
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris - "Nouveau nom, même contenu" - Le silence des grands médias - La légèreté des élus - Respecter le peuple m Marchands sans temple - La faillite totale
de la PAC m En toute indépendance - "Le traité
de Lisbonne est inacceptable" m Chroniques - Péroncel-Hugoz |
N°42 - N.C.E. : le coup d'Etat "Nous n'avons pas le droit de dire Non" Nicolas Sarkozy En regardant tout à l'heure M. Sarkozy se vanter, devant le parlement de Strasbourg, d'avoir en quelques mois " relancé l'Europe ", il était visible que l'affaire de la Constitution prenait une dimension proprement historique - quand bien même scellerait-elle justement notre sortie de l'histoire : la formidable passation des pouvoirs des nations à " l'empire européen ", comme dit M. Barroso, est l'oeuvre d'une hégémonie prête à tout, jusqu'à remettre ouvertement en cause le suffrage universel, dont dépend pourtant toute légitimité, donc toute autorité véritable, et tout ordre public. Nous le savions et le répétions : quand la souveraineté s'efface, la souveraineté populaire, c'est à dire la démocratie, est en grand danger. De la première, et de la façon dont elle se trouve pulvérisée par la Nouvelle Constitution Européenne (la N.C.E., comme il faut désormais nommer le prétendu " traité simplifié "), nous avons dit ici l'essentiel dès ce fameux 23 juin où, comme l'admet M. Sarkozy, "les dirigeants européens ont pris une responsabilité décisive". Certes L'Indépendance et son équipe furent bien seuls alors à saisir la supercherie et tenter d'alarmer l'opinion, tandis qu'une part notable de la gauche et la quasi-totalité de la droite étaient fascinés comme serpents à sonnettes par l'extraordinaire faconde du grand manieur de mots. Il n'est cependant pas sûr que la partie soit jouée ; l'avocat madré fut souvent interrompu par des interjections (" référendum ! ") venus des bancs eurosceptiques, pas seulement français, et nous aurons au moins la satisfaction de voir reconnue l'évidence que la N.C.E. n'est que la reprise, sous un maquis de ruses juridiques, de la défunte Constitution ; tout le gotha européen en a fait l'aveu (cf. La Lettre de l'Indépendance n° 41), et jusqu'à ce député allemand avouant benoîtement : "Pourquoi voulez-vous un autre référendum puisque c'est le même texte ?". Cela ne nous empêche pas d'analyser de près ladite N.C.E., objet du prochain numéro de nos Cahiers de l'Indépendance : il importe que nos lecteurs la connaissent assez pour l'évoquer autour d'eux, en premier lieu auprès de leurs élus, députés ou sénateurs, lesquels s'acharnent à n'en point parler, voire à tout en ignorer à l'heure même où ils s'apprêtent à l'approuver. On aperçoit des lueurs : au PS, les nonistes relèvent la tête au point que la direction a dû concéder la liberté de vote à ses parlementaires ; à l'UMP, dont les élus s'imaginent ne pas trahir la France parce qu'ils le font en choeur, quelques scrupules surgissent ici ou là, sur lesquels on peut encore tenter d'agir. Si l'on veut obtenir la minorité de blocage des 2/5ème lors de la révision constitutionnelle préalable, il faut casser la course de vitesse sur laquelle compte M. Sarkozy pour mettre tout le monde devant le fait accompli en jouant sur l'ignorance, afin que le processus de ratification mène jusqu'en février et que la France ne soit pas le premier pays à ratifier, ce qui serait un coup de poignard à nos amis souverainistes européens (la Pologne pourrait précéder) ; pendant ce temps, des anicroches peuvent survenir ici ou là - comme en Irlande, où le référendum se présente sous les meilleurs auspices. A nous de dissiper l'énorme mensonge présentant "le mini-traité comme reprenant les points qui ont fait consensus entre les Oui et les Non" ; tel est l'objet d'un appel que M-F. Bechtel, P. Lévy et moi-même lancons ces prochains jours (cf. p. 9), et de l'importante journée du 12 décembre .(1)
Quoi qu'il en soit, l'affaire dépasse la seule question européenne : le point central est bien l'insulte faite au peuple français par son Président, cela aux yeux de toute l'Europe. L' écoutant tout à l'heure, je songeais à la curieuse phrase qu'il avait prononcée en mars 2005 devant une convention de l'UMP : "Nous n'avons pas le droit de dire Non " : il faut la comprendre au pied de la lettre. En réalité, nous n'avons jamais eu le droit de dire Non à un processus qui dissout notre pays depuis des décennies, en sorte qu'il s'apparente à un coup d'Etat larvé - d'origine en grande partie juridictionnelle. Des professeurs de droit public, tels le recteur Armel Pécheul, Michel Clapié ou Anne-Marie Le Pourhiet (cf. Les Cahiers de l'Indépendance n°4) s'accordent sur cette qualification, la plus grave qui soit. M. Sarkozy en fit d'ailleurs l'aveu à Strasbourg en expliquant devant la conférence des présidents : nous ne pouvons, dit-il en substance, prendre le risque d'un nouveau référendum négatif qui en entraînerait d'autres dans des pays " tangeants " comme la Grande-Bretagne (où les travaillistes ont été élus en promettant de l'organiser, ce que réclament aussi les conservateurs), et condamnerait une fois pour toute le traité. Aveu époustouflant ! Ce coup d'Etat a des équivalents dans d'autres pays, en Suède ou au Danemark dont les Cours suprêmes ont estimé que la N.C.E. nécessitait une réforme constitutionnelle ; mais les Exécutifs passent outre, le Premier ministre danois M. Rasmussen étant allé jusqu'à anticiper les élections d'un an pour, muni d'une légitimité fraîche, faire passer la forfaiture ; en somme, le "coup" de M. Sarkozy fait école ! On ne saurait mieux dire que le processus de dissolution des nations d'Europe se fait désormais ouvertement contre les peuples. Que la cité reste libre, très vieille querelle depuis Athènes, qui savait déjà que l'empire de Macédoine tuerait la démocratie. Comme tous les menteurs, M. Sarkozy est le premier à se tromper lui-même, paraissant ne pas voir que son pouvoir se réduit et que ses engagements volontaristes ne pourront être tenus pour la simple raison qu'ils sont incompatibles avec la politique de Bruxelles (on en verra plusieurs exemples dans ce numéro). La conclusion ratée de son discours de Strasbourg annoncait bien des déconvenues : en lançant que la France se remettait au coeur de la construction européenne, il a refroidit d'un coup l'hémicycle, où l'on entend que la France suive et non qu'elle montre le chemin. Ultime illusion de l'illusionniste, qui se croit maître de tout au moment où il remise sa souveraineté dans un super-Etat dans la direction duquel sa voix ne pèsera guère plus de 8%. Tel sera peut-être le drame de M. Sarkozy, constatant que non seulement l'Europe ne sera jamais une France en grand, acceptant son magistère, son modèle politique, sa diplomatie, sa langue et sa civilisation. L'affaire belge qui voit les partisans de l'unité se réunir autour d'un slogan en anglais, "Belgium needs you", révèle que le plus petit commun dénominateur d'une Europe fédérale ne sera pas le modèle français mais l'américain, ce qui n'est la même chose que dans la culture tout entière télévisuelle de notre inculte Président. Le voyant devant nous rêver seul à la tribune, s'imaginer tout pouvoir alors qu'il ne peut déjà presque plus rien, on voyait aussitôt que, si la France est grande dans le monde elle n'est que très petite en Europe. Province d'un super-Etat illégitime, tatillon sur les petites choses faute de pouvoir accéder aux grandes, et finalement soumis aux pouvoirs de fait, elle pourrait, sans le réveil des patriotes, glisser peu à peu vers une sorte de secrète anarchie, toute parsemée de radars.
|
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris - Contre la Constitution, agissez ! m En toute indépendance - La Pologne m Marchands sans temple - Les fonds touchent
le fond ; l'étau des taux m Langues et civilisations européennes - Belgique : un avertissement
pour l'Europe ? - Danger pour le français
: le protocole de Londres m L'Europe aux anciens parapets - De la réforme
intellectuelle et morale
m Chroniques - Guillaume Peltier |
N°41 - La supercherie Ce pourrait être un film d'Hitchcock, un roman de Kafka, une tragédie antique : tout se conjugue pour aller au pire, plus vite encore que les acteurs ne le croient. Il y a d'abord le calendrier, remarquablement mis au point par les oligarchies européennes pour faire ravaler au peuple français son Non de 2005 : une fois achevé le cycle électoral du printemps, il n'a plus droit à la parole pendant de longues années - il n'y aura de référendum ni sur la nouvelle Constitution, ni même, l'obligation constitutionnelle étant à présent remise en cause (cf. p. 8), sur toute nouvelle adhésion à l'UE... Fin juin fut annoncé un prétendu "mini-traité" (alors qu'il fera près de 3 000 pages !) qui, comme l'admettent les partisans de la Constitution Giscard, en reprend tous les points-clés - voir le florilège de ces aveux page 5. Par un lapsus, on apprit que la parade était préparée depuis 18 huit mois en silence, sous la forme de modifications en cascade des traités antérieurs, en sorte que si nous n'avons pas de texte récapitulatif à la Giscard (quelle imprudence : on pouvait le lire et le comprendre !), nous en aurons bel et bien toutes les dispositions-clefs camouflées dans un magma juridique volontairement illisible. A Lisbonne, donc, la Conférence Intergouvernementale n'eut pas de mal à boucler le traité qui sera peut-être signé dès le 19 ou 20 octobre, après quoi la ratification ira bon train, masquée en France par une réforme de la Constitution nationale servant de rideau de fumée, et des municipales auxquelles sont déjà affairés tous les partis quels qu'ils soient. Dans moins de six mois, l'affaire pourrait être entendue et notre Non définitivement escamoté. Il y a l'incroyable mystification "Sarkozy". Cet homme ment, trompant les Français dans des proportions dont le citoyen moyen, incroyablement crédule, n'a pas idée : aux viticulteurs, il affirme sa volonté, pour sauver le vin français, de "mettre le droit de veto de la France à l'OMC", mensonge époustouflant puisque la France n'y a pas même un siège, n'étant représentée que par un commissaire britannique, M. Mandelson - mais qui le sait ? S'exprimant à la télévision, il se déclare décidé à recourir à "la préférence communautaire" alors que le traité, justement, écarte définitivement toute protection commerciale quelle qu'elle soit. Il prétend lancer une grande politique méditerranéenne alors que les seuls volets utiles, le volet commercial et celui de l'immigration, ne sont plus entre les mains des Etats mais tout entier de l'Union européenne. Il multiplie les diatribes contre la BCE, tout en sachant qu'elle est pleinement indépendante, à quoi il fut toujours favorable, ainsi qu'à sa constante politique de protection du capital et de la rente qui mine les derniers efforts de l'économie française. Autant de diatribes sans effet, et il le sait, puisque son gouvernement a encore moins de pouvoir que celui de Vichy. Son seul but est de donner l'impression qu'il ne s'en laisse pas compter par "l'Europe" alors même qu'il s'y soumet, et que la Constitution privera l'Etat de ses derniers instruments, de la dernière chance de mener une politique quelle qu'elle soit. Il y a encore l'époustouflant silence médiatique au moment même où les constitutionnalistes en chambre parachèvent le futur traité. Certes, ce qui sortira de Lisbonne sera si enchevêtré, si égaré dans les chapitres, articles et alinéas des cinq traités précédents, qu'il sera difficile de lancer quelque débat que ce soit, et même de repérer les points essentiels : la création d'une présidence de l'Europe, d'autant plus dangereuse qu'elle sera incarnée (par Tony Blair dit-on ?), d'un ministre des Affaires étrangères (sans doute confié à l'ancien Secrétaire général de l'OTAN), d'ambassades européennes bientôt installées dans 118 pays du monde, d'une Charte des droits fondamentaux qui permettra à la Cour de Luxembourg, grande victorieuse de l'affaire (cf. p. 4), de placer sous surveillance toutes les législations nationales, pour ce qu'il en reste encore. Quant au nombre très étendu des décisions prises à la majorité (plus de 70 domaines arrachés donc aux Etats), il sera encore plus large que dans la Constitution Giscard puisqu'il inclura "la gestion des changements climatiques", "les réseaux transeuropéens d'énergie", "la normalisation des documents d'identité" - lesquels seront sans doute en américain, langue de l'Europe. Pendant ce temps, tout est bon pour détourner l'attention publique : tension internationale entretenue par les aboiements du petit militaire sans frontières, actualité sportive surchargée autant qu'il est possible pour distraire le bon peuple, et propagande en tous genres orchestrée par ce que M. Barroso a lui-même appelé "l'empire européen" (cf. p. 3). Mais nous savions bien que souveraineté et démocratie étaient indissociables et que la perte aux trois-quarts de l'une entraînait la ruine de l'autre. Il y a enfin l'éprouvant silence des porte-parole du Non, de Laurent Fabius tout occupé à se normaliser au PS jusqu'à Jean-Marie Le Pen distribuant cet été d'étonnants satisfecit à M. Sarkozy. Chacun est à sa petite soupe. Quant à ceux qui restent seuls sur le champ de bataille, on n'a nulle peine à faire valoir leur isolement : c'est le drame à l'état pur, quand le dernier combattant s'aperçoit que l'ennemi est plus puissant encore qu'il ne le croyait, et que ceux sur lesquels il comptait, au mieux ont déserté, au pire se laissent prendre par les sortilèges du plus acharné de leurs adversaires. Non, c'est non ! Nous n'en combattrons pas moins - sûrs que toujours l'Histoire se retourne, que nul ne se joue des peuples impunément et que l'aube pointe tôt ou tard, où les derniers d'aujourd'hui seront les premiers de demain. Fût-elle seule à l'oser, L'Indépendance et son équipe en appellent aux souverainistes de tous les horizons pour ouvrir les yeux sur l'énorme supercherie dont ils sont les victimes. Certes, notre peuple est atteint ; il est désuni ; on le trompe ; il doute. La plupart ont renoncé à toute espérance collective, et chacun se replie sur lui-même. Mais le coeur bat encore. Dans le grand reflux de la civilisation française, de la souveraineté de la nation, de l'autorité de l'Etat et finalement de la politique, les Français se retrouvent plus solitaires que jamais - mais ils sont des millions et des millions, les solitaires de France ! La politique n'est rien d'autre qu'une parole, une volonté, une espérance adressées à ces solitudes. A-t-on jamais vu un journal organiser une manifestation de rue ? Et bien,
nous le verrons le 19 octobre prochain ! Dans le cadre de la campagne
"Non, c'est non !" L'Indépendance appelle tous
ses lecteurs, tous ses amis et alliés, de quelque horizon qu'ils
viennent à se rassembler le 19 octobre : rehaussé par une
action spectaculaire sur laquelle on ne peut donner ici nulle information,
le rassemblement se fera Place des Victoires - symbole de la victoire
du 29 mai, promesse de victoires prochaines : de toutes les victoires
de la France, passées et à venir. |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris - Quels pays peuvent bloquer la Constitution ? - La Pologne ? m Une certaine idée de l'Europe et du Monde - Europe, Etats-Unis,
Russie m Marchands sans temple - 11ème congrès
de la Confédération Européenne des Syndicats - Pour la Préférence
Communautaire Agricole m Les souverainissimes - Jens-Peter Bonde m Chroniques - Guillaume Peltier |
N°40 - Mémorandum : Ce que contient la Constitution remaquillée Une Constitution remaquillée est toujours une Constitution. Bon connaisseur du débat institutionnel européen, M. Bourlanges s'émerveille du " traité modificatif " adopté le 23 aux petites heures : " Toute la Constitution est là ! Il n'y manque rien ! " ; et le Monde (24 et 25 juin) peut titrer : " Les symboles disparaissent, le fond reste ". Quelques jours après la fin du cycle électoral privant les Français de toute expression nationale avant longtemps, le sommet n'avait d'autre but que de reprendre le texte rejeté en 2005 en le remaquillant assez pour éviter un nouveau référendum. La manuvre a donc réussi. Je mets en garde les Français : ne nous laissons pas abuser par les malicieuses déclarations des partisans les plus acharnés de la supranationalité qui font mine de regretter la Constitution, ici quelques mots, là quelques symboles, ni par une presse dupée par le maquillage, qui évoque une victoire diplomatique de M. Sarkozy, comme si la France qui a dit Non sortait victorieuse de l'épreuve : en réalité les nonistes sont refaits, ce que montre toute étude précise dudit "compromis" et de ses cinq points-clefs : 1-Personnalité juridique accordée à l'Union
: point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte
Giscard de s'intituler Constitution, il est repris tel quel, certes
discrètement. A lui seul, il crée en effet un nouvel Etat
qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène
internationale, ce qui permet de parler de nouveau de Constitution. 3-Haut Représentant pour la politique étrangère : comme l'a avoué imprudemment Nicolas Sarkozy lors de son allocution télévisée du 20 juin, c'est un "ministre des relations extérieures sans le nom" ; mais, à l'instar du texte Giscard, il sera dès 2009 vice-président de la Commission, ce qui lui donnera un grand poids auprès des autres Commissaires, et se verra doté d'un "service diplomatique" - en clair d'ambassades, les quelque 120 actuels bureaux de l'Union dans les capitales étrangères étant débaptisées et étoffées, leurs agents bénéficiant (grâce à la personnalité juridique) d'immunités et privilèges diplomatiques. A terme, lorsque ce super-ministère aura pris son allure et son poids, les ministères nationaux seront marginalisés, ce que symbolise déjà la délocalisation du Quai d'Orsay annoncée par M. Kouchner. Quant à la référence à l'OTAN, elle peut disparaître puisque le nouveau texte renvoie explicitement au traité de Maestricht, dont le titre V fixait que "Les Etats veillent à la conformité de leurs politiques nationales avec les positions communes" (art. J-2), et précisait que celles-ci devaient être compatibles avec "les cadres de l'OTAN". A la politique étrangère commune, il manquait un instrument : le voici. 4- Décisions à la majorité qualifiée.
Quel que soit le mode d'adoption (système de Nice ou système
appliqué partir de 2014), l'essentiel est que le cercle des questions
échappant à l'unanimité s'élargisse considérablement
; outre les affaires communautaires (politique agricole, commerciale,
douanière et, surtout, industrielle - dite "de concurrence",
où la commission est pleinement compétente), il inclut
quarante nouveaux domaines, les uns d'ordre économique (marché
intérieur, énergie, recherche, politique sociale "partagée"
avec les Etats) et d'autres plus régaliens : coopération
judiciaire en matière pénale, porte ouverte au Parquet
européen, et coopération policière, amorce d'une
"police fédérale" . Désormais, la compétence
de l'Union concerne quelque 70 domaines, soit l'essentiel des décisions
et de la responsabilité politique - manquent encore la culture,
l'éducation
5-Charte des droits fondamentaux. Elle s'applique désormais
de droit (sauf pour la Grande-Bretagne, qui jouit d'une dérogation)
; non reprise in extenso, elle fait cependant l'objet d'une référence
dans le texte, ce qui en droit revient au même - d'autant que
le droit est ici interprété par la très supranationale
Cour de Luxembourg. Ses dispositions justifient les critiques que nous
avions développées en 2005 : comment admettre par exemple
le droit pour tout citoyen de saisir la Cour européenne des Droits
de l'Homme aux fins de condamner un Etat pour non respect de principes
très généraux - tel celui de l'égalité,
qui inspire déjà la reconnaissance de l'homoparentalité
ou du mariage homosexuel, ou celui de la liberté religieuse contre
un Etat appliquant une législation laïque - telle la loi
sur le voile ? (1) Il y a deux ans, les supranationaux étaient décontenancés par le double non français et hollandais ; nous savions qu'ils chercheraient une parade. Elle fut simple et terrible : le problème venant de la France, c'est elle et ses Français qu'il fallait circonvenir ; pour les oligarchies européennes, il aura suffit d'attendre l'élection présidentielle et de trouver un homme assez rusé pour s'imposer, avec leur aide, et capable, une fois doté d'une fraîche légitimité d'annihiler en leur nom le Non des Français : la supercherie a parfaitement fonctionné. Restait à faire quelques concessions aux récalcitrants : un plus long délai pour la consultation des parlements nationaux, à la demande des Pays-Bas (et de partis danois) ; la prolongation pendant dix ans d'un système de pondération des voix qui avantage beaucoup une Pologne qui, elle, s'est bien battue - essuyant des quolibets innombrables : on moqua une phrase de son Président rappelant que, sans l'agression allemande de 1939, la Pologne aurait aujourd'hui quelque vingt millions d'habitants supplémentaires : un pays qui en détruit un autre peut-il, soixante ans plus tard, arguer de sa faiblesse pour le faire taire ? Il est vrai que l'habitude est désormais installée de tourner en dérision tout pays qui prétendra affirmer ses droits et ses principes. Il y a quelque chose d'insupportable dans l'actuelle fanfaronnade de M. Sarkozy assurant que "en un mois et demi, il s'est passé plus de choses qu'en deux ans", ce qui est vrai : il s'est passé ceci que la France a été trahie par un ensorceleur qu'elle a pour son malheur placé à sa tête et qui peut désormais parler en son nom. Ceux qui, en votant pour M. Sarkozy ont permis cette supercherie portent une lourde responsabilité devant notre histoire. J'appelle solennellement les Français qui ont dit Non à déjouer les propagandes - d'abord pour eux-mêmes ; je les appelle à étudier de près les informations qui filtreront de la prochaine Conférence Intergouvernementale et le texte définitif signé en octobre ; je les appelle à se mobiliser pour exiger que sa ratification soit soumise à référendum ; je les appelle à exiger pour la France un statut à tout le moins comparable à celui de la Grande-Bretagne, et des protections pour les droits, les principes et les intérêts de la France et des Français - et d'abord le respect de la démocratie, c'est-à-dire de la souveraineté populaire, dont on ne voit que trop qu'elle disparaît avec la souveraineté nationale ; je les appelle à agir sur les partis ou les solidarités diverses qui peuvent permettre de faire barrage lors du Congrès qui devra modifier une nouvelle fois notre Constitution ; je les appelle à manifester les troisièmes vendredis de chaque mois, à compter du 19 octobre, quelles que soient leurs opinions ou leurs inclinations, pourvu qu'ils soient attachés à la survie de la France comme Nation libre parmi les Nations du monde. |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris - Charles Quint en jupons - Le gouvernement des Pays-Bas tente de résister - L'Europe du Comte de Paris - 50 ans de destruction de la démocratie m Une certaine idée de l'Europe et du Monde - L'Oncle Sam, premier
conseiller - L'Europe vassale
: la preuve par les missiles m Marchands sans temple - Les relations U.E.-E.U. dans un transat - Scènes de
casse en Bavière - Deux erreurs sur
l'euro m Langues et civilisations - "Résister
tous les jours" m L'Europe aux anciens parapets - Malaise européen
: que dit et peut faire la psychanalyse ? m Chroniques - Daniel Hamiche |
N°39 - Adoubé par l'Allemagne Que tout aille vers le pire, on s'y est habitué ; mais si vite, cela donne le vertige ! Aussitôt élu, le nouveau Président de la République partit donc au large de Malte pour " habiter " sa fonction dans la conception qu'il en a, c'est à dire sur un yacht prêté par un magnat de ses amis. Quand à l'investiture, la poignée de mains aux anciens combattants sous l'arc de triomphe ne fut qu'une formalité, la descente des Champs Elysées un vieux folklore vaguement provincial : aussitôt, il s'envola pour Berlin et reçut de la Kaiserin Angela l'onction du saint Chrème ; à quoi d'autre servit l'escapade germanique du premier jour ? Voici, comme aux temps du saint Empire, le Président adoubé en Allemagne... L'instinct de vassalité Une providence facétieuse a voulu que la présidence de l'Union européenne soit en cette circonstance dévolue à l'Allemagne. Eloquent symbole : L'instinct de vassalité dont témoigne M. Sarkozy rappelle les grandes heures de l'Empire central dont la France consentit tant d'efforts pour se défaire depuis les Othon et les Habsbourg, puis d'autres. Las ! Comme il arrive souvent, le symbole ne fait que cacher une réalité : le nouveau Président a d'ores et déjà consenti au nouveau traité " européen ", qui, prudemment, ne sera pas constitutionnel par son nom mais qui le sera dans son contenu, traité que la même Mme Merkel concocte depuis des mois attendant patiemment que les Français du "Non" placent à la tête un homme qui, paré d'une toute neuve légitimité, dise "Oui" à leur place. C'est fait ; l'Allemagne triomphe, et l'on ne parle plus à Paris que de sortir l'Europe de " l'impasse ", pour reprendre les termes des nouveaux responsables français des affaires européennes, MM. Kouchner et Jouyet - deux socialistes, curieusement, et, surtout, deux fédéralistes convaincus. Mais tel est depuis toujours celui qui, alors président de l'UMP, proclamait lors de la campagne référendaire : " on n'a pas le droit de dire Non " et qui, tant sont distraits ou malléables les Français, est depuis lors devenu Président de la République Ah, certes, les " nonistes " étourdis qui ont accordé leurs suffrages à Nicolas Sarkozy, et ceux qui les ont appelé à le faire, portent une lourde responsabilité. C'est avec leurs voix que M. Sarkozy négocie le compromis qui ne manquera pas d'éclore lors du Sommet européen des 21 et 22 juin. Certes, on prendra la précaution de débarrasser le texte des symboles les plus voyants de la supranationalité, le ministre des Affaires étrangères de la Constitution Giscard sera "Secrétaire aux Affaires étrangères", l'article sur les symboles de l'UE, hymne et drapeau, disparaîtra comme déjà superflu ; certes, le texte sera court ne comportant que les dispositions essentielles d'un ensemble fédéral, soit le principe des décisions prises à la majorité qualifiée et la supériorité du droit bruxellois sur toute norme nationale ; certes le titre II (dit "Charte des droits fondamentaux") ne sera qu'optionnel pour certains de ses articles, et, quant au titre III sur les politiques économiques et sociales, il sera ensuite facile à adopter par les mécanismes supranationaux ainsi mis en place (voir nos dernières informations pages 2, 3 et 4). Telles sont, à ce que les parlementaires européens peuvent aujourd'hui apercevoir, les grandes lignes du texte qui sera adopté au Conseil de juin, mis au point lors d'une rapide Conférence Intergouvernementale (CIG) réunie sous présidence portugaise, et finalement signé avant la fin de l'année, vraisemblablement à Lisbonne. Viendra alors, au 1er janvier prochain, la présidence française et l'on ne doute pas que nos parlementaires auront à coeur de montrer l'exemple en autorisant parmi les premiers sa ratification. Le scénario est en place et il est d'autant plus prévisible que Nicolas Sarkozy l'a annoncé depuis un an, ne faisant que prendre la précaution de dire, lors du débat télévisé le confrontant à Mme Royal, qu'il n'y aura pas de Constitution européenne - ce qui est vrai dans la forme mais faux quant au fond, et tient de la ruse verbale de haut vol (comme un certain "Je vous ai compris" du général de Gaulle...). Du moins les électeurs de M. Sarkozy ne pourront pas dire qu'ils n'étaient pas prévenus ! Un avenir radieux Tout n'est pas joué pour autant, sinon à court du moins à moyen terme. Si le nouveau Président français a magistralement compris qu'il ne serait élu qu'en captant les voix de la droite nationale, ce sur quoi il se trouva contraint d'insister en fin de campagne par la vive concurrence de M. Bayrou, et si, ce faisant, il priva ladite droite de la moitié de ses voix, les masques semblent vite tomber : la composition des " équipes " le confirme, tandis qu'on pavoise, à Bruxelles, Berlin et Washington en célébrant la "normalité retrouvée" de la politique française. Mais, en oubliant déjà son aile nationale, en multipliant les signaux à son antipode, cette "gogoche" mondialisée que symbolise M. Kouchner (qui fut l'un des rares partisans en France de l'invasion de l'Irak, et de l'entrée de la Turquie dans l'UE), M. Sarkozy prend de gros risques. Le paradoxe du jour est en effet lourd d'orages ; à la faveur
du débat présidentiel, l'hégémonie intellectuelle
qui s'installa dans les années 70 dans la foulée de 68,
et qui a duré trente longues années, fut une bonne fois
pulvérisée, comme le 29 mai 2005 en avait déjà
donné le signal : on peut de nouveau parler de nation, d'autorité,
de discipline, et de ce qu'il est convenu d'appeler " l'identité
", c'est-à-dire la volonté pour la France de rester
ce qu'elle est, un Etat souverain, une nation à la voix indépendante,
une civilisation singulière. Mais, après avoir si bien paru
épouser cette cause, M. Sarkozy a ouvert les vannes à de
puissantes eaux sur lesquelles, Union européenne oblige, il ne
pourra surfer longtemps ; elles pourraient bientôt le déborder
largement sur la droite : les souverainistes auront alors beaucoup d'eau
sous la coque - et cela d'autant plus vite que tout montre déjà,
trois semaines après son élection, que M. Sarkozy n'a guère
compris " la rupture " tant promise aux gogos autrement que
dans le style : finie la solennité de la République, dépassés
les rites et les emblèmes de la France, réduite au rang
de province ! Désormais, nos as de la gouvernance font du jogging
! |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
|
N°38 - Rome ? Mission accomplie ! "On ne comprend plus la France. Ce sont les Français qui ont bloqué le processus constitutionnel mais ce sont ses ministres qui se montrent les plus acharnés pour le relancer ! Et maintenant vos sondages ne donnent de chances qu'à des tenants du oui !" Que répondre à ce député suédois, sinon qu'atteint un paroxysme l'opposition entre le pays légal et le pays réel ? Situation emblématique de l'état de notre système de représentation, de notre démocratie, et du lent détricottage de ce qui fit la France : à mesure que s'affaisse la souveraineté, la légitimité s'étiole, avec elle l'autorité politique, le respect des lois, finalement l'ordre public ; en retour, à mesure que le pouvoir légitime s'affaiblit au bénéfice des puissances de fait, il ne se trouve plus d'autorité pour défendre la souveraineté nationale et popuplaire ; dans ce cercle vicieux s'abandonne la République française, notre Royaume de France. Point fort devenu notre point faible, la souveraineté est dans la ligne de mire : sonnées pendant plus d'un an par le référendum du 29 mai 2005, les oligarchies européennes sont reparties à la charge sous présidence allemande, pour imposer à la France, par quelque voie que ce soit, la désastreuse signature par laquelle elle renoncera au cadre national, c'est-à-dire à la démocratie, au Bien commun, finalement à sa politique, et à la politique tout court. Cette relance brutale bénéficie d'une circonstance de choix, propice à toutes les propagandes, le 50ème anniversaire du Traité de Rome, célébré les 24 et 25 mars dans les flonflons de Berlin. Rome-Berlin, vieil axe ! Il symbolise à merveille la permanence des forces qui n'ont jamais admis l'Europe dans sa complexion particulière, pourtant celle que donne le Robert : une collection de nations. Ce qui prétendit se construire par le droit à Rome en 1957 ne fit que traduire l'obsession qu'ont poursuivie tout au long du XXème siècle les oligarchies européennes : faire disparaître les nations, c'est-à-dire les peuples et avec eux les droits politiques, économiques, sociaux, éducatifs et culturels acquis dans leurs cadres. Depuis un siècle, et la mode des " Internationales ", ce n'est pour les prétendue élites qu'une longue fuite de soi, et de leurs peuples, pour rejoindre un Empire quel qu'il soit, russe, allemand ou américain. On se souvient du fameux "Le temps des patries est fini" lancé en 1921 par Drieu, emblématique personnage qui commença par "mettre tous ses espoirs dans l'Amérique" puis de les mettre dans l'Allemagne nazie et finalement dans la Russie soviétique à laquelle il confia ses derniers rêves, avant un suicide lui-même emblématique Or, la vieille Europe est la seule Europe - tant il est vrai que les peuples pas plus que les hommes ne se changent. C'est l'Europe, ses traditions et ses principes, religieux, philosophiques, moraux ou politiques, qu'on liquide sou nos yeux ; c'est l'Europe qu'ont trahi en 1957 le franco-américain Jean Monnet, patron de la banque de San Francisco " Bankamerica-Blair " et cette kyrielle d'atlantistes obeïssant aux lubies d'un Rockefeller sur " l'ère de l'unité mondiale " (1945), ou du sénateur américain Paul Warburg répétant : "Qu'on le veuille ou non, nous aurons un gouvernement mondial. Si ce n'est pas consentement, ce sera pas la force" ; c'est l'Europe que paralysent les mécanismes mis au poinst à Rome (à commencer par la Commission de Bruxelles et la Cour européenne de Luxembourg) aux fins de mélanger les peuples " comme on fait une purée de marrons " selon la savoureuse expression d'un de Gaulle qui n'accepta le Traité que pour honorer l'engagement de la France ; il échoua finalement à lui donner sa seule subtance concevable, la préférence européenne, c'est à dire un protectionisme organisé, doublé d'une politique industrielle, agricole et culturelle commune, Europe raisonnable dont on ne cessa de s'éloigner avec " l'acte unique " de 1986, le traité de Maastricht de 1992, celui d'Amsterdam en 1997, et finalement l'apothéose, la Constitution unique ! Cette ultime bataillle constitutionnelle sera la plus acharnée - des deux côtés - en ce qu'elle bouclera ou au contraire déjouera la mécanique engagée voici un demi-siècle, dont Michel Clapié rappelle l'origine bel et bien supranationale, et dont un parti au moins, le RIF (Rassemblement pour l'Indépendance et la Souveraineté de la France) vient de réclamer que, après 50 ans d'errements, la France se délivre. Bataille gagnée ou perdue ici et maintenant, en France, épicentre de la résistance des nations (comme le rappelent nos collègues du groupe ID, qui nous aident à lancer la campagne " NON C'EST NON " dont on trouvera ici les détails). Bataille rude, mais point perdue. Les européistes qui pavoisent à Berlin sont victimes de leur succès : l'Europe sort de l'histoire ; réduite à des principautés sans souveraineté, donc sans dimension politique, et sans défense (même au sens propre, celui de l'OTAN), elle est la zone économique du monde au plus faible taux de croissance, la moins protégée des concurrences étrangères comme de l'immigration de masse, tandis que ses jeunesses sont décollées de leurs racines pour être reformatées sur le modèle américain (il est significatif qu'on ne parle plus qu'américain dans les instances dites européennes) ; voici "la 51ème étoile du drapeau américain" pour reprendre le titre d'un ouvrage de Philippe de Villiers. Rome ? Mission accomplie ! Mais l'histoire continue : l'Empire perd sa force et son prestige, immenses en 57, mais désormais menacés l'un et l'autre ; les peuples, prévenus contre la propagande supranationale ou mondialiste qui les agglomèrent dans l'immense nasse des consommateurs mondiaux, bronchent de tous côtés : que le double "non" français (en 2003 sur l'Irak, en 2005 à la Constitution) soit pour tous le môle de la résistance, et de la lutte sans cesse recommencée pour l'Indépendance ! |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris - Etre Chrétien en Turquie - "Les anti-fédéralistes sont des
chiens" m Marchands sans temple - Pierre Lévy m Langues et civilisations - "Pour un véritable
multilinguisme en Europe" m Une certaine idée de l'Europe et du Monde - La réforme intellectuelle
et morale m Les souverainissimes - "Il faut terminer
le travail du 29 mai 2005" m Chroniques - Guillaume Peltier m Les Cahiers de l'Indépendance - Extrait de "Une
voix venue du fond des siècles" |
N°37 - L'Europe armure Voici donc revenus les rois thaumaturges : l'une touche le paralytique comme aux temps lointains le doigt royal guerrissait les écrouelles, l'autre promet à une brave citoyenne de rembourser ses dispendieuses lunettes, tandis qu'un prétendu " troisième homme " fait assaut de proximité ; chacun se précipite à Toulouse pour combler de bonnes paroles les milliers de travailleurs d'Airbus que leur incurie a mis à pied, tout ce petit monde férocement ouiouiste communiant dans une sorte de France d'après l'Europe, ou d'après l'Histoire, où, réduite à une sorte de vaste région allant du Rhin à l'Atlantique, elle n'aurait plus droit au chapître révolu des grandes affaires. Aura-t-on le cur à rappeler que le président de la Vème République a justement pour fonction de se mêler desdites affaires, c'est à dire d'assurer non la gestion mais le cadre même de l'action publique ? Qu'il a d'abord celle de veiller au bon fonctionnement des pouvoirs publics, c'est à dire, au premier chef, à l'autorité de l'Etat, laquelle n'a guère ses chances quand l'Etat en question n'est plus qu'un exécutant trainé devant un tribunal international quand il n'exécute pas (au cours des dix dernières années, la Commission a saisi 418 fois la Cour Européenne de Justice pour y faire condamner la France) ? Qu'il lui incombe d'incarner l'unité nationale, mission devenue impossible quand le peuple s'effiloche et que le Système ne veut connaître que des oligarques décidés à dire oui là où il a dit non - un non qui fut peut-être le dernier souffle de l'unité ? Bref, le programme est dans la fonction, laquelle se résume dans la souveraineté : exercice certes délicat quand ladite souveraineté est interdite, en sorte qu'il reste à la politique ce que l'onguent est aux lésions cancéreuses, misérable palliatif que M. de Villiers nomme justement la " politique compassionnelle ". Va donc pour le remboursement des lunettes A moins de choisir une potiche pour faire semblant, parmi les mots perdus, les comédies et les brumes, de présider à l'a-république, le seul sujet de l'heure est la souveraineté, et donc l'Europe dont la souveraineté dépend presque toute entière. Est-elle capable de prolonger l'action des Etats, en renforçant leur capacité d'action intérieure et extérieure (notemment en matière de politique agricole, industrielle ou commerciale) ou bien doit elletout au contraire les paralyser au nom d'une République européenne mais au bénéfice d'une Oligarchie Centrale qui cache mal toutes les autres ? Heureux hasard, le grand anniversaire du traité de Rome coïncide, à la fin de ce mois, avec le lancement de la campagne véritable, laquelle trouvera ainsi, peutêtre, une chance de devenir sérieuse : l'heure est donc venue de dire l'Europe que nous voulons. Du traité de Rome lui-même, nous traiterons dans un numéro spécial de la Lettre de l'Indépendance publiée à l'occasion du 25 mars : observons pour l'heure que, bien que cela ne suffise pas à le sauver à nos yeux, il permit l'édiction de la seule mesure capable de protéger notre tissu économique : la préférence communautaire. Certes, celle-ci ne concerna que l'agriculture, et ne tarda pas à s'effilocher sous les coups de butoir de l'OMC et des divers relais du mondialisme avant de disparaître dans les années 90 ; il reste que, devant les urgences de la désertion des campagnes et de la déindustrialisation, l'ultime pari à tenter est de proposer à nos voisins un système de préférences généralisées, qui comprenne, outre l'agriculture, les industries réputées les plus sensibles, à quoi devraient s'ajouter les productions audiovisuelles : que les Européens s'achètent entre eux ce qu'ils produisent et ce qu'ils créent, ou l'Europe ne signifira bientôt plus rien. Qui le voudra ? Il faudrait, pour commencer, que la France se dégage des dogmes de l'infernal libre-échange qui ruine paysans et travailleurs européens autant qu'il maintient dans la misère des pays qui n'attirent des capitaux qu'en raison de leur bas salaires ; et que, ne pouvant se protéger seule, elle trouve un nombre suffisant de partenaires pour parvenir à cet effet d'armure qui, à la fois offensif et défensif, est la seule façon de contre-attaquer. Hélas, dans un continent qui a perdu tous ses reflexes, celui de se protéger paraît de moins en moins naturel : le pari est donc des plus aléatoires, suspendu à des urgences ou des crises sociales qu'un enchevêtrement de cautères, c'est à dire la dépense publique, parvient à repousser sans cesse. Il reste que la préférence communautaire est la pierre de touche de toute Europe raisonnable, la condition d'une mise en place d'une politique industrielle, et, en amont d'une politique de la recherche, l'une et l'autre confiées à des " agences de projets " bien plus nécessaires que le juridisme paralysant des " super-états ". foin des architectures : des coopérations scientifiques et industrielles ! Foin des lois supranationales : des partenariats à géométrie variable, relayant les efforts des Etats au lieu de tenter de les réduire ! Cinquante années d'expérience ont abondemment montré qu'il n'existe pas d'autre intérêt européen commun que celui des coopérations, qu'il n'existe pas de " République européenne " transcendentale, chaque Etat restant farouchement attaché à ses intérêts propres et par domaine permanents. S'il fallait une preuve que perdurent les prismes des Etats la politique de l'Allemagne la fournirait ces temps-ci d'abondance ; L'affaire d'EADS, a montré à nos esprits simples combien les Etats demeurent des monstres froids : ce n'est certes pas son savoir-faire dans la machine outil que l'Allemagne a partagé, mais l'excellence française dans l'aéronautique, domaine où, partie de rien (nulle industrie aéronautique allemande il y a vingt ans), elle est parvenue à tirer vers elle la majeure partie du programme Airbus, la France engloutissant dans le même temps quelques uns de ses plus beaux fleurons et des milliers d'emplois dans un consortium réalisé sur le mode fusionnel, dont la langue de travail est l'anglais et le siège aux Pays-Bas. Toute personne attachée aux affaire publiques devrait lire séance tenante, l'incroyable récit que, dans le n°2 des Cahiers de l'Indépendance (1), le général Pierre-Marie Gallois fait de cette bérézina ô combien emblématique. On verra ce qu'aurait pu et pourrait encore faire l'idée européenne. On verra aussi l'inanité de son rêve ultime, supprimer les interêts nationaux. ----------- |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris m Une certaine idée de l'Europe et du Monde - Benoît XVI et
la Turquie m Marchands sans temple - Cuisines et dépendances m Langues et civilisations - "Le Saint-Empire,
précurseur de l'U.E." m L'Europe aux anciens parapets - Si vis bellum para
communicationem m Les souverainissimes - Sortir de l'euro ou
de l'U.E. ? m Chroniques - Daniel Hamiche m Les Cahiers de l'Indépendance - Extrait de l'entretien
avec Maxime Tandonnet |
N°36 - Le Diktat Ecoutant à Strasbourg, ce mercredi 17, Mme Angela Merkel déroulant son programme devant le Parlement européen, on s'émerveillait devant la constance du jeu des nations, en particulier celui de l'impérieuse Allemagne ; ce pays a le fédéralisme dans le sang, et veut une fois de plus l'imposer à toute l'Europe. Oubliés les référendums français et hollandais : l'Allemagne entreprend bonnement de faire avaler tel quel l'ancien projet de Constitution européenne à tous les peuples de l'Europe, qu'ils l'acceptent ou non. Ce diktat est d'autant plus impérieux que, retour de Washington, Mme Merkel est assurée du soutien américain et donc de celui des oligarchies européennes ; et voilà qu'elle se prévaut même de " l'effacement en France du mouvement des non ", comme l'a dit sans plus de détours son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier - à quoi les souverainistes ne prêtent que trop facilement le flanc par leur dispersion, et l'épouvantable manie qu'ont la plupart de mêler de très secondaires préoccupations au combat principal, celui de la liberté nationale, dont dépendent pourtant toutes les affaires publiques. C'est hélas l'évidence que les "non" de 2005 ne parviennent pas à transformer leur victoire en mouvement politique, contrairement à ce qui se produit en Grande Bretagne et aux Pays-Bas. Il faut dire que le Système, aux abois depuis le 29 mai, a réussi un tour de passe-passe admirable : depuis plus d'un an, la nomenclature politique, financière et médiatique française s'est arrangée pour restreindre le choix des électeurs à deux seuls candidats ouiouistes. Tout est ficelé : déjà, lors du sommet franco-allemand de juin dernier, Jacques Chirac a donné à ladite Angela carte blanche pour relancer la Constitution ; quelques mois plus tard, M. Sarkozy déclarait à Bruxelles que l'essentiel de la Constitution (le titre I, par lequel peut passer tout le reste), pourrait être adopté par la voie parlementaire, coup d'Etat légal dont on a vu des précédents dans notre histoire. Face, ou plutôt à coté dudit " Sarko ", " Ségo " reste bien vague sur ce sujet comme sur tant d'autres. En réalité, le parti unique UMPS s'est tout entier voué à l'effacement de la France, ce que ne peut plus empêcher désormais qu'un vaste rassemblement national et populaire. Mais les têtes sont dures ! Depuis plus de deux siècles, les oligarchies de tous ordres ont réussi à faire croire aux Français que la politique consistait à choisir entre droite et gauche : la césure existe certes mais, pour profonde qu'elle demeure, elle est secondaire face à celle qui traverse et surplombe toute notre histoire depuis ses origines : d'un coté, le parti de l'abandon et de la soumission aux oligarchies, qu'elles soient intérieures ou extérieures ; d'un autre, le parti de la liberté du Peuple-Nation, traduite en un Bien Commun que met en uvre un Etat, son autorité, sa légitimité, sa souveraineté. Vers un grand parti national Pour dissoudre le peuple, il restait, après l'avoir plongé dans le mélangisme général et corrompu ses traditions, à dissoudre les élections : une fois supprimé le référendum, il reste à supprimer les présidentielles, ce qui est déjà fait s'agissant du premier tour (puisque nous sommes installés depuis des mois dans un perpétuel second tour programmé), et à plus retenir que deux protagonistes voués chacun à sa manière, "sociale" ou "libérale", à l'effacement de la nation. Les démocrates abolissent ainsi les consultations électorales les unes après les autres, transformant ce qu'il en reste en une sorte de prix du Président de la République qui sonne aujourd'hui comme la dernière trouvaille de la Française des Jeux. Tout cela confirme au passage ce que nous écrivons depuis des lunes : l'Union européenne sera anti-démocratique et anti-populaire ou ne sera pas. Face à cela, nous devons regarder comme un devoir impérieux de créer un grand mouvement pour la France, ce parti national que la France trouva toujours dans les heures sombres pour la sauver et la servir. Face au véritable coup d'Etat à parfum germanique que serait l'adoption par voix parlementaire d'une Constitution européenne qui revient à abolir la Constitution française, il n'est plus temps de nous perdre en querelles. L'heure approche où les Français se rendront compte enfin que la question politique ne consiste pas à chercher quel contenu nous pouvons donner au gouvernement de la France mais s'il y a place à un gouvernement de la France. Est-il bien raisonnable d'attacher si grande importance au chef d'un Etat dépouillé de quasi-toute souveraineté, réduit à des apparences d'autant plus insupportables qu'elles sont fallacieuses, et noyé sous un amoncellement d'organismes ou d'administrations dépourvus de véritable autorité hormis les contrôles de la vitesse sur les routes et la fumée de tabac dans les lieux publics. Personne ne se demande s'il est raisonnable de s'intéresser à un " Pouvoir " dont les ministres passent leur temps en d'incessants aller-retour à Bruxelles pour prendre des consignes ou plaider un dossier comme députés montant à la capitale, dès lors que les quatre cinquième des lois retranscrivent les directives d'un cénacle étranger que nul ne contrôle, et que leur application dépend de juges qui, jusqu'au délire, opposent au Bien Public le saint dogme de leur " indépendance " - sans parler de la Cour suprême de Luxembourg aujourd'hui saisie par la Commission de 302 plaintes contre l'Etat français, en sorte que celui-ci est de tous côtés placé sous un permanent contrôle judiciaire. Et que peut signifier un " programme " quand, privée de l'instrument monétaire, toute politique économique est soumise aux arbitrages incompréhensibles d'une banque établie à Francfort, quand le sort de nos industries, comme celui de notre agriculture, et conséquemment de la plus grande partie du territoire national, dépendent des oukases de cette OMC que Philippe de Villiers nomme si justement " Organisation Mondiale du monde " où la prétendue République n'est même pas représentée en tant que telle ? Que veut donc dire l'élection du Président de la République quand, de République, il ne s'aperçoit presque plus rien, pas même la clarté du drapeau ? La grande course du Printemps garde malgré tout un intérêt, un seul : celui de mesurer l'étiage du souverainisme et, par là, de mesurer les dernières chances pour la France de ne point disparaître durablement de l'étroite famille des nations libres. Dans cette perspective, le groupe Indépendance & Démocratie au Parlement européen a décidé de créer en son sein un comité de travail, pour que soit lancée en France, pays que nos partenaires souverainistes de toute l'Europe considère comme central, une campagne intitulée "Non, c'est non". Cet effort devra contribuer à ce que, dans les prochains mois la mobilisation des Français reprenne de plus belle : la lutte continue ! |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris m Une certaine idée de l'Europe et du Monde - "La culture américaine
occupe la place laissée vacante par la France" m Que signifie pour vous l'Europe ? - Hélène
Goudin, Eugen Mihaescu, François-Xavier de Guibert m Marchands sans temple - L'avenir de l'euro m L'Europe aux anciens parapets - Revue des revues :
l'homme nouveau m Chroniques - Guillaume Peltier m Les Cahiers de l'Indépendance - Extrait d'une table
ronde sur l'Europe |
N°35 - Desserrer l'étau Une fois n'est pas coutume, approuvons un commissaire, l'Italien F. Frattini, qui publie dans ce qu'il reste de Libération une tribune intitulée "le religieux, ciment de l'Europe". Formule qui n'est claire qu'à la condition de com-prendre ensemble toutes les figures du religieux, comme le fait Régis Debray lorsqu'il y inclut tout "point de communion" d'une civilisation - conception large mais conforme à l'étymologie : religere, c'est relier. Quel est donc le "point de communion" capable de relier les Européens ? Proposons un mot qui coule de nos plus hautes sources, Logos (verbe, discours, discussion, raison...) et posons que, aux deux conceptions du monde qui déchirent aujourd'hui la planète, le tout-marché anglo-saxon et le tout-sacré islamiste, l'Europe doit opposer cette civilisation du logos qui pourrait être dite du "tout-parlé". Telle est d'ailleurs la leçon délivrée par Benoît XVI à Ratisbonne : à quelques semaines d'un voyage à hauts risques en Turquie, le Pape a rappelé l'Europe à son fondement, la liaison de la Raison et de la Foi - une foi indissociable, dit il, du Logos. Contrairement à ce qu'ont retenu les filtres de l'univers médiatique, ce texte était, autant que d'un Islam réduit à l'idolâtrie, une critique acerbe d'une Europe qui, après les trois traumatismes négateurs que furent le protestantisme, le kantisme et le modernisme (y compris " chrétien "), sépare obstinément religion et raison : d'où son insistance sur les sources grecques de la Bible, la traduction grecque de l'ancien testament, et le rappel que " Jean a débuté le prologue de son évangile par ce mot : au commencement était le logos ". Benoît XVI commente : " logos signifie à la fois raison et parole (...) La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n'est pas un simple hasard. La vision de Saint Paul devant lequel s'étaient fermées les routes de la vie et qui, en rêve, vit un Macédonien et entendit son appel viens en Macédoine, viens à notre secours ! peut être interprétée comme un raccourci d'un nécessaire rapprochement entre la foi biblique et la manière grecque de s'interroger". Au commencement de l'Europe était le verbe : réconciliant nos sources, le Pape esquisse l'ultime fondement philosophique aussi bien que théologique sans lequel l'Europe ne repose sur rien. Dans son capital Europe, ses fondements aujourd'hui et demain (2005), il rappelait qu'elle " n'est pas un continent que l'on peut nettement saisir en terme de géographie, mais un concept culturel et historique ". Déjà en 1987 il écrivait : "Toute union politique ou économique n'aura pas automatiquement une valeur d'avenir. Une simple centralisation de compétences économiques ou législatives peut conduire à une décadence accélérée si elle aboutit par exemple à une simple technocratie dont l'unique règle serait l'accroissement de la consommation". E. Le Roy Ladurie émet l'idée que le choix que Ratzinger fit du nom de Benoît ne référait pas tant à Benoît XV oeuvrant contre le suicide européen de 14-18, ni à Saint-Benoît de Nursie, lointain parrain de l'Europe, mais à Benoît XIV, pape de 1740 à 1758, qui tenta de concilier la tradition romaine et le siècle des Lumières, entreprit de ramener l'Eglise grecque dans l'Eglise universelle, développa l'enseignement des sciences à Rome, protégea les arts, l'industrie, les lettres, entretint de longues relations avec Frédéric de Prusse, s'interrogeant même sur la fécondité de la maçonnerie. Apercevons-nous ici la réunion de tous ceux qui croient face à la cohorte des Modernes qui sombre sous nos yeux dans le relativisme baba-coule et le scepticisme plus ou moins " festif " ? Bien qu'athée, l'intellectuel italien Marcello Pena formule cette perspective : " Nous descendons de trois collines, le Sinaï, le Golgotha et l'Acropole et nous avons habité trois capitales : Jérusalem, Athènes et Rome. Dans ces lieux, se sont formées notre tradition et celles de nos institutions politiques d'où proviennent nos régimes libéraux et démocratiques ; cette identité judéo-chrétienne développa une série de valeurs fondamentales, la dignité de la personne, l'égalité de tous les citoyens, l'égalité hommes-femmes, et le respect. Nous pratiquons ces principes, mais nous oublions la lymphe qui les a alimentés : la tradition judéo-chrétienne".(1) Portée de la question turque Les réactions des islamistes ont opportunément confirmé les propos du Pape - ce qu'il prévoyait sans doute en secret. Mais l'essentiel pour nous (et c'est là que Frattini et ses amis europiomanes ont tort) est dans l'annonce finalement optimiste de ce que pourrait être le réveil de l'Europe du XXIè siècle si, retrouvant toutes ses racines, elle tournait enfin le dos aux modèles supra-nationaux du tout-marché américano-bruxellois et du tout-sacré islamique ; de ce point de vue, les divers mouvements que la presse et le parti euro-mondialiste UMPS nomment en choeur "populistes" ou "nationalistes" observés ces derniers temps en Europe, en particulier centrale (mais aussi aux Pays-Bas, en Belgique ou en France), signalent une volonté désespérée, ou inespérée, de réappropriation de soi-même déjà traduit par le refus de la fusion des nations, de la Californie à l'Anatolie, et ce grand non à la Constitution Giscard sans lequel la nouvelle Europe ne pouvait émerger, réappropriation que nous appelons, nous autres, souverainisme. Significatifs sont ainsi les évènements de Hongrie, de Pologne, et d'une Bulgarie confrontée à l'agitation de sa forte minorité turque (15% de la population) et à l'épineuse question de la Turquie. Les gauches étant disqualifiées par leur générale détestation des " racines ", ce populisme est en train de redonner vie aux droites européennes, dernier gage d'un renouveau de l'Europe sur de toutes autres bases que celle d'UE On voit ici l'importance du rappel par Benoît XVI du propos de Manuel II paléologue, cet Empereur byzantin du XIVe siècle reprochant à l'Islam de "ne pas agir avec le logos", dans un discours qui visait d'abord la "deshellinisation" du christianisme par le protestantisme, le kantisme et le modernisme : les deux bras de l'étau sont mécaniquement liés. Ainsi, la candidature turque (soutenue par Washington) résume un choix cardinal : de ce qu'elle intègre la Turquie ou la refuse, de ce qu'elle s'affirme ou non indépendante des Etats-Unis et du modèle consumériste, on pourra déduire que l'Europe accepte ou refuse d'être elle-même, fidèle à ses traditions bibliques, grecques, romaines, byzantines, sans oublier les racines pré-chrétiennes ou celles de l'humanisme rationaliste, qui, elles aussi, portent une foi - toutes entrant dans la famille du logos Un homme a su dénoncer à la fois l'Europe devenue la " Cinquante et unième étoile du drapeau américain " (titre de son ouvrage de 2001) la Constitution qui l'y réduit, et, simultanément, l'adhésion d'une Turquie en voie de réislamisation et de surcroît négationniste, Philippe de Villiers. Certes, la bien dite Indépendance a jugé maladroit (quant à la formulation et à la tactique) le thème de l'islamisation de la France : mais qui d'autre a su donner une traduction politique au refus de ce que Péroncel Hugoz nomme l'Islamérique, cette tenaille qui n'est pas simplement géopolitique mais enserre aussi nos coeurs d'Européens, qui n'ont rien de mieux à leur opposer qu'eux mêmes : la langue, la raison, la politique, le logos en somme. Le fait qu'on brûle des églises, qu'on persécute des Chrétiens comme des philosophes athées (tel le professeur Redeker, affaire sur laquelle nous reviendrons dans nos Cahiers de décembre) montre bien où gît décidément le môle de toutes les résistances, où l'Europe naîtra enfin à elle-même. --------------- |
| ABONNEMENT |
|
|
SOMMAIRE |
EDITORIAL |
|
m
Dernières nouvelles des Cabris - Les groupes de pression à Bruxelles -
Le Liban, l'Europe et nous -
Sur la situation au Proche-Orient m Tout bouge en Europe centrale - Bulgarie, Roumanie - Slovaquie, République
tchèque - Kosovo m Marchands sans temple - Bruxelles V/s banane
guadeloupéenne - L'Europe est malade
de l'U.E. - L'échec de l'Europe
économique m L'Europe aux anciens parapets - Revue des revues :
La Nef - A la recherche d'une
laïcité européenne |