Intervention du 17 mai 2006 sur l'instrument de financement de la coopération au développement et de la coopération économique - Instrument européen de voisinage et de partenariat - Instrument de stabilité- Instrument d'aide de préadhésion (IPA)
Monsieur le Président, élargissons le débat, si vous le voulez bien, parce que toute notre conversation, nos interventions d'aujourd'hui supposent qu'il y ait, faut-il le rappeler, une politique commune des relations extérieures.
Or, il a échappé à d'aucuns, apparemment, que, si les Français, puis les Néerlandais, il y a un an, ont refusé la Constitution européenne, c'est précisément parce qu'ils ne voulaient pas se dessaisir de ce qu'ils ont de plus précieux, à savoir leur conception du monde telle qu'elle s'exprime dans leur politique étrangère.
Justement, ils n'entendent pas créer, comme la Constitution le proposait, un ministre des affaires étrangères, fût-ce M. Solana, et encore moins lui donner des services et des crédits. Non, ils n'entendaient pas avoir la même politique étrangère que, par exemple, la Grande-Bretagne ou l'Italie, ou d'autres, quand ils envahissent, à la demande des Nations unies, l'Irak, sans l'aval du Conseil de sécurité, bafouant ainsi le droit international, et l'idée même qu'il y ait un droit international.
Ils ne veulent pas d'une superpuissance qui pratique des enlèvements, des déportations, la torture, comme le font les États-Unis ainsi qu'on l'a vu avec la fameuse affaire des vols prétendument secrets de la CIA, ceci avec l'assentiment tacite de nos autorités, en particulier de M. Solana, qui ne fait pas oublier, décidément, qu'il fut Secrétaire général de l'OTAN. Si M. Solana veut défendre les droits de l'homme, eh bien, qu'il stigmatise Washington et ses affidés européens, lesquels, par leur silence, se rendent complices d'enlèvements, de tortures, plutôt que de chercher querelle à des pays du sud trop peu alignés à son goût, ou trop proches de la France peut-être.
Décidément, nous voterons contre ces crédits, ces perspectives financières, qui sont pour l'Europe et pour la dignité de l'Europe des perspectives mortifères.