Intervention du 28 septembre 2005 sur la réforme des Nations Unies et les objectifs du Millénaire pour le Développement
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, ainsi donc, ce qui devait
arriver arriva. Il n'y a pas eu de réforme véritable de l'ONU,
il n'y aura pas de siège européen au Conseil de sécurité,
point sur lequel chacun se tait alors que c'était, il faut le dire, le
principal espoir de l'Union à l'occasion de ce sommet.
L'une des conséquences de cet échec est que l'Union européenne, qui par ailleurs n'aura pas plus de ministre des affaires étrangères qu'elle n'a de quelconque politique étrangère commune, demeurera une sorte de forum international sans visibilité extérieure. Tout cela relevait d'ailleurs de l'évidence, malgré les considérations balancées que vient de nous délivrer Mme Ferrero-Waldner, qui aurait pu, soit dit en passant, puisqu'elle s'exprime sur une terre française, s'exprimer en français; de toute façon elle ne m'écoute pas, comme elle sait si bien le faire.
Si la machine dite européenne avait un peu de réalisme quant à sa propre importance, nous nous serions épargné ces longs débats au-dessus du vide sur le prétendu siège européen qui rejoindra dans nos armoires les amas épais de nos illusions perdues. Mais réfléchissons sur cet échec tout de même, car il devrait nous mettre en garde, comme l'a fait à plus large échelle l'échec de la Constitution, ou la déconstitution européenne, sur les limites étroites dans lesquelles peuvent s'inscrire nos prétentions. L'impossibilité de réformer l'ONU, impossibilité prévisible, que d'ailleurs nous avions prévue au fil de nos interventions précédentes sur le sujet, était elle-même inscrite dans les conditions propres à l'action internationale.
Ce qui préside et présidera toujours à la vie internationale, c'est la prééminence des souverainetés. Si, à l'intérieur des États, il peut exister un droit s'imposant à tous et des moyens de coercition légitimes, capables de pacifier les relations entre les hommes, dans l'ordre international en revanche, il n'y a pas, il n'y aura jamais d'arbitre légitime, qu'il s'agisse d'une organisation internationale ou d'un État qui se prétendrait à lui seul garant de la paix entre les nations. Car, en face de cet État arbitral et en réalité impérial, comme en face de toute organisation supranationale, jamais les autres États ne perdront de vue leurs intérêts propres, leur personnalité propre et, je le répète, leur souveraineté, comme l'a dit mon excellente collègue Hélène Goudin.
Cela ne signifie pas que le monde soit nécessairement une jungle, cela signifie simplement que la paix ne repose que sur l'équilibre entre les nations et les groupes de nations et que le droit international ne peut que limiter à la marge le jeu naturel des États qui, aussi dévoués qu'ils veuillent se montrer à la cause de la paix, restent des monstres froids et n'oublient jamais de calculer leur puissance.
Que cela nous serve donc de leçon, le cadre multilatéral peut faire certaines choses mais là, et seulement là où, par miracle, les intérêts des nations viennent à coïncider. Que le réalisme nous ouvre les yeux et que nous sachions voir enfin l'étroitesse du cadre dans lequel est inscrite notre action, cela dans la nature même des choses.
Paul Marie Coûteaux