Intervention du 9 mars 2005 sur la révision à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne
Madame la Présidente, ce qui fut pompeusement nommé la stratégie de Lisbonne est en train de tourner à la farce. D'abord, l'objectif de croissance et de prospérité est à l'évidence non tenu. À miparcours, la croissance est anémiée au point que l'OCDE qualifie de trou noir de la reprise mondiale la zone euro, qui stagne avec 1,7% de croissance, quelquefois moins pour de nombreux pays, alors que la croissance mondiale est de 5% et que, comble de l'ironie, l'Europe dans son ensemble observe un taux de croissance de 2,9% grâce aux relatives performances des pays qui, précisément, échappent au carcan stupide de l'euro.
Quant à la prospérité, elle est, pour nos concitoyens, plutôt synonyme pour l'instant de précarité, de baisse du pouvoir d'achat, de chômage, dont le symbole sont les huit millions de chômeurs du noyau dur francoallemand.
Quant aux perspectives, elles sont de plus en plus sombres, notamment dans la zone euro. L'euro n'a pas tenu ses promesses. À l'évidence, il n'est pas une monnaie d'échange, il n'est pas un facteur de discipline budgétaire mais au contraire de laxisme. Et pour nos contemporains, il serait plutôt un facteur d'inflation.
Quant au pacte de stabilité, il est à l'évidence en train de voler en éclats. D'ailleurs, je ne comprends pas comment on peut être partisan de l'euro sans être partisan du pacte de stabilité. Il y a une contradiction dans les termes au moins sur ce point; j'en donne compte à la Commission. La leçon, d'ailleurs, de ladite Commission est simple. Il faut différer l'élargissement de l'euroland, en sorte que parmi les Vingtcinq les Trente bientôt , il n'y a que douze pays qui font partie de l'euroland. C'est très loin des objectifs affichés, bien entendu.
Tout cela nous serait agréable parce qu'évidemment, c'est
autant d'arguments donnés, aux partisans du non , si l'on ne jouait
pas, hélas, trois fois hélas, avec l'idée de l'Europe,
fâcheusement compromise, et peutêtre pour longtemps, dans l'esprit
de nos citoyens.
Paul Marie Coûteaux