Discours de Paul-Marie Coûteaux, Conseiller politique de Philippe de Villiers, au rassemblement de La Mutualité à Paris, le samedi 20 janvier 2007
Bravo d'être venus si nombreux, et bienvenue à chacun d'entre vous, qui, à compter d'aujourd'hui, à compter de cette heure, constituez le coeur battant, la garde montante du vaste mouvement pour la France prêt à livrer enfin la grande bataille ! Ce combat que doit organiser, il en a l'étoffe, notre cher Guillaume Peltier. Vous allez livrer cette bataille de toutes vos forces, de tous vos talents, de toute votre âme parce que vous avez fait, je le sais, chacun de vous dans sa solitude, chacun dans le secret de lui-même, un grand choix : ce choix n'est pas politique. Ce choix n'est pas non plus idéologique. Ce choix est spirituel : vous avez décidé, vous autres, de ne pas regarder la vie comme un jeu.
Voilà pourquoi je n'hésite pas à vous regarder en ce jour comme une élite, la véritable élite de la Nation et de la civilisation françaises. Regardez autour de nous, regardez nos politiques, nos responsables ou nos irresponsables et regardez aussi le nombre hélas croissant de Français résignés à sortir de l'histoire : tous ou presque, ils prennent la vie pour un jeu, une succession de petites partitions personnelles entrecoupées de prétendues distractions qui sont encore des jeux, ces jeux de cirque par lesquels les puissants du jour ont toujours su distraire les peuples. Notre ami l'écrivain Philippe Murray l'avait bien vu : ils sont finis les jours d'honneur, de combat et de gloire ; place à l'homo festivus, place aux petits cyniques, place à ceux qui résument la vie à une succession de jeux au-dessus du vide ! Et certes, je le sais, le système économico-politico-médiatique croit avoir gagné la partie : comme l'a dit Philippe de Villiers devant le Conseil national de décembre, ils ont même réussi à faire de l'élection présidentielle la dernière trouvaille de la Française des Jeux, une sorte de " Prix spécial du Président de la République ", une sorte de tiercé à deux chevaux, le Sarko-Ségo, le grand lego pour adultes.
Il y a trois jours à Strasbourg, nous écoutions Mme Angela Merkel relancer ce qu'elle appelle sans honte le processus constitutionnel, balayant ainsi d'un revers de main la voix du peuple français si clairement exprimée le 29 mai 2005, comme si les "non" français et hollandais n'existaient pas, comme s'ils n'avaient été qu'une erreur glissée dans la règle du jeu programmé à l'avance. D'ailleurs, je signale que nous avons lancé à la demande de notre groupe Indépendance et Démocratie, en France (car tous désormais regardent la France) une vaste campagne d'opinion "Non, c'est Non !" sous la houlette de Christophe Beaudouin : vous en entendrez parler bientôt ! En somme, ils ont aboli le référendum, et voici qu'ils ont aussi aboli le premier tour puisque nous sommes déjà installés depuis des mois dans un faux second tour, entre Ségo et Sarko, Sarko et Ségo, la "ouiouiste" social-démocrate ou le "ouiouiste" démocrate-social. En somme, ils ont aboli les élections ! Ils ont aboli le peuple, ils ont aboli leur démon, le démos, ils ont aboli la démocratie !
En réalité, tous ces prétendus " grands politiques " ne croient plus en la politique, ils y jouent comme on joue aux billes ou à la baballe. Le seul problème, c'est que comme tous les jeux, ce jeu n'est qu'un leurre. Un leurre dès lors que tous les protagonistes sont également voués à la disparition de la France, à la disparition de l'Etat, de la Nation, à la disparition du Pouvoir en tant que tel, et que, en somme nous sommes invités à assister à une partie de football qui n'aurait qu'un petit défaut : c'est qu'il n'y a plus de ballon. Le ballon, je veux dire l'enjeu, le pouvoir réel s'est évaporé dans la nature, loin des ministères et des assemblées, voilà longtemps que le ballon s'est perdu dans les couloirs de Bruxelles ou de Francfort ou dans les forteresses syndicales ou celles des cléricatures, de la magistrature, de la bourse, et des multiples corporations qu'on voit prospérer aujourd'hui sur le cadavre de la légitimité et de la souveraineté nationales.
Voilà pourquoi je disais que vous êtes les seuls, mes chers compagnons, dignes de mener le grand combat de la politique, parce que vous êtes les seuls à croire en la politique, c'est à dire en l'histoire, et singulièrement en l'histoire de France : vous seuls avez compris, et, je dois dire, quelques autres, tel Nicolas Dupont Aignan, auquel je rend un hommage personnel et dont je salue ici le courage solitaire et salutaire, mais qui doit avoir du courage jusqu'au bout et qui doit savoir que nous lui ouvrons nos bras ! Vous avez compris , disais-je, que l'essentiel n'était de prendre un pouvoir qui n'existe plus, et dont les prétendus détenteurs ne font plus que s'amuser avec des apparences, des ombres et des hochets -les titres ronflants, les grands bureaux dorés et les belles voitures à cocarde- vous êtes les seuls à avoir compris que le Pouvoir, il fallait d'abord la rapatrier, le recréer de toute pièce en arrachant les souverainetés confisquées par les innombrables féodalités et les hégémonies en tous genres ! Nous sommes les seuls à vouloir sérieusement exercer le pouvoir -comme Philippe de Villiers l'exerce lui-même au seul échelon qui, hélas !, est encore laissé à l'action publique, l'échelon décentralisé, ce qui nous vaut les belles réussites de Vendée. Lisez " la France qui gagne ", et vous verrez, oui verrez tout de suite ce que peut l'action publique aux mains d'un homme qui croit en l'action et qui croit au Bien Commun.
Voilà, mes chers compatriotes, voilà le véritable objet des élections qui sont entre vos mains : nous ne prétendons pas exercer le pouvoir, puis que le pouvoir n'existe pas. Ce à quoi nous prétendons, c'est à restaurer le pouvoir, le ramasser, le recréer, recréer un Etat doté des attributs indispensables sans lequel il n'est plus aujourd'hui qu'un pauvre fantôme, refonder une autorité, une légitimité, recréer un peuple, même, puisqu'il n'existe plus à proprement parler de peuple français, c'est-à-dire à la fin des fins, recréer une souveraineté, nationale et populaire. Nous sommes les seuls, nous autres souverainistes, à prendre l'élection au sérieux : face à tous les autres, de gauche, du centre et de la droite même, qui ne sont des joueurs dérisoires pour des temps festifs, nous seuls avons droit d'exercer le pouvoir puisque nous seuls croyons encore en l'Etat, en la Nation, à croire en la France comme moyen de participer aux grandes affaires du monde en hommes libres, pour nous faire les dignes acteurs d'une grande histoire.
Voilà mes chers compagnons, mes chers compatriotes, ce que nous sommes aujourd'hui, devant la France exsangue, devant la France délaissée, bafouée, abaissée, devant la France abandonnée. Oh certes ! je sais bien que l'on tente de nous réduire à de misérables caricatures, une sorte de dernier carré des petits blancs effrayés par la marche du monde, des petits blancs anti-Turcs, anti-Arabes, anti-homos, anti-impôts etc., alors que nous sommes tout le contraire, nous sommes ceux qui ont confiance en la France, ceux qui refusent de la fuir comme on fuit une maison dont les portes et les fenêtres claquent de toutes parts, au gré de tous les vents du monde, pauvre jouet résigné à l'impuissance.
Oui, nous sommes les seuls à croire en la France, mais nous ne sommes pas seuls ! Nous ne sommes pas seuls, puisque, ce qu'il reste de peuple français, c'est nous ! Et c'est bien pour cela que tôt ou tard nous recueillerons la France, et nous la porterons sur nos épaules.