans doute impossible, et si nous avions le courage de choisir clairement un camp. Il ne s’agit pas de choisir un des deux camps apparents du conflit au Proche-Orient, vieux camps avec, d’un côté, les Israéliens et, de l’autre, les Palestiniens. Ce débat est dépassé. Le choix qu’il faut faire concerne le vrai clivage actuel, qui oppose les modérés et les extrémistes des deux camps. Les États-Unis ne le font pas. Ils font même exactement le contraire et jouent alternativement les modérés et les extrémistes. Très souvent d’ailleurs, ils jouent les extrémistes, que ce soient les fondamentalistes musulmans ou les jusqu’au-boutistes religieux d’Israël. Ils le font selon leur intérêt, qui est de diviser la région pour mieux y régner.

Or l’intérêt de l’Europe, c’est précisément de réunir la région pour mieux réussir les coopérations méditerranéennes qui feront de la Méditerranée ce qu’elle fut toujours, c’est-à-dire le centre géopolitique du monde. La politique de la France, c’est exactement le contraire de la politique des États-Unis. La France joue résolument les modérés palestiniens et israéliens des deux camps. C’est pourquoi, bien seule face aux États-Unis, elle est l’autre grande puissance présente au Proche-Orient. Hélas, mis à part la France, l’Europe est trop divisée, de sorte que nous en sommes réduits aux pauvres mots que nous venons d’entendre de la bouche du Conseil. C’est désolant, mais ce n’est pas étonnant.

Paul Marie Coûteaux