Intervention du 15 septembre 2004 sur la situation en Irak

 

Monsieur le Président, bien entendu, Mesdames et Messieurs les représentants des États membres, l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-saxonne n’a rien résolu. Au contraire, elle a aggravé les conditions de vie des Irakiens et surtout elle a fait progresser l’intégrisme islamique partout dans le monde arabe, en lui donnant une nouvelle base et une nouvelle légitimité.

Bien entendu, ce n’est là que l’application de la stratégie impériale américaine visant à livrer le monde à un immense conflit de civilisations, resserrant ainsi le monde développé autour de Washington. Bien entendu encore, la prétendue Union européenne, je mets «Union» entre guillemets, avec ses six malheureux projets de résolution dont aucun - souvenez-vous, c’était l’an dernier - n’a obtenu la moindre majorité, et avec son immense fatras de bonnes paroles inutiles et dérisoires, est restée muette, incroyablement passive face à une guerre et à une stratégie d’affrontement de civilisations dont elle est pourtant la première victime.

Seule la France, flanquée d’une Allemagne à vrai dire hésitante et d’une Russie, hélas, affaiblie, seule la France, au milieu du ballet des carpettes atlantistes, a une fois encore sauvé l’idée européenne. Elle l’a fait si clairement que le monde reconnaît en elle de plus en plus un signe de résistance à l’empire, et même, d’ailleurs, au sein de l’opposition américaine, elle est le symbole de la liberté des peuples, laquelle est bel et bien la condition de toute démocratie réelle.

Nous avons à présent le choix entre deux résistances: la résistance islamique que les Américains, qui seront bien obligés de déguerpir un jour comme du Viêt Nam, ont certainement l’intention de laisser derrière eux, ou bien la résistance nationale, la résistance laïque. Quant à l’Europe, l’Europe des europiomanes, elle est bien sûr incapable de choisir, mais la victoire de la résistance nationale est certainement, face à l’islamisme, la condition de la coopération méditerranéenne si nécessaire et, hélas, si improbable.

 

Paul Marie Coûteaux