Intervention du 22 mai 2007 sur le futur de l'Europe
Monsieur le Président, il y a deux ans presque jour pour jour, le non français condamnait à mort la Constitution européenne. Il y eut ensuite la confirmation des Pays-Bas, celle de la Grande-Bretagne, puis les refus tchèque et polonais. Il y eut aussi le peu d'empressement des deux seuls pays qui ont dit oui par référendum, le Luxembourg et l'Espagne. Ainsi, en Espagne, seulement 32 % des électeurs inscrits ont approuvé le texte. Bref, c'était l'échec, puis l'enlisement du processus constitutionnel, échec duquel nous sommes principalement redevables à la France.
Dès lors, tout fut clair pour nous, souverainistes français, au nom desquels je parle ici: c'est la France qu'il fallait circonvenir, les Français qu'il fallait tromper! Eh bien, ce fut fait, par une ruse gigantesque. Lors de la présidentielle, deux candidats furent présélectionnés d'entrée de jeu, pour que, une fois l'un d'entre eux élu et fort alors d'une fraîche légitimité, il dise oui là où les Français ont voulu dire non. C'est le sens de l'insupportable geste de M. Sarkozy se précipitant chez Mme Merkel le jour même de son intronisation.
Il faut que l'on sache que ce oui arraché à la France par le détour présidentiel est un oui illégitime. Je sais très bien que l'on va s'arranger entre soi, dans le petit aquarium silencieux et grouillant des oligarchies bruxelloises, pour concocter un nouveau texte, que l'on ne baptisera certainement pas constitution mais réforme institutionnelle, ce qui revient au même.
Cependant, les partisans du non ne sont pas morts. Que M. Barroso ne s'y trompe pas, et ne vous y trompez pas davantage, Monsieur Prodi: la France donnera tôt ou tard de nouveau de la voix car la France, envers et contre tout, tient à ses libertés. Et ces libertés-là, les libertés nationales, finiront bien, malgré vos pauvres manigances, par triompher.