Intervention du 13 décembre 2004 sur les progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les représentants des nations d’Europe, les souverainistes français voteront bien entendu contre ce rapport, mais nous voudrions souligner le caractère irréel de ce débat; au fond, nous savons bien que la décision a déjà été prise, non pas en 1999 à Helsinki, non pas même en Europe, mais à Washington, plusieurs années auparavant, et qu’elle a d’ailleurs été annoncée par le Président Clinton en visite à Istanbul en 1997.

C’est ce qui explique l’incroyable arrogance de M. Erdogan, qui sait parfaitement qu’il a son adhésion en poche; je répète qu’il est soutenu par les États-Unis et qu’il multiplie les insolences en s’étonnant que certains États hésitent. C’est le cas de mon pays, la France. Il faut lui rappeler - et le Président de la République française est bien obligé d’en tenir compte - que la France est encore une démocratie et qu’elle a le droit d’hésiter.

Il fait preuve d’arrogance aussi par son refus d’aborder deux questions que je ne fais que mentionner parce qu’elles ont déjà été évoquées ici. Pourquoi refuser avec tant d’obstination de reconnaître l’épouvantable génocide arménien? J’ai déposé sur ce sujet une déclaration écrite qui rappelle notamment que, par deux fois, en 1987 et 1990, ce Parlement a refusé d’ouvrir quelque négociation que ce soit aussi longtemps que n’était pas reconnu ce génocide. Il est étonnant que ce Parlement soit au milieu de tant d’illogisme et qu’il soit si peu fidèle à lui-même. Je mentionne aussi la question chypriote. Il est tout de même stupéfiant que l’on veuille entrer dans un club d’États, une assemblée d’États, une fédération d’États - que sais-je, on ne sait pas ce que c’est - sans reconnaître l’un de ses membres. Il est vrai que cette Union européenne est coutumière de ce genre d’illogisme. En réalité, nous sommes en train de construire je ne sais trop quoi; cela s’appelle peut-être un salmigondis, mais cela n’a rien à voir évidemment avec l’Europe.

 

Paul Marie Coûteaux