Intervention du 15 décembre 2004 sur la préparation du Conseil européen (17 décembre 2004)
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les représentants des nations dEurope, le prochain Conseil aura pour sujet principal la Turquie et je ne parlerai que de ce point, même si les souverainistes français, jai eu loccasion de le rappeler ici avant-hier, ont déjà fait part des raisons de leur opposition.
Je voudrais simplement adopter cette fois un autre point de vue et mettre en garde le Conseil contre la décision quil va prendre. Cette décision aura en effet des conséquences fort graves à mes yeux, non plus simplement au regard des conséquences de lentrée de la Turquie, mais au regard également de limage que les peuples dEurope ont de lUnion européenne.
Premièrement, les opinions publiques comprennent de moins en moins ce que nous concevons comme nos frontières. Évidemment, en faisant entrer la Turquie, les frontières se brouillent, la porte est ouverte à un ensemble de pays turcophones, y compris des pays du Caucase, auxquels sajoute la Géorgie. Bref, nous sommes en train de glisser vers une sorte dÉtat mondial dont le fondement nest plus quun vague catalogue de bons sentiments dénommés «droits de lhomme». Cette évolution est incompréhensible pour beaucoup dEuropéens, dautant que, et jen viens à mon deuxième point, ce faisant, nous tournons le dos à ce qui est pour les Européens lessence de lEurope et qui a été vaguement, maladroitement peut-être, qualifié de racine chrétienne. Malgré tout, il y a une conception précise du mode de vie, des civilisations qui composent lEurope. Nous nous en éloignons et sans doute que, pris dans une sorte de tourbillon dans lequel vit une espèce délite mondialisée, nous ne nous rendons pas compte que nous insultons les peuples et que nous les choquons.
Troisième point, la première conséquence ne va pas tarder. En France, à loccasion du référendum, les Français commencent à comprendre quil existe un lien entre la Turquie et la Constitution. Ils se prononceront en en tenant compte. Je vous laisse donc maîtres des conséquences des décisions qui seront prises, Messieurs du Conseil, vendredi prochain.
Paul Marie Coûteaux