Intervention du 13 décembre 2006 sur l'élargissement

" Monsieur le Président, nous voterons nous aussi, contre ce rapport en ce qu'il s'écarte encore davantage de ce que fut l' Europe des origines, c'est-à-dire "l'Europe des Six", une Europe réunissant quelques Etats décidés à coopérer entre eux en certains domaines, notamment aux fins de rétablir l'équilibre atlantique. Depuis lors, les idéologues de la supranationalité ont surdimensionné leur projet en élargissant à tout-va, sans nul souci des frontières. Or, à force de pulvériser les frontières intérieures et de ne même plus savoir ce qu'est une frontière, ces europiomanes ne savent plus où s'arrêter. De ce fait, leur projet n'est pas véritablement politique car, je le répète, on ne fait pas de politique dès lors qu'on ne sait plus penser la frontière.

Aujourd'hui, ces europiomanes découvrent qu'il y a toujours quelqu'un derrière le mur, qu'il faut toujours élargir davantage, faute de pouvoir dire non à quiconque. Et les voici, privés de toute "Constitution" - qu'ils ne se fassent pas d' illusions à ce sujet, ils sont définitivement privés de toute "Constitution" - et confrontés à un vide immense, contraints soit de reculer, c'est-à-dire d'inventer une Europe pragmatique à deux ou trois vitesses, ce qui serait le plus raisonnable, soit de se lancer dans une vertigineuse fuite en avant, nul ne peut savoir jusqu'où...

Les voici engagés avec la Turquie, confrontés à de nouveaux pays candidats à l'adhésion, dans le Caucase par exemple - après tout, la Géorgie fait bien partie du Conseil de l'Europe… Pourquoi pas les pays du Maghreb, ou le Liban, dont l'histoire est tellement liée à celle de nos nations ? Eh bien, allons-y ! Puisque cette pauvre Europe n'a déjà plus d'ossature, élargissons-la sans cesse et n'ayons garde d'oublier ce faisant des États curieusement laissés de côté, la Serbie, la Russie - la Grande Russie, qui fait tant preuve d'indépendance qu'elle est peut-être le plus européen des Etats d'Europe'- comme la Serbie ! Mais peut-être est-ce pour cette raison, peut-être est-ce parce que ces pays renâclent à accepter l'hégémonie américaine qu'ils sont si soigneusement tenus à l'écart ? Eh bien, cela dit tout, Monsieur le Président, de la faillite, oui, de la faillite de la prétendue Union européenne ..."