La logique de l'équilibre des nations
Entretien paru dans Bastille République Nation, novembre 2002.

 

Un débat au parlement de Strasbourg s'est tenu le 23 octobre 2002 sur le terrorisme. Paul-Marie Coûteaux, vice-président du groupe EDD (Europe des démocraties et des différences) est intervenu. Il évoque pour BRN son analyse sur cet enjeu.

BRN - Vous êtes récemment intervenu en séance pleinière à Strasbourg dans le débat portant sur " la lutte contre le terrorisme "…

PMC - La problématique ainsi baptisée a quelque chose de passablement sot. Cette formule, et le mot même de terrorisme, sont mal choisis pour dire une évidence, à savoir que la politique que mène ce qu'il est convenu d'appeler " la communauté internationale " (c'est-à-dire en clair les États-Unis et la cameria impériale que forment ses affidés) est contestée de plus en plus violemment à travers le monde. Or il est de fait que tous les empires n'ont jamais hésité à nommer " terrorisme " ce qui pourrait aussi bien s'appeler de la résistance. C'est ce qu'a également rappelé dans le débat mon collègue Alain Krivine.

BRN - Ne craignez-vous pas que, disant cela, on vous accuse de vous ranger du côté des auteurs d'attentats ?

PMC - Je suis loin d'approuver les actes qui visent des innocents (encore que, dans une démocratie, que je sache, personne ne soit tout à fait innocent...). Il va de soi que je condamne sans appel les attentats du 11 septembre, comme le récent attentat de Bali, comme je condamne l'action menée contre un pétrolier français, ou en 1995, les actes perpétrés dans le métro parisien. A ce propos, comment d'ailleurs ne pas déplorer que l'auteur de ces derniers puisse trouver refuge dans un des pays membres de l'Union européenne ? En agissant ainsi, les dirigeants britanniques n'agissent-ils pas comme s'ils s'en faisaient les complices ?... Comme quoi, rien n'est simple !

BRN - Le parlement européen ne peut-il, cependant, jouer un rôle en la matière ?

PMC - Je voudrais y insister : celui-ci n'est pas un tribunal. Nous n'avons pas à dire le bien et le mal. Il faut regarder le monde d'aujourd'hui en face, tel qu'il est. On voudrait nous faire croire que ce qui passe pour l'Occident n'a qu'un seul ennemi, Ben Laden, Al-Qaïda et ses ramifications putatives. En réalité, ce que nous appelons " les terroristes " sont légions de par le monde ; ils se multiplient et se radicalisent à mesure même que l'empire étend sa domination et la rend plus violente contre les peuples dont il ignore les valeurs, les héritages et les secrets, et qu'il diabolise, alors même qu'ils ne sont évidemment pas à sa taille, militairement s'entend.

BRN - Dès lors, quelle perspective proposez-vous ?

PMC - Il n'y aura jamais de paix entre des pays riches, quand ils sont trop riches et trop arrogants, et des pays pauvres, quand ils sont trop pauvres et trop humiliés. N'est-ce pas d'ailleurs une loi de l'Histoire : tout empire, qui se maintient et s'étend dans le raidissement progressif de ses instruments de puissance et recourt de plus en plus souvent à la violence, suscite immanquablement des rébellions. Rien ne serait plus grave pour nous, nations d'Europe qui connaissons l'Histoire, que d'entrer dans une problématique qui, sous couvert de " lutte contre le terrorisme ", nous conduirait à une méfiance générale pour ce tiers-monde qui représente, je le rappelle, les trois-quarts des peuples du monde. A ces délires, qui s'entretiennent l'un l'autre, il faut opposer, une fois de plus, la logique de la liberté, c'est à dire de l'équilibre, des nations.