Discours de Paul-Marie Coûteaux, Conseiller politique de Philippe de Villiers, au rassemblement du Palais des Congrès de la Porte Maillot à Paris, le samedi 31 mars 2007

Mes chers amis, mes chers compatriotes,

Un aveu -…- Un aveu dont je lui demande pardon : je ne sais plus où j'en suis avec la France -…- Comme ces êtres que l'on aime et dont on s'effraie un jour de ne plus retrouver dans la mémoire les traits du visage, je cherche aujourd'hui le visage de la France. J'aperçois quelquefois l'éclair de son regard mais aussitôt elle retombe dans son étrange torpeur, yeux mi-clos, hagarde pour ainsi dire. Oui, je cherche de plus en plus souvent le visage de la France, je cherche le bonheur d'être Français, je cherche le sens de cette formule magnifique que Philippe de Villiers a pris pour oriflamme "La fierté d'être Français".

Il y a cette histoire terrible et belle, celle de la première et d'ailleurs unique rencontre entre de Gaulle et Mitterrand : c'était à Alger en 1943. A demi-mot Mitterrand reproche au général d'avoir quitté le sol français : "La France est d'abord une réalité ; ce sont des paysages, des villages, des pierres que l'on peut toucher " - et de citer, déjà, la roche de Solutré. Un peu dédaigneux, de Gaulle répond : "Moi, Monsieur Mitran, quand je veux voir la France, il me suffit de fermer les yeux".

Il y a ces deux France, celle que nous avons au cœur comme à l'âme, la France resplendissante qui a créé depuis Clovis, dans le fil de la chrétienté naissante, une des plus grandes civilisations du monde, une civilisation qui plus que toute autre a respecté l'Homme, a respecté assez la personne humaine pour faire du moindre individu, du serf, un sujet libre, et même, du sujet, un citoyen - un individu qui s'est civilisé avce soin, qui s'est éduqué, notamment par la langue, par les Lettres, les arts, les sciences, l'exercice de la raison, par les Lois, par l'Etat. De ce processus tout politique, de ce lent processus de civilisation des êtres, de cette civilisation française témoignent nos terres magnifiques, nos cathédrales, nos villages, mais aussi les oeuvres de l'esprit, la foi et la raison, l'indépendance, et ces principes politiques tendus vers la civilisation, vers la permanente volonté d'opposer aux hégémonies, aux empires, aux innombrables puissances de fait, ce cadre national qui protège l'humanité de l'homme : il y a cet héritage magnifique que nous acceptons dans son entier parce qu'il est l'un des plus beaux témoignages de ce que peut donner la vie sur la Terre - c'est ce que nous appelons être fiers d'être Français.

Et puis, il y a la France d'aujourd'hui, celle que l'on voit quand on ouvre les yeux. Il y a les Français projettés dans l'immense termitière de la marchandise, détachés de la France, détachés du souci de sa civilisation, détachés de ses fondements politiques -si détachés même de l'esprit des lois, qui est l'esprit de la République que, lorsque les forces de l'ordre arrêtent des hors-la-loi devant une école ou dans une gare de Paris, les passants prennent fait et cause pour les hors-la-loi contre la Loi. -des passants sans appartenance, sans lien, sans " ethnie " comme on dit hélas désormais en utilisant un mot qui ne figure pas dans le vocabulaire de la politique française, des passants qui ne savent plus qu'ils sont Français, c'est à dire co-responsables de la France, de la paix civile et de l'ordre républicain. Il y a la petite chanson de Diams " ma France à moi ", qui dit à chaque ligne " ma France à moi, c'est moi ", il ya partout les grands et les petits égoismes, les lachetés de tous les jours, la culture de la débrouille, le ricanement du roublard tirant mille traites sur le Bien Commun sans jamais rien lui apporter, qui vit de la France et qui l'insulte - et dans le lointain ce cri de l'homme du 18 Juin retombé dans ce qu'il appelait la " démocrasouille ": "Soldats, rentrez chez vous ! Ils sont passés les jours de gloire, d'honneur et d'éspérance ; place aux profiteurs d'abandon, aux débrouillards de la décadence ".

Il y a cette République qui n'est plus une République parce qu'elle n'a plus de légitimité, parce que l'autorité de l'Etat est marchandée depuis trente ans, semaine après semaine, par tous les gouvernements quels qu'ils soient, avec toutes les corporations quelles qu'elles soient, syndicats, puissances financières, ligues et seigneuries économiques et ces partis répandus comme une lèpre dans l'Etat, les multiples féodalités accourues au rencart de la fin de la République et qui prospèrent sur son cadavre. Qu'il sorte de ce cadavre des Marseillaises, voilà bien une pantomime supplémentaire pour politiciens rabaissés en montreurs de spectacles et peuple converti en masse de supporteurs de football ; qu'il sorte de ce cadavre des drapeaux, bleu-blanc-rouge, ou black-blanc-beur, voilà bien une dérision supplémentaire mais après tout on fait bien flotter le drapeau sur les cimetières !

Il y a cette France, Etat-Nation étranglé entre le revanchisme des régions, tristes baronnies socialistes replètes, et leur grande complice, la prétendue Europe, couple infernal de l'Europe et des régions qui s'entendent à merveille pour délégitimer l'Etat, réduire la force de ses armes et le périmètre de ses lois, étouffer son budget déjà alourdi de milles graisses et qu'on veut réduire tandis que s'envolent les budgets régionaux et celui de l'Union européenne -un budget qui a cru de 380 % en depuis 1981, monstre dévoreur qui a besoin de toujours plus d'argent, notamment pour acheter des peuples entiers, outre les besoins croissants de sa propagande baptisée "communication" - avant-hier encore, jeudi 29 à Bruxelles, nous avons assisté Patrick Louis et moi au vote à une majorité massive, dont bien entendu les députés UMP, UDF et PS, du rapport Lamassoure qui exige rien moins que des ressources autonomes pour l'Union européenne, c'est-à-dire un impôt européen. Ironiquement, M. Lamassoure préconise que ces impôts soient liés aux impôts nationaux et prélevés par l'Etat : l'Union encaisse mais les Etats prélèvent, image parmi mille autres de cette conspiration contre l'Etat qui se trame partout et qui a pour effet, et pour obsession de rendre haissables l'Etat, la République et la Nation.

Il y a cette Europe dont le drapeau depuis vingt-cinq ans, depuis Mitran, noie nos trois couleurs, ce grand drapeau bleu flanqué d'étoiles jaunes censées représenter les peuples comme s'ils étaient stigmatisés; il y a ce rêve de 1957 à Rome qui revenait à raccrocher nos nations, affaiblies par les guerres, à l'univers américain et les protéger des griffes de l'Union soviétique : pari réussi et au-delà puisque nous sommes de tous les points de vue américanisé jusqu'à l'os par la langue, par la culture et même par l'idéologie, la colonisation des esprits ayant à Bruxelles atteint des degrés qu'on n'avait jamais depuis l'Empire romain, le souci de civilisation en moins. Veulent-ils substituer à notre peuple un peuple européen ? Pas même. La vérité est qu'ils ne veulent aucun peuple comme le signe grinçant en fut révélé dimanche à Berlin quand Mme Merkel signa avec ces deux fonctionnaires Potteringe et Barroso une déclaration qui ne comprenait pas moins en quatre pages 42 fois le mot "Europa" répété jusqu'à la transe devant des chefs d'Etat réduits au rang de spectateurs - car les peuples ne sont plus en effet depuis le NON français, puis hollandais que des spectateurs qu'on se garde de consulter désormais, et qui n'ont même plus rien à signer -il leur suffit de consentir à la tête de leurs Etats de grands oligarques qui diront oui à leu place.

Il y a cette Constitution que l'Allemagne veut nous imposer : peu lui importe que, trois ans après avoir été signée, elle n'ait été ratifiée que par 17 Etats sur 27 et qu'il le ne soit à ce jour par aucune des trois grandes puissances d'Europe, ni la France, ni la Grande-Bretagne, ni l'Allemagne -rapellons en effet que, en Allemagne même, le processus de ratification a été suspendu par la Cour de Karlsruhe -une cour bien plus digne que notre misérable Conseil constitutionnel et ses misérables Présidents supposés gaullistes qui en dix ans ont laché la souveraineté nationale par morceaux. Aux oligarchies et aux esprits éclairés, ou illuminés, de Bruxelles, peu importe les peuples qu'ils veulent réduire à l'état de population, ou de populace comme disait Voltaire, peu importe les civilisations européennes qu'ils veulent transformer en simples sociétés d'où se sont retirés toute trace des vieilles civiliations, la civilité, la culture, et jusqu'à la politesse, et la courtoisie (n'est-ce pas, la " Courtoisie " ?), peu importe à ces oligarchies cette Europe qui rayonna sur le monde à l'époque où ses nations étaient libres, c'est-à-dire fortes : c'est justement ces nations qu'ils veulent, et détruisant avec elle tous les droits politiques, culturels, éducatifs et sociaux acquis dans le cadre des nations. Pour détruire les droits, il faut détruire les nations : voilà ce qu'est devenue l'Europe, l'insrument de revanche des bien-pensants contre les pouples, c'est à dire une machine de guerre contre elle-même ; eh oui, Bernanos, de "La Grande peur des bien-pensants" on arrive tout naturellement aux "Grands Cimetières sous la lune" !

Il y a, plus grave encore que la dissolution de la République, plus grave que l'absorption de la nation dans l'Europe marchandise, ce fait énorme qui saute partout aux yeux quand on regarde la France telle qu'elle est : la lente mise à mort de la civilisation française. Mise à mort organisé par les petits maîtres ou les grands maîtres qui ont pris possession du ministères de la culture et de ce ministère de l'Education nationale qu'il faudrait dire de l'éradication nationale, tant il s'acharne à effacer les traces de la nation ; il y a la question de l'Ecole, cette école où Corneille, dans les nouveaux programmes de lettres a moins de place que Pierre Perret ou Diams, où Racine est décrit comme un intrigant de cour fasciné par le tyran Louis XVI, une école où l'on enseigne désormais un anglais obligatoire que l'on n'ose appeler par son nom, l'américain obligatoire, alors que dans le même temps on empêche les futurs Français, sous pretexte de " méthode globale " ou n'umporte quel autre d'apprendre à lire ou écrire dans leur langue, ou juste ce qu'il faut pour lire les notices d'emploi. Il y a l'école où l'enseignement de la Princesse de Clèves encourt un sarcasme comme celui qu'a instillé l'an dernier M. Sarkozy à Lyon quand il s'est exclamé qu'il était inutile de chercher les problèmes de la France quand on savait que l'on enseignait encore Mme de Lafayette -le patrimoine littéraire, qui est pourtant le vrai corps de cette nation avant tout littéraire qu'est la France, étant sans doute, pour M. Sarkozy, un obstacle à la dissolution définitive de la France dans le Grand Bleu euro-atlantique.

Il y a tant pour nous accabler, les territoires abandonnés, les terres en friches et les terres de non-droit, les travailleurs exaspérés d'être acculés par le libre-échange à gigoter dans la grande nasse de l'exploitation mondialisée, mis en concurrence avec les peuples les plus pauvres du monde ; il y a la Nature qui n'est plus la Nature, mais une succession d'organismes génétiquement modifiés prets pour la marchandise ; il y a les vieillesses désespérées, ces vieux que l'on tue parce qu'on n'a plus d'argent pour les soigner, que l'on tue en appelant cà " les aider à mourir "- pudeurs grinçantes de ce monde glacé ; il y a les enfances si déboussolés qu'il faut les droguer pour les envoyer à l'école, il y a les jeunesses trahies, il y a les peuples hébétés de ne plus même savoir dans quel monde ils vivent... Il y a tout ce que nous voyons alentours, qui pourrait faire croire que n'existe plus la France que nous voyons quand nous fermons les yeux. Que faire ? Comment relier nos grands héritages aux pauvres réalités d'aujourd'hui? Comment faire pour que nous soyons par dizianes de millions, avec Philippe de Villiers, fiers d'être français? Comment réconcilier la France avec elle-même et finalement comment rendre, non pas " la France aux Français ", mais rendre les Français à la France ?

Eh bien, une seule chose : un miracle. Oui, un miracle ! Ce miracle dont la politique est capable, substituer l'ordre au désordre, notre conception de l'Etat l'a réalisé en de multiples occasions au cours de notre histoire de France, et encore il y a cinquante ans avec la Vème République car je ne pense pas seulement au miracle de 1945 quand la France vaincue devint en un tournemain la France victorieuse, ce qui ne fut que le prmeier miracle du Général de Gaulle ; je pense surtout, en cet instant au miracle que fut la Vème République qui en dix ans a substitué, à la pauvre IVème République que plus aucune puissance et que pas même les Français et pas même ses soldats ne respectaient, une République forte, rayonnante dans le monde redevenue en 1968 la troisième économie du monde et même la troisième puissance du monde. Oui, dix ans! Dix ans, deux quinquennats !

Eh oui, en élisant Philippe de Villiers, nous voulons non point un, mais deux quinquenats : un pour refaire autour de l'Etat l'union des patriotes et restaurer la souveraineté, sans quoi rien n'est possible ; un autre pour redresser la France, et la porter de nouveau au premier rang des puissances. Elle en a les moyens : il ne lui manque que les Français ! La France a besoin des Français comme les Français ont besoin de la France -les démagogues de la prétendue " identité nationale " le découvrent le temps d'une élection ; mais nous, mes cher amis, mes chers compatriotes, nous voulons réconcilier la France et ses Français, nous, nous allons, parce que cela arrive toujours, tot ou tard, rassembler les Français sur la France !

Pardon : un mot encore, juste un mot, pour les jeunes, pour les jeunes souverainistes du MPF, les amis de Ludovic, et les autres : jeunes de France, que vous croyez aux miracles ou que vous n'y croyez pas, que vous croyez à ce que disent les étoiles quand elles veillent sur Notre Dame la France comme elles le font depuis deux millénaires, ou que vous n'y croyez pas, regardez inlassablement notre histoire, lisez l'Histoire de France, apprenez l'histoire de la France, contemplez cette suite inouïe de malheurs exemplaires et de redressements magnifiques : et n'oubliez jamais que tout est toujours possible par l'action politique -dès lors que l'action est souveraine ; dès lors que l'Etat est souverain !

Paul-Marie Coûteaux