Intervention du 13 décembre 2005 sur les droits de l'homme et la liberté de la presse en Tunisie et l'évaluation du Sommet mondial de la Société de l'Information de Tunis
Monsieur le Président, nous voterons contre la résolution
dite "de compromis", que j'ai plutôt envie d'appeler la "résolution
Flautre", tant elle semble s'aligner sur le texte de cette collègue.
La résolution veut manifestement monter en épingle des incidents
mineurs - je dis bien mineurs - survenus à Tunis, lors du sommet mondial
sur la société de l'information, lequel sommet s'est déroulé
dans des conditions qui nous paraissent - et nous ne sommes pas les seuls -
tout à fait satisfaisantes.
Pourquoi s'acharner contre la Tunisie, alors que tant de pays à travers
le monde avec lesquels l'Union européenne a les meilleures relations
et qu'elle s'apprête, pour certains, à accueillir, sont beaucoup
moins respectueux des libertés fondamentales que ne l'est le gouvernement
tunisien ? Pourquoi la Tunisie ? C'est simple, parce que la Tunisie ne réussit
que trop bien et aux yeux de certaines puissances, ainsi que, hélas,
de quelques esprits simples qu'elles manipulent, la Tunisie représente
trois dangers.
D'abord, elle est un modèle de développement et l'on se demande
si certaines superpuissances ne s'acharnent pas à détruire tout
pays arabe qui est sur la voie du développement.
Ensuite, la Tunisie est un modèle de coopération méditerranéenne.
Ce n'est pas par hasard qu'elle fut la première à signer un accord
d'association avec l'Union, et certains pourraient avoir intérêt,
au nom de la théorie bien connue du "choc des civilisations",
à dresser l'une contre l'autre les deux rives de la Méditerranée,
une mer dont l'unité permettrait à la région euro-africaine
de prospérer.
Enfin, la Tunisie est un modèle de coopération dans le monde francophone.
Elle se développe en langue française, et certains - on l'a encore
vu à Rabat il y a quelques jours, lors d'une réunion de l'Assemblée
parlementaire euro-méditerranéenne (APEM) -, préféreraient
peut-être substituer l'anglais au français comme langue internationale,
partout, y compris dans les pays phares de la francophonie.
En se ralliant aux détracteurs systématiques de la Tunisie, comme
Mme Flautre, et en attaquant ce pays qui, je le répète, est exemplaire,
notre Assemblée donnerait l'impression de vouloir, sous couvert de coopération
et de respect des droits de l'homme, radicaliser les positions des uns et des
autres pour finalement favoriser l'intégrisme islamique. C'est ce qui
se produit actuellement en Irak par l'intermédiaire de l'Occident, terme
qui désigne en réalité Washington et ses affidés,
et c'est ce que l'Égypte d'abord, puis le Maghreb ensuite, pourraient
connaître aussi. Si nous faisions cela, nous ne servirions pas les intérêts
des puissances européennes, mais nous exposerions au contraire nos peuples
aux terribles déchirures de notre mer commune.