Participer à l'Histoire
Université d'été du MDC, 2 septembre 2000, Grasse
Mesdames et messieurs, Mes chers amis - et je ne sais pas si je dois dire " chers camarades ", ou " chers compagnons " je dirai, mes chers compatriotes, Mes chers compatriotes, donc, car cest exactement le mot qui convient, cest un risque que vous courez en minvitant aujourdhui à Grasse ; un risque que vous avez mesuré, jen suis sûr, encore que votre invitation date du mois de juin, avant que certain évènement récent lui donne tout son sens et lui donne un léger coup de projecteur. A propos de risque, je ne peux me retenir de citer ici le mot de René Char " marche sur ton chemin, vas vers ton risque, à te regarder ils shabitueront " Eh bien, à nous voir ensemble, chacun pour ce quil est, il faut que lon shabitue !
Ce nest dailleurs pas une nouveauté si grande que cela puisque jai été membre du MDC lors de sa création, du MDC dont Max Gallo était alors le Président, même si il est vrai que les circonstances ont fait que je suis devenu depuis lors député du RPF que préside Charles Pasqua. Pas une nouveauté si grande, non plus, puisque, vous vous en souvenez sans doute, lan dernier, lors des européennes, notre ami Max Gallo a appelé à voter pour Charles Pasqua, et le choix quil fit, et que firent aussi, je sais, nombre dentre vous, mais aussi quelques autres hommes et femmes de gauche, notamment des électeurs communistes, ont été décisif pour assurer notre sucès en juin 1999, succès que noublie certes pas le dernier élu que je suis de la liste Pasqua-Villiers, en sorte que je vous dois certainement mon élection : il nétait que très normal que je réponde à votre invitation Les circonstances, cependant, ainsi que certaines déformations médiatiques, habituelles certes, mais certes pas insignifiantes, mobligent à parler mes engagements, ce qui naurait pas dimportance si lon ne mattribuait des intentions que je nai pas.
Je ne suis pas seul en cause, dailleurs, et une sorte de providence, une providence certainement républiciane, rassurez-vous, a voulu quen juillet dernier lorsque nous avons décidé , avec deux de mes collègues députés du RPF, Florence Kuntz et William Abitbol, de créer une petite structure qui a vocation à élargir sur le mode amical le cercle des souverainistes attendus, nous avions choisi pour le lancer, les dates du 28 ou 29 août. La démission de JP Chevènement ne fut certes pas faite pour nous retenir Quand aux mises au point sur mon engagement, je tiens seulement à préciser que, contrairement à ce que dit Le Monde, je nai jamais appartenu à Lutte Ouvrière et nai pas non plus dengagement à lextrême droite comme lécrit Libération, dailleurs le même jour !, Dans les deux cas, on veut bien croire que ce nest pas de la malveillance, mais seulement de lincompréhension , tant il est vrai que, comme disiat Nietzsche, " plus on vole haut, plus on parait petit à ceux qui ne savent pas voler ". Non, je nai appartenu dans ma vie quau CERES, puis au mouvement de Michel Jobert, puis au MDC, puis au parti gaulliste et dailleurs je ne revendique que cette étiquette de Gaulliste dont il est si difficile depuis trente ans de retrouver lhéritage, lhéritage trahi, et que je cherche à tatons, mais que nous finirons par trouver !
Gaulliste, cest ma seule appartenance, ou " anti-impérialiste " , si certains préfèrent, mais au fond le combat gaulliste et le combat anti-impérialiste sont une seule et même chose cest le combat de la Nation contre les Empires et celui de lEtat contre les féodalités, cest à dire, à la fin des fins, le combat de la République !
Mais, si nous pouvons être daccord aisément sur ce point, il en est un autre sur lequel certains dautres vous ne seront pas daccord avec moi et cest pourtant ce point qui seul explique mon modeste parcours : ce point tient à la façon de faire de la politique. Soit on fait de la politique telle que se présente la vie politique française au jour le jour, soit, et cest le contraire, on fait la politique de la France et, à ce moment là, on ne fait pas seulement de la politique, mais aussi et dabord de lhistoire on participe de plein pied à lhistoire. Je mexplique : faire de la politique, cela peut vouloir dire, et aujourdhui hélas, cela veut presque toujours dire que lon camp, et que tous les autres sont ses ennemis ;et encore, quand je dis que lon choisit son camp, la droite ou la gauche, cest beaucoup moins large : on choisit dans son camp, de droite ou de gauche, son parti et les autres partis sont des concurrents ou des adversaires ; et encore à lintérieur de son parti, on choisit son courant, et les autres courants sont des concurrents, voire des adversaires (vous connaissez cela, ce me semble ", et encore à lintérieur de son petit courant, on choisit son petit clan, et les autres petits clans sont des concurrents ou des adversaires, etc à linfini. Ah, certes, on est bien, entre soi : on retrouve ses copains, on se gausse des autres, on a sa petite maison à soi, on se serre, on est là, entre soi, et contre tous les autres. Chaleureux, confortable, mais dérisoire si lon veut vraiement participer à lhistoire !
Participer à lhistoire, cela suppose la démarche exactement inverse : cela suppose que lon définisse dabord et strictement, non pas le petit cercle de ses amis, mais le cercle de ses ennemis, aujourdhui les forces à loeuvre dans limmense entreprise de domination du monde qui, sous le nom trompeur de mondialisation, est en train de détruire lhumanité de lHomme. Et cela suppose donc de considérer que tous ceux qui ne sont pas dans le cercle des ennemis sont dans le camp des partenaires, ou du moins des alliés, quels quils soient, quils soient de droite ou de gauche. Cest une autre logique, cest, je crois la logique de la Résistance, qui réunissait la droite, la gauche et ceux qui nétaient ni de droite ni de gauche, qui réunissait les blancs, les bleus et les rouges, ceux qui croyaient au ciel, et ceux qui ny croyaient pas. ; cest la logique du Rassemblement national, cest aussi, je crois, la logique du gaullisme cest en tous cas la mienne dans les circonstances historiques que nous traversons.
Ceci, bien sûr, en une période dominée par la logique des clans, cette logique clanique qui sévit aujourdhui partout, une marche assez solitaire. Si lon veut construire un pont, il faut arpenter sans relache les rives, chacune des rives pour y chercher des pierres.Et les liaisons sont délicates : tantot cest lun qui, sur sa rive, en ne se penchant pas trop et certes, il ne doit pas trop se pencher, sinon il quitte sa rive et se noie, tend la main à lautre, lequel dailleurs, le plus souvent, se dérobe. Cest ce que nous avons fait depuis vingt ans au moins, cest ce que jai fait en aidant Michel Jobert sous le gouvernement Mauroy, puis en aidant Jean-Pierre Chevènement à trouver lautre rive lors de la guerre du golfe, puis lorsque Philippe Séguin aurait pu saisir la main tendue il ne la pas fait -, puis, cette fois, en aidant Charles Pasqua, qui a certes trouvé un signe précis et précieux de Max gallo, mais pas tous les signes quil aurait pu attendre. Le lien est encore ténu : y réussirez-vous cette fois ? Après tout, cest à votre tour de rater cette jonction, cette oeuvre au noir qui va tout changer dun coup la rater, ou la réussir : cela aujourdhui dépend de vous, la balle est chez vous
Pour ma part, je continuerai mes efforts, à ma place, auprès de Charles Pasqua et des gaullistes sincères, je continuerai, puisque aujourdhui nous nen sommes plus aux ponts et que tout est envahi, à jeter des pierres dans la mer, en sachant bien que les pirres, jetées autour des archipels finissent pas faire des polders, et des ponts et que, un jour ou lautre, nous nous rejoindrons. Je ne varirai pas de cette ligne Gibelins pour les Guelfes, Guelfes pour les Gibelins, de droite pour la gauche, de gauche pour la droite : jen tire une fierté sans cesse renouvellées. Cela me vaut dêtre canardé en tous les sens tant il est vrai quen temps de guerre la première des cibles, nest-ce pas, ce sont bien les ponts Tant pis !
Paul-Marie Coûteaux
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