Intervention du 8 juin 2005 sur la réforme de l'ONU
Monsieur le Président, nous sommes dans une situation assez étonnante,
car nous discutons cet après-midi d'un projet qui n'a pas de consistance
dans une enceinte qui n'a, pour ce faire, aucune légitimité. Je
passe sur le vide du projet, la réforme de l'ONU : lorsque j'étais
en fonction à l'ONU c'était en 1992 , on parlait déjà
de réforme de l'ONU. C'est un serpent de mer ! La seule réalité
est que l'ONU repose sur un Conseil de sécurité, lequel repose
sur cinq membres permanents, qui ont d'ailleurs mené l'ONU aussi loin
qu'elle pouvait aller, souvent pour le meilleur et quelquefois pour le pire.
Quant à l'Europe, elle y est représentée par des membres
non permanents qui tournent et par deux grandes puissances titulaires d'un droit
de veto, la Grande-Bretagne et la France. On n'aperçoit d'ailleurs aucune
autre architecture possible.
Mais il y a beaucoup plus grave. Ce Parlement n'a aucun pouvoir pour délibérer sur ce sujet ni même pour envoyer comme le dit de façon assez dérisoire M. Laschet des messages à New York. Cela ne signifie rien. D'ailleurs, notre délégation souverainiste française ne participera pas au vote demain en signe de protestation contre la volonté de ce Parlement de faire comme s'il pouvait empiéter sur ce qui regarde les États seuls et, plus grave encore, pour faire comme s'il n'y avait pas eu de référendum, c'est-à-dire comme si la "Constitution" n'était pas morte.
Je vous mets en garde solennellement contre une forfaiture collective: nous faisons comme s'il y avait une "Constitution", comme s'il y avait une politique étrangère et de sécurité commune, comme s'il y avait un ministre européen des affaires étrangères. Il n'y en aura jamais ! Les peuples n'en veulent pas. Et si vous voulez les imposer par la force, eh bien, vous ferez reposer l'avenir de la construction européenne sur un putsch, qui rendra l'ensemble de vos décisions illégales, qui, se faisant, détruira ce qui reste de la belle idée européenne et appellera les réponses appropriées, sans doute violentes, de nos peuples.
Cela ne nous étonne pas car on ne peut pas construire ce que certains d'entre vous nomment un empire par des voix démocratiques : que chacun sache au moins que votre prétention à faire passer en force la "Constitution" et à faire comme si le référendum français était consultatif, porte un nom, une forfaiture.
Paul Marie Coûteaux