Intervention du 19 février 2008 sur le futur de l'Europe (Strasbourg, débat)

Monsieur le Président, l'Europe n'a d'avenir – c'est l'évidence – que par ses peuples, car ses peuples sont sa seule substance et sa seule force. Si ses peuples venaient à être absorbés, dessaisis de leur responsabilité d'eux-mêmes, et divisés ou éclatés en petites principautés sans dimension politique, conformément, certes, à la politique impériale américaine, dont nous venons d'avoir au Kosovo un exemple terrible et lourd de menaces, en un mot si l'Europe devait s'en remettre à une technostructure hors sol qui la livre à tous les vents de la mondialisation et de l'empire, alors, chers collègues, je craindrais beaucoup pour notre avenir.

Or, tout montre que cette machine honteusement dénommée Union européenne fonctionne non seulement sans les peuples mais désormais contre eux. Une preuve de plus vient d'en être donnée par l'incroyable négation de la voix des Français et du référendum de 2005, avec la complicité du pâle gouverneur Sarkozy. Les Français se sentent trompés et se détournent de toute espérance, dans un sauve–qui–peut général qui est la négation même de l'histoire et de l'avenir.

L'Europe n'a de salut que si les peuples reprennent en main leur destin, si les États mènent librement leur politique en s'associant quand il le faut, si l'on dénonce les mensonges d'une démocratie qui n'a plus rien à voir avec le dêmos ni même avec le kratos , en un mot, si les États et les nations reconquièrent leur liberté. Sinon, la belle idée d'Europe roulera au fossé et nous glisserons doucement très loin, très loin des rivages de l'histoire.