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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- La comédie de Lisbonne
- La tragique illusion
Jean-Paul Bled
- "Nouveau nom, même contenu"
Trois questions à Jens-Peter Bonde
- Le silence des grands médias
- La légèreté des élus
- Respecter le peuple
M-F Bechtel, P-M Coûteaux, P. Lévy
p.
2, 3, 7, 8, 9
m
Marchands sans temple
- La faillite totale
de la PAC
François Lucas
p.
13
m
En toute indépendance
- "Le traité
de Lisbonne est inacceptable"
Entretien avec Philippe de Villiers
p.
10
m
Chroniques
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Bazile de Koch
- Michel Debray
p.
11, 15, 16, 17, 18
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N°42
- N.C.E. : le coup d'Etat
"Nous n'avons pas le droit
de dire Non" Nicolas Sarkozy
En regardant tout à l'heure M. Sarkozy se vanter, devant le parlement
de Strasbourg, d'avoir en quelques mois " relancé l'Europe
", il était visible que l'affaire de la Constitution prenait
une dimension proprement historique - quand bien même scellerait-elle
justement notre sortie de l'histoire : la formidable passation des pouvoirs
des nations à " l'empire européen ", comme dit
M. Barroso, est l'oeuvre d'une hégémonie prête à
tout, jusqu'à remettre ouvertement en cause le suffrage universel,
dont dépend pourtant toute légitimité, donc toute
autorité véritable, et tout ordre public.
Nous le savions et le répétions : quand la souveraineté
s'efface, la souveraineté populaire, c'est à dire la démocratie,
est en grand danger. De la première, et de la façon dont
elle se trouve pulvérisée par la Nouvelle Constitution Européenne
(la N.C.E., comme il faut désormais nommer le prétendu "
traité simplifié "), nous avons dit ici l'essentiel
dès ce fameux 23 juin où, comme l'admet M. Sarkozy, "les
dirigeants européens ont pris une responsabilité décisive".
Certes L'Indépendance et son équipe furent bien seuls
alors à saisir la supercherie et tenter d'alarmer l'opinion, tandis
qu'une part notable de la gauche et la quasi-totalité de la droite
étaient fascinés comme serpents à sonnettes par l'extraordinaire
faconde du grand manieur de mots. Il n'est cependant pas sûr que
la partie soit jouée ; l'avocat madré fut souvent interrompu
par des interjections (" référendum ! ") venus
des bancs eurosceptiques, pas seulement français, et nous aurons
au moins la satisfaction de voir reconnue l'évidence que la N.C.E.
n'est que la reprise, sous un maquis de ruses juridiques, de la défunte
Constitution ; tout le gotha européen en a fait l'aveu (cf. La
Lettre de l'Indépendance n° 41), et jusqu'à ce député
allemand avouant benoîtement : "Pourquoi voulez-vous un autre
référendum puisque c'est le même texte ?". Cela
ne nous empêche pas d'analyser de près ladite N.C.E., objet
du prochain numéro de nos Cahiers de l'Indépendance
: il importe que nos lecteurs la connaissent assez pour l'évoquer
autour d'eux, en premier lieu auprès de leurs élus, députés
ou sénateurs, lesquels s'acharnent à n'en point parler,
voire à tout en ignorer à l'heure même où ils
s'apprêtent à l'approuver.
On aperçoit des lueurs : au PS, les nonistes relèvent
la tête au point que la direction a dû concéder la
liberté de vote à ses parlementaires ; à l'UMP, dont
les élus s'imaginent ne pas trahir la France parce qu'ils le font
en choeur, quelques scrupules surgissent ici ou là, sur lesquels
on peut encore tenter d'agir. Si l'on veut obtenir la minorité
de blocage des 2/5ème lors de la révision constitutionnelle
préalable, il faut casser la course de vitesse sur laquelle compte
M. Sarkozy pour mettre tout le monde devant le fait accompli en jouant
sur l'ignorance, afin que le processus de ratification mène jusqu'en
février et que la France ne soit pas le premier pays à ratifier,
ce qui serait un coup de poignard à nos amis souverainistes européens
(la Pologne pourrait précéder) ; pendant ce temps, des anicroches
peuvent survenir ici ou là - comme en Irlande, où le référendum
se présente sous les meilleurs auspices. A nous de dissiper l'énorme
mensonge présentant "le mini-traité comme reprenant
les points qui ont fait consensus entre les Oui et les Non"
; tel est l'objet d'un appel que M-F. Bechtel, P. Lévy et moi-même
lancons ces prochains jours (cf. p. 9), et de l'importante journée
du 12 décembre .(1)
Le coup d'Etat permanent
Quoi qu'il en soit, l'affaire dépasse la seule question européenne
: le point central est bien l'insulte faite au peuple français
par son Président, cela aux yeux de toute l'Europe. L' écoutant
tout à l'heure, je songeais à la curieuse phrase qu'il avait
prononcée en mars 2005 devant une convention de l'UMP : "Nous
n'avons pas le droit de dire Non " : il faut la comprendre
au pied de la lettre. En réalité, nous n'avons jamais eu
le droit de dire Non à un processus qui dissout notre pays
depuis des décennies, en sorte qu'il s'apparente à un coup
d'Etat larvé - d'origine en grande partie juridictionnelle. Des
professeurs de droit public, tels le recteur Armel Pécheul, Michel
Clapié ou Anne-Marie Le Pourhiet (cf. Les Cahiers de l'Indépendance
n°4) s'accordent sur cette qualification, la plus grave qui soit.
M. Sarkozy en fit d'ailleurs l'aveu à Strasbourg en expliquant
devant la conférence des présidents : nous ne pouvons, dit-il
en substance, prendre le risque d'un nouveau référendum
négatif qui en entraînerait d'autres dans des pays "
tangeants " comme la Grande-Bretagne (où les travaillistes
ont été élus en promettant de l'organiser, ce que
réclament aussi les conservateurs), et condamnerait une fois pour
toute le traité. Aveu époustouflant !
Ce coup d'Etat a des équivalents dans d'autres pays, en Suède
ou au Danemark dont les Cours suprêmes ont estimé que la
N.C.E. nécessitait une réforme constitutionnelle ; mais
les Exécutifs passent outre, le Premier ministre danois M. Rasmussen
étant allé jusqu'à anticiper les élections
d'un an pour, muni d'une légitimité fraîche, faire
passer la forfaiture ; en somme, le "coup" de M. Sarkozy fait
école ! On ne saurait mieux dire que le processus de dissolution
des nations d'Europe se fait désormais ouvertement contre les peuples.
Que la cité reste libre, très vieille querelle depuis Athènes,
qui savait déjà que l'empire de Macédoine tuerait
la démocratie.
Comme tous les menteurs, M. Sarkozy est le premier à se tromper
lui-même, paraissant ne pas voir que son pouvoir se réduit
et que ses engagements volontaristes ne pourront être tenus pour
la simple raison qu'ils sont incompatibles avec la politique de Bruxelles
(on en verra plusieurs exemples dans ce numéro). La conclusion
ratée de son discours de Strasbourg annoncait bien des déconvenues
: en lançant que la France se remettait au coeur de la construction
européenne, il a refroidit d'un coup l'hémicycle, où
l'on entend que la France suive et non qu'elle montre le chemin. Ultime
illusion de l'illusionniste, qui se croit maître de tout au moment
où il remise sa souveraineté dans un super-Etat dans la
direction duquel sa voix ne pèsera guère plus de 8%.
Tel sera peut-être le drame de M. Sarkozy, constatant que non seulement
l'Europe ne sera jamais une France en grand, acceptant son magistère,
son modèle politique, sa diplomatie, sa langue et sa civilisation.
L'affaire belge qui voit les partisans de l'unité se réunir
autour d'un slogan en anglais, "Belgium needs you", révèle
que le plus petit commun dénominateur d'une Europe fédérale
ne sera pas le modèle français mais l'américain,
ce qui n'est la même chose que dans la culture tout entière
télévisuelle de notre inculte Président. Le voyant
devant nous rêver seul à la tribune, s'imaginer tout pouvoir
alors qu'il ne peut déjà presque plus rien, on voyait aussitôt
que, si la France est grande dans le monde elle n'est que très
petite en Europe. Province d'un super-Etat illégitime, tatillon
sur les petites choses faute de pouvoir accéder aux grandes, et
finalement soumis aux pouvoirs de fait, elle pourrait, sans le réveil
des patriotes, glisser peu à peu vers une sorte de secrète
anarchie, toute parsemée de radars.
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- De Bagdad à Téhéran
: l'alignement
Jean-Paul Bled
- L'entourloupe du traité simplifié
Francis Wurtz
- Contre la Constitution, agissez !
p.
3, 4, 6
m
En toute indépendance
- La Pologne
Trois questions à Urszula Krupa
p.
9
m
Marchands sans temple
- Les fonds touchent
le fond ; l'étau des taux
Pierre Lévy
p.
10
m
Langues et civilisations européennes
- Belgique : un avertissement
pour l'Europe ?
P.-H. Gendebien - C. Beaudouin
- Danger pour le français
: le protocole de Londres
J.-L. Cuisiniez - D. Griesmar
p.
12, 13
m
L'Europe aux anciens parapets
- De la réforme
intellectuelle et morale
Entretien avec Marie-Françoise Bechtel
p.
15
m
Chroniques
- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Michel Debray
p.
8, 9, 13, 14, 18
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N°41
- La supercherie
Ce pourrait être un film d'Hitchcock, un roman de Kafka, une tragédie
antique : tout se conjugue pour aller au pire, plus vite encore que les
acteurs ne le croient.
Il y a d'abord le calendrier, remarquablement mis au point par les oligarchies
européennes pour faire ravaler au peuple français son Non
de 2005 : une fois achevé le cycle électoral du printemps,
il n'a plus droit à la parole pendant de longues années
- il n'y aura de référendum ni sur la nouvelle Constitution,
ni même, l'obligation constitutionnelle étant à présent
remise en cause (cf. p. 8), sur toute nouvelle adhésion à
l'UE... Fin juin fut annoncé un prétendu "mini-traité"
(alors qu'il fera près de 3 000 pages !) qui, comme l'admettent
les partisans de la Constitution Giscard, en reprend tous les points-clés
- voir le florilège de ces aveux page 5. Par un lapsus, on apprit
que la parade était préparée depuis 18 huit mois
en silence, sous la forme de modifications en cascade des traités
antérieurs, en sorte que si nous n'avons pas de texte récapitulatif
à la Giscard (quelle imprudence : on pouvait le lire et le comprendre
!), nous en aurons bel et bien toutes les dispositions-clefs camouflées
dans un magma juridique volontairement illisible. A Lisbonne, donc, la
Conférence Intergouvernementale n'eut pas de mal à boucler
le traité qui sera peut-être signé dès le 19
ou 20 octobre, après quoi la ratification ira bon train, masquée
en France par une réforme de la Constitution nationale servant
de rideau de fumée, et des municipales auxquelles sont déjà
affairés tous les partis quels qu'ils soient. Dans moins de six
mois, l'affaire pourrait être entendue et notre Non définitivement
escamoté.
Il y a l'incroyable mystification "Sarkozy". Cet homme ment,
trompant les Français dans des proportions dont le citoyen moyen,
incroyablement crédule, n'a pas idée : aux viticulteurs,
il affirme sa volonté, pour sauver le vin français, de "mettre
le droit de veto de la France à l'OMC", mensonge époustouflant
puisque la France n'y a pas même un siège, n'étant
représentée que par un commissaire britannique, M. Mandelson
- mais qui le sait ? S'exprimant à la télévision,
il se déclare décidé à recourir à "la
préférence communautaire" alors que le traité,
justement, écarte définitivement toute protection commerciale
quelle qu'elle soit. Il prétend lancer une grande politique méditerranéenne
alors que les seuls volets utiles, le volet commercial et celui de l'immigration,
ne sont plus entre les mains des Etats mais tout entier de l'Union européenne.
Il multiplie les diatribes contre la BCE, tout en sachant qu'elle est
pleinement indépendante, à quoi il fut toujours favorable,
ainsi qu'à sa constante politique de protection du capital et de
la rente qui mine les derniers efforts de l'économie française.
Autant de diatribes sans effet, et il le sait, puisque son gouvernement
a encore moins de pouvoir que celui de Vichy. Son seul but est de donner
l'impression qu'il ne s'en laisse pas compter par "l'Europe"
alors même qu'il s'y soumet, et que la Constitution privera
l'Etat de ses derniers instruments, de la dernière chance de mener
une politique quelle qu'elle soit.
Il y a encore l'époustouflant silence médiatique au moment
même où les constitutionnalistes en chambre parachèvent
le futur traité. Certes, ce qui sortira de Lisbonne sera si enchevêtré,
si égaré dans les chapitres, articles et alinéas
des cinq traités précédents, qu'il sera difficile
de lancer quelque débat que ce soit, et même de repérer
les points essentiels : la création d'une présidence de
l'Europe, d'autant plus dangereuse qu'elle sera incarnée (par Tony
Blair dit-on ?), d'un ministre des Affaires étrangères (sans
doute confié à l'ancien Secrétaire général
de l'OTAN), d'ambassades européennes bientôt installées
dans 118 pays du monde, d'une Charte des droits fondamentaux qui permettra
à la Cour de Luxembourg, grande victorieuse de l'affaire (cf. p.
4), de placer sous surveillance toutes les législations nationales,
pour ce qu'il en reste encore. Quant au nombre très étendu
des décisions prises à la majorité (plus de 70 domaines
arrachés donc aux Etats), il sera encore plus large que dans la
Constitution Giscard puisqu'il inclura "la gestion des changements
climatiques", "les réseaux transeuropéens d'énergie",
"la normalisation des documents d'identité" - lesquels
seront sans doute en américain, langue de l'Europe. Pendant ce
temps, tout est bon pour détourner l'attention publique : tension
internationale entretenue par les aboiements du petit militaire sans frontières,
actualité sportive surchargée autant qu'il est possible
pour distraire le bon peuple, et propagande en tous genres orchestrée
par ce que M. Barroso a lui-même appelé "l'empire européen"
(cf. p. 3). Mais nous savions bien que souveraineté et démocratie
étaient indissociables et que la perte aux trois-quarts de l'une
entraînait la ruine de l'autre.
Il y a enfin l'éprouvant silence des porte-parole du Non,
de Laurent Fabius tout occupé à se normaliser au PS jusqu'à
Jean-Marie Le Pen distribuant cet été d'étonnants
satisfecit à M. Sarkozy. Chacun est à sa petite soupe. Quant
à ceux qui restent seuls sur le champ de bataille, on n'a nulle
peine à faire valoir leur isolement : c'est le drame à l'état
pur, quand le dernier combattant s'aperçoit que l'ennemi est plus
puissant encore qu'il ne le croyait, et que ceux sur lesquels il comptait,
au mieux ont déserté, au pire se laissent prendre par les
sortilèges du plus acharné de leurs adversaires.
Non, c'est non
!
Nous n'en combattrons pas moins - sûrs que toujours l'Histoire
se retourne, que nul ne se joue des peuples impunément et que l'aube
pointe tôt ou tard, où les derniers d'aujourd'hui seront
les premiers de demain. Fût-elle seule à l'oser, L'Indépendance
et son équipe en appellent aux souverainistes de tous les horizons
pour ouvrir les yeux sur l'énorme supercherie dont ils sont les
victimes. Certes, notre peuple est atteint ; il est désuni ; on
le trompe ; il doute. La plupart ont renoncé à toute espérance
collective, et chacun se replie sur lui-même. Mais le coeur bat
encore. Dans le grand reflux de la civilisation française, de la
souveraineté de la nation, de l'autorité de l'Etat et finalement
de la politique, les Français se retrouvent plus solitaires que
jamais - mais ils sont des millions et des millions, les solitaires de
France ! La politique n'est rien d'autre qu'une parole, une volonté,
une espérance adressées à ces solitudes.
A-t-on jamais vu un journal organiser une manifestation de rue ? Et bien,
nous le verrons le 19 octobre prochain ! Dans le cadre de la campagne
"Non, c'est non !" L'Indépendance appelle tous
ses lecteurs, tous ses amis et alliés, de quelque horizon qu'ils
viennent à se rassembler le 19 octobre : rehaussé par une
action spectaculaire sur laquelle on ne peut donner ici nulle information,
le rassemblement se fera Place des Victoires - symbole de la victoire
du 29 mai, promesse de victoires prochaines : de toutes les victoires
de la France, passées et à venir.
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- Sur la crise des missiles
Jean-Paul Bled
- Non c'est Non
- Quels pays peuvent bloquer la Constitution ?
La Grande-Bretagne ?
Nigel Farage
- La Pologne ?
Hugues Barthélémy
p.
3,, 4, 5
m
Une certaine idée de l'Europe et du Monde
- Europe, Etats-Unis,
Russie
Jacques Sapir
p.
6
m
Marchands sans temple
- 11ème congrès
de la Confédération Européenne des Syndicats
Pierre Lévy
- Pour la Préférence
Communautaire Agricole
François Lucas
p.
10, 11
m
Les souverainissimes
- Jens-Peter Bonde
Philippe de Villiers
p.
19
m
Chroniques
- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Daniel Hamiche
- Gabriel Matzneff
- Michel Debray
p.
8, 9, 12, 14, 15, 18
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N°40
- Mémorandum : Ce que contient la Constitution remaquillée
Une Constitution remaquillée est toujours une Constitution. Bon
connaisseur du débat institutionnel européen, M. Bourlanges
s'émerveille du " traité modificatif " adopté
le 23 aux petites heures : " Toute la Constitution est là
! Il n'y manque rien ! " ; et le Monde (24 et 25 juin) peut
titrer : " Les symboles disparaissent, le fond reste ". Quelques
jours après la fin du cycle électoral privant les Français
de toute expression nationale avant longtemps, le sommet n'avait d'autre
but que de reprendre le texte rejeté en 2005 en le remaquillant
assez pour éviter un nouveau référendum. La manuvre
a donc réussi.
Je mets en garde les Français : ne nous laissons pas abuser
par les malicieuses déclarations des partisans les plus acharnés
de la supranationalité qui font mine de regretter la Constitution,
ici quelques mots, là quelques symboles, ni par une presse dupée
par le maquillage, qui évoque une victoire diplomatique de M.
Sarkozy, comme si la France qui a dit Non sortait victorieuse de l'épreuve
: en réalité les nonistes sont refaits, ce que montre
toute étude précise dudit "compromis" et de
ses cinq points-clefs :
1-Personnalité juridique accordée à l'Union
: point cardinal du fédéralisme qui permettait au texte
Giscard de s'intituler Constitution, il est repris tel quel, certes
discrètement. A lui seul, il crée en effet un nouvel Etat
qui peut désormais être reconnu comme tel sur la scène
internationale, ce qui permet de parler de nouveau de Constitution.
2-Présidence stable de l'Union : si ce traité était
ratifié, l'Union se trouverait aussitôt placée sous
l'autorité d'un Président, réputé "stable"
en raison d'un mandat allongé - de six mois à deux ans
et demi, et vraisemblablement porté ensuite à 5 ans comme
le mandat parlementaire européen. Surtout, ce Président
est désormais indépendant de tout Etat - alors qu'il était
auparavant un chef de gouvernement en exercice ; il sera doté
dune autorité propre, ainsi que d'un secrétariat, puis
d'un cabinet, etc... Gageons que cet instrument supranational se révèlera
d'autant plus efficace que, la différence des autres institutions,
il sera incarné
3-Haut Représentant pour la politique étrangère
: comme l'a avoué imprudemment Nicolas Sarkozy lors de son allocution
télévisée du 20 juin, c'est un "ministre des
relations extérieures sans le nom" ; mais, à l'instar
du texte Giscard, il sera dès 2009 vice-président de la
Commission, ce qui lui donnera un grand poids auprès des autres
Commissaires, et se verra doté d'un "service diplomatique"
- en clair d'ambassades, les quelque 120 actuels bureaux de l'Union
dans les capitales étrangères étant débaptisées
et étoffées, leurs agents bénéficiant (grâce
à la personnalité juridique) d'immunités et privilèges
diplomatiques. A terme, lorsque ce super-ministère aura pris
son allure et son poids, les ministères nationaux seront marginalisés,
ce que symbolise déjà la délocalisation du Quai
d'Orsay annoncée par M. Kouchner. Quant à la référence
à l'OTAN, elle peut disparaître puisque le nouveau texte
renvoie explicitement au traité de Maestricht, dont le titre
V fixait que "Les Etats veillent à la conformité
de leurs politiques nationales avec les positions communes" (art.
J-2), et précisait que celles-ci devaient être compatibles
avec "les cadres de l'OTAN". A la politique étrangère
commune, il manquait un instrument : le voici.
4- Décisions à la majorité qualifiée.
Quel que soit le mode d'adoption (système de Nice ou système
appliqué partir de 2014), l'essentiel est que le cercle des questions
échappant à l'unanimité s'élargisse considérablement
; outre les affaires communautaires (politique agricole, commerciale,
douanière et, surtout, industrielle - dite "de concurrence",
où la commission est pleinement compétente), il inclut
quarante nouveaux domaines, les uns d'ordre économique (marché
intérieur, énergie, recherche, politique sociale "partagée"
avec les Etats) et d'autres plus régaliens : coopération
judiciaire en matière pénale, porte ouverte au Parquet
européen, et coopération policière, amorce d'une
"police fédérale" . Désormais, la compétence
de l'Union concerne quelque 70 domaines, soit l'essentiel des décisions
et de la responsabilité politique - manquent encore la culture,
l'éducation
Schéma fédéral classique, d'autant que le compromis
de Luxembourg permettant à un Etat d'invoquer ses intérêts
vitaux, dont le candidat Sarkozy avait fait grand cas au cours de sa
campagne, n'apparaît plus : une décision adoptée
à la majorité s'appliquera dans tous les cas, et même
un Etat qui n'y est pas favorable devra le mettre en uvre sous
peine de sanctions. Régime de fer, dont plusieurs Etats s'exemptent
: la Grande-Bretagne, l'Irlande et le Danemark ; pas la France.
5-Charte des droits fondamentaux. Elle s'applique désormais
de droit (sauf pour la Grande-Bretagne, qui jouit d'une dérogation)
; non reprise in extenso, elle fait cependant l'objet d'une référence
dans le texte, ce qui en droit revient au même - d'autant que
le droit est ici interprété par la très supranationale
Cour de Luxembourg. Ses dispositions justifient les critiques que nous
avions développées en 2005 : comment admettre par exemple
le droit pour tout citoyen de saisir la Cour européenne des Droits
de l'Homme aux fins de condamner un Etat pour non respect de principes
très généraux - tel celui de l'égalité,
qui inspire déjà la reconnaissance de l'homoparentalité
ou du mariage homosexuel, ou celui de la liberté religieuse contre
un Etat appliquant une législation laïque - telle la loi
sur le voile ? (1)
Il n'est pas question d'accepter un tel traité ; contrairement
à ce que prétend une propagande bien orchestrée,
les concessions aux souverainistes n'en sont pas. Certes, ne figurent
plus les symboles de l'Union, drapeau, hymne et devise ; mais ils ont
déjà été adoptés en Conseil et s'imposent
sans qu'il soit besoin de les rappeler. Il en va ainsi de l'ancien art.6
du texte Giscard posant la supériorité de la norme européenne
sur la loi nationale : si celle-ci ne figure plus dans le traité
proprement dit, il y est cependant renvoyé explicitement dans
une déclaration additionnelle, qui elle-même rappelle la
jurisprudence de la Cour de Justice, ce qui revient au même. D'ores
et déjà, outre les juges de Luxembourg, toutes les juridictions
nationales admettent la supériorité du droit européen,
écartant lois françaises, principes et dispositions constitutionnels
chaque fois qu'ils entrent en contradiction avec une norme européenne.
De même, c'est une escroquerie intellectuelle de prétendre,
comme le fait M. Sarkozy, que le principe de "concurrence libre
et non faussée" a disparu du traité, puisque celui-ci
renvoie à un protocole additionnel qui le proclame, et le présente
même comme un "instrument politique majeur" au service
des objectifs du nouveau traité - la gauche semble n'y voir que
du feu. Habiletés qui sont autant d'escroqueries morales, la
pire étant de nommer traité simplifié un texte
qui crée juridiquement un Etat et lui attribue de nombreuses
compétences: il s'agit bien d'une Constitution, moins ronflante
que le texte Giscard et d'autant plus habile
Il y a deux ans, les supranationaux étaient décontenancés
par le double non français et hollandais ; nous savions qu'ils
chercheraient une parade. Elle fut simple et terrible : le problème
venant de la France, c'est elle et ses Français qu'il fallait
circonvenir ; pour les oligarchies européennes, il aura suffit
d'attendre l'élection présidentielle et de trouver un
homme assez rusé pour s'imposer, avec leur aide, et capable,
une fois doté d'une fraîche légitimité d'annihiler
en leur nom le Non des Français : la supercherie a parfaitement
fonctionné. Restait à faire quelques concessions aux récalcitrants
: un plus long délai pour la consultation des parlements nationaux,
à la demande des Pays-Bas (et de partis danois) ; la prolongation
pendant dix ans d'un système de pondération des voix qui
avantage beaucoup une Pologne qui, elle, s'est bien battue - essuyant
des quolibets innombrables : on moqua une phrase de son Président
rappelant que, sans l'agression allemande de 1939, la Pologne aurait
aujourd'hui quelque vingt millions d'habitants supplémentaires
: un pays qui en détruit un autre peut-il, soixante ans plus
tard, arguer de sa faiblesse pour le faire taire ? Il est vrai que l'habitude
est désormais installée de tourner en dérision
tout pays qui prétendra affirmer ses droits et ses principes.
Il y a quelque chose d'insupportable dans l'actuelle fanfaronnade de
M. Sarkozy assurant que "en un mois et demi, il s'est passé
plus de choses qu'en deux ans", ce qui est vrai : il s'est passé
ceci que la France a été trahie par un ensorceleur qu'elle
a pour son malheur placé à sa tête et qui peut désormais
parler en son nom. Ceux qui, en votant pour M. Sarkozy ont permis cette
supercherie portent une lourde responsabilité devant notre histoire.
J'appelle solennellement les Français qui ont dit Non à
déjouer les propagandes - d'abord pour eux-mêmes ; je les
appelle à étudier de près les informations qui
filtreront de la prochaine Conférence Intergouvernementale et
le texte définitif signé en octobre ; je les appelle à
se mobiliser pour exiger que sa ratification soit soumise à référendum
; je les appelle à exiger pour la France un statut à tout
le moins comparable à celui de la Grande-Bretagne, et des protections
pour les droits, les principes et les intérêts de la France
et des Français - et d'abord le respect de la démocratie,
c'est-à-dire de la souveraineté populaire, dont on ne
voit que trop qu'elle disparaît avec la souveraineté nationale
; je les appelle à agir sur les partis ou les solidarités
diverses qui peuvent permettre de faire barrage lors du Congrès
qui devra modifier une nouvelle fois notre Constitution ; je les appelle
à manifester les troisièmes vendredis de chaque mois,
à compter du 19 octobre, quelles que soient leurs opinions ou
leurs inclinations, pourvu qu'ils soient attachés à la
survie de la France comme Nation libre parmi les Nations du monde.
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- Le Plan Merkel
- La revanche du Oui
Jean-Paul Bled
- Charles Quint en jupons
Bernard Dufour
- Le gouvernement des Pays-Bas tente de résister
Patrick Pommier
- L'Europe du Comte de Paris
- 50 ans de destruction de la démocratie
K-A. Schachtschneider
p.
2, 3,, 4, 5
m
Une certaine idée de l'Europe et du Monde
- L'Oncle Sam, premier
conseiller
Armelle Chapalain
- L'Europe vassale
: la preuve par les missiles
p.
6, 7
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Marchands sans temple
- Les relations U.E.-E.U.
dans un transat
- Scènes de
casse en Bavière
Pierre Lévy
- Deux erreurs sur
l'euro
Romain Rochas
p.
10, 11
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Langues et civilisations
- "Résister
tous les jours"
Entretien avec Philippe Séguin (Extraits)
p.
12
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L'Europe aux anciens parapets
- Malaise européen
: que dit et peut faire la psychanalyse ?
Véronique Hervouët
- De la réforme intellectuelle et morale
Thibaud Pierre de Bernis et Ludovic Greiling
p.
14, 15
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Chroniques
- Daniel Hamiche
- Louis Meyriac
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Michel Debray
- Alain Bournazel
p.
6, 8, 9, 13, 18, 19
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N°39
- Adoubé par l'Allemagne
Que tout aille vers le pire, on s'y est habitué ; mais si vite,
cela donne le vertige ! Aussitôt élu, le nouveau Président
de la République partit donc au large de Malte pour " habiter
" sa fonction dans la conception qu'il en a, c'est à dire
sur un yacht prêté par un magnat de ses amis. Quand à
l'investiture, la poignée de mains aux anciens combattants sous
l'arc de triomphe ne fut qu'une formalité, la descente des Champs
Elysées un vieux folklore vaguement provincial : aussitôt,
il s'envola pour Berlin et reçut de la Kaiserin Angela l'onction
du saint Chrème ; à quoi d'autre servit l'escapade germanique
du premier jour ? Voici, comme aux temps du saint Empire, le Président
adoubé en Allemagne...
L'instinct de vassalité
Une providence facétieuse a voulu que la présidence de
l'Union européenne soit en cette circonstance dévolue à
l'Allemagne. Eloquent symbole : L'instinct de vassalité dont témoigne
M. Sarkozy rappelle les grandes heures de l'Empire central dont la France
consentit tant d'efforts pour se défaire depuis les Othon et les
Habsbourg, puis d'autres. Las ! Comme il arrive souvent, le symbole ne
fait que cacher une réalité : le nouveau Président
a d'ores et déjà consenti au nouveau traité "
européen ", qui, prudemment, ne sera pas constitutionnel par
son nom mais qui le sera dans son contenu, traité que la même
Mme Merkel concocte depuis des mois attendant patiemment que les Français
du "Non" placent à la tête un homme qui, paré
d'une toute neuve légitimité, dise "Oui" à
leur place. C'est fait ; l'Allemagne triomphe, et l'on ne parle plus à
Paris que de sortir l'Europe de " l'impasse ", pour reprendre
les termes des nouveaux responsables français des affaires européennes,
MM. Kouchner et Jouyet - deux socialistes, curieusement, et, surtout,
deux fédéralistes convaincus. Mais tel est depuis toujours
celui qui, alors président de l'UMP, proclamait lors de la campagne
référendaire : " on n'a pas le droit de dire Non "
et qui, tant sont distraits ou malléables les Français,
est depuis lors devenu Président de la République
Ah, certes, les " nonistes " étourdis qui ont accordé
leurs suffrages à Nicolas Sarkozy, et ceux qui les ont appelé
à le faire, portent une lourde responsabilité. C'est avec
leurs voix que M. Sarkozy négocie le compromis qui ne manquera
pas d'éclore lors du Sommet européen des 21 et 22 juin.
Certes, on prendra la précaution de débarrasser le texte
des symboles les plus voyants de la supranationalité, le ministre
des Affaires étrangères de la Constitution Giscard sera
"Secrétaire aux Affaires étrangères", l'article
sur les symboles de l'UE, hymne et drapeau, disparaîtra comme déjà
superflu ; certes, le texte sera court ne comportant que les dispositions
essentielles d'un ensemble fédéral, soit le principe des
décisions prises à la majorité qualifiée et
la supériorité du droit bruxellois sur toute norme nationale
; certes le titre II (dit "Charte des droits fondamentaux")
ne sera qu'optionnel pour certains de ses articles, et, quant au titre
III sur les politiques économiques et sociales, il sera ensuite
facile à adopter par les mécanismes supranationaux ainsi
mis en place (voir nos dernières informations pages 2, 3 et 4).
Telles sont, à ce que les parlementaires européens peuvent
aujourd'hui apercevoir, les grandes lignes du texte qui sera adopté
au Conseil de juin, mis au point lors d'une rapide Conférence Intergouvernementale
(CIG) réunie sous présidence portugaise, et finalement signé
avant la fin de l'année, vraisemblablement à Lisbonne. Viendra
alors, au 1er janvier prochain, la présidence française
et l'on ne doute pas que nos parlementaires auront à coeur de montrer
l'exemple en autorisant parmi les premiers sa ratification. Le scénario
est en place et il est d'autant plus prévisible que Nicolas Sarkozy
l'a annoncé depuis un an, ne faisant que prendre la précaution
de dire, lors du débat télévisé le confrontant
à Mme Royal, qu'il n'y aura pas de Constitution européenne
- ce qui est vrai dans la forme mais faux quant au fond, et tient de la
ruse verbale de haut vol (comme un certain "Je vous ai compris"
du général de Gaulle...). Du moins les électeurs
de M. Sarkozy ne pourront pas dire qu'ils n'étaient pas prévenus
!
Un avenir radieux
Tout n'est pas joué pour autant, sinon à court du moins
à moyen terme. Si le nouveau Président français a
magistralement compris qu'il ne serait élu qu'en captant les voix
de la droite nationale, ce sur quoi il se trouva contraint d'insister
en fin de campagne par la vive concurrence de M. Bayrou, et si, ce faisant,
il priva ladite droite de la moitié de ses voix, les masques semblent
vite tomber : la composition des " équipes " le confirme,
tandis qu'on pavoise, à Bruxelles, Berlin et Washington en célébrant
la "normalité retrouvée" de la politique française.
Mais, en oubliant déjà son aile nationale, en multipliant
les signaux à son antipode, cette "gogoche" mondialisée
que symbolise M. Kouchner (qui fut l'un des rares partisans en France
de l'invasion de l'Irak, et de l'entrée de la Turquie dans l'UE),
M. Sarkozy prend de gros risques.
Le paradoxe du jour est en effet lourd d'orages ; à la faveur
du débat présidentiel, l'hégémonie intellectuelle
qui s'installa dans les années 70 dans la foulée de 68,
et qui a duré trente longues années, fut une bonne fois
pulvérisée, comme le 29 mai 2005 en avait déjà
donné le signal : on peut de nouveau parler de nation, d'autorité,
de discipline, et de ce qu'il est convenu d'appeler " l'identité
", c'est-à-dire la volonté pour la France de rester
ce qu'elle est, un Etat souverain, une nation à la voix indépendante,
une civilisation singulière. Mais, après avoir si bien paru
épouser cette cause, M. Sarkozy a ouvert les vannes à de
puissantes eaux sur lesquelles, Union européenne oblige, il ne
pourra surfer longtemps ; elles pourraient bientôt le déborder
largement sur la droite : les souverainistes auront alors beaucoup d'eau
sous la coque - et cela d'autant plus vite que tout montre déjà,
trois semaines après son élection, que M. Sarkozy n'a guère
compris " la rupture " tant promise aux gogos autrement que
dans le style : finie la solennité de la République, dépassés
les rites et les emblèmes de la France, réduite au rang
de province ! Désormais, nos as de la gouvernance font du jogging
!
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EDITORIAL
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N°38
- Rome ? Mission accomplie !
"On ne comprend plus la France. Ce sont les Français qui
ont bloqué le processus constitutionnel mais ce sont ses ministres
qui se montrent les plus acharnés pour le relancer ! Et maintenant
vos sondages ne donnent de chances qu'à des tenants du oui
!" Que répondre à ce député suédois,
sinon qu'atteint un paroxysme l'opposition entre le pays légal
et le pays réel ? Situation emblématique de l'état
de notre système de représentation, de notre démocratie,
et du lent détricottage de ce qui fit la France : à mesure
que s'affaisse la souveraineté, la légitimité s'étiole,
avec elle l'autorité politique, le respect des lois, finalement
l'ordre public ; en retour, à mesure que le pouvoir légitime
s'affaiblit au bénéfice des puissances de fait, il ne se
trouve plus d'autorité pour défendre la souveraineté
nationale et popuplaire ; dans ce cercle vicieux s'abandonne la République
française, notre Royaume de France.
Point fort devenu notre point faible, la souveraineté est dans
la ligne de mire : sonnées pendant plus d'un an par le référendum
du 29 mai 2005, les oligarchies européennes sont reparties à
la charge sous présidence allemande, pour imposer à la France,
par quelque voie que ce soit, la désastreuse signature par laquelle
elle renoncera au cadre national, c'est-à-dire à la démocratie,
au Bien commun, finalement à sa politique, et à la politique
tout court. Cette relance brutale bénéficie d'une circonstance
de choix, propice à toutes les propagandes, le 50ème anniversaire
du Traité de Rome, célébré les 24 et 25 mars
dans les flonflons de Berlin.
Rome-Berlin, vieil axe ! Il symbolise à merveille la permanence
des forces qui n'ont jamais admis l'Europe dans sa complexion particulière,
pourtant celle que donne le Robert : une collection de nations.
Ce qui prétendit se construire par le droit à Rome en 1957
ne fit que traduire l'obsession qu'ont poursuivie tout au long du XXème
siècle les oligarchies européennes : faire disparaître
les nations, c'est-à-dire les peuples et avec eux les droits politiques,
économiques, sociaux, éducatifs et culturels acquis dans
leurs cadres. Depuis un siècle, et la mode des " Internationales
", ce n'est pour les prétendue élites qu'une longue
fuite de soi, et de leurs peuples, pour rejoindre un Empire quel qu'il
soit, russe, allemand ou américain. On se souvient du fameux "Le
temps des patries est fini" lancé en 1921 par Drieu, emblématique
personnage qui commença par "mettre tous ses espoirs dans
l'Amérique" puis de les mettre dans l'Allemagne nazie et finalement
dans la Russie soviétique à laquelle il confia ses derniers
rêves, avant un suicide lui-même emblématique
Or, la vieille Europe est la seule Europe - tant il est vrai que les
peuples pas plus que les hommes ne se changent. C'est l'Europe, ses traditions
et ses principes, religieux, philosophiques, moraux ou politiques, qu'on
liquide sou nos yeux ; c'est l'Europe qu'ont trahi en 1957 le franco-américain
Jean Monnet, patron de la banque de San Francisco " Bankamerica-Blair
" et cette kyrielle d'atlantistes obeïssant aux lubies d'un
Rockefeller sur " l'ère de l'unité mondiale "
(1945), ou du sénateur américain Paul Warburg répétant
: "Qu'on le veuille ou non, nous aurons un gouvernement mondial.
Si ce n'est pas consentement, ce sera pas la force" ; c'est l'Europe
que paralysent les mécanismes mis au poinst à Rome (à
commencer par la Commission de Bruxelles et la Cour européenne
de Luxembourg) aux fins de mélanger les peuples " comme on
fait une purée de marrons " selon la savoureuse expression
d'un de Gaulle qui n'accepta le Traité que pour honorer l'engagement
de la France ; il échoua finalement à lui donner sa seule
subtance concevable, la préférence européenne,
c'est à dire un protectionisme organisé, doublé d'une
politique industrielle, agricole et culturelle commune, Europe raisonnable
dont on ne cessa de s'éloigner avec " l'acte unique "
de 1986, le traité de Maastricht de 1992, celui d'Amsterdam en
1997, et finalement l'apothéose, la Constitution unique !
Cette ultime bataillle constitutionnelle sera la plus acharnée
- des deux côtés - en ce qu'elle bouclera ou au contraire
déjouera la mécanique engagée voici un demi-siècle,
dont Michel Clapié rappelle l'origine bel et bien supranationale,
et dont un parti au moins, le RIF (Rassemblement pour l'Indépendance
et la Souveraineté de la France) vient de réclamer que,
après 50 ans d'errements, la France se délivre. Bataille
gagnée ou perdue ici et maintenant, en France, épicentre
de la résistance des nations (comme le rappelent nos collègues
du groupe ID, qui nous aident à lancer la campagne " NON C'EST
NON " dont on trouvera ici les détails). Bataille rude, mais
point perdue. Les européistes qui pavoisent à Berlin sont
victimes de leur succès : l'Europe sort de l'histoire ; réduite
à des principautés sans souveraineté, donc sans dimension
politique, et sans défense (même au sens propre, celui de
l'OTAN), elle est la zone économique du monde au plus faible taux
de croissance, la moins protégée des concurrences étrangères
comme de l'immigration de masse, tandis que ses jeunesses sont décollées
de leurs racines pour être reformatées sur le modèle
américain (il est significatif qu'on ne parle plus qu'américain
dans les instances dites européennes) ; voici "la 51ème
étoile du drapeau américain" pour reprendre le titre
d'un ouvrage de Philippe de Villiers. Rome ? Mission accomplie !
Mais l'histoire continue : l'Empire perd sa force et son prestige, immenses
en 57, mais désormais menacés l'un et l'autre ; les peuples,
prévenus contre la propagande supranationale ou mondialiste qui
les agglomèrent dans l'immense nasse des consommateurs mondiaux,
bronchent de tous côtés : que le double "non" français
(en 2003 sur l'Irak, en 2005 à la Constitution) soit pour tous
le môle de la résistance, et de la lutte sans cesse recommencée
pour l'Indépendance !
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- De l'Europe à l'euro-atlantisme
Jean-Paul Bled
- L'Arménie, la France et l'Europe
reportage de Salsa Bertin
- Etre Chrétien en Turquie
Fortunato Maresia
- "Les anti-fédéralistes sont des
chiens"
Christophe Beaudouin
p.
3, 4, 5, 6
m
Marchands sans temple
- Pierre Lévy
p.
10
m
Langues et civilisations
- "Pour un véritable
multilinguisme en Europe"
Entretien avec Anna-Maria Campogrande
p.
12
m
Une certaine idée de l'Europe et du Monde
- La réforme intellectuelle
et morale
Revue des revues : Politique Magazine
Entretien avec Benoît Gousseau
p.
14
m
Les souverainissimes
- "Il faut terminer
le travail du 29 mai 2005"
Philippe de Villiers
- Patrick Louis à Madrid pour défendre
le Non du peuple français
p.
19
m
Chroniques
- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint-Robert
- Gabriel Matzneff
- Daniel Hamiche
- Michel Debray
- Nicolas Dupont-Aignan
p.
8, 9, 13, 14, 15, 18, 19
m
Les Cahiers de l'Indépendance
- Extrait de "Une
voix venue du fond des siècles"
Jean-Gérard Lapacherie
p.
13
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N°37
- L'Europe armure
Voici donc revenus les rois thaumaturges : l'une touche le paralytique
comme aux temps lointains le doigt royal guerrissait les écrouelles,
l'autre promet à une brave citoyenne de rembourser ses dispendieuses
lunettes, tandis qu'un prétendu " troisième homme "
fait assaut de proximité ; chacun se précipite à
Toulouse pour combler de bonnes paroles les milliers de travailleurs d'Airbus
que leur incurie a mis à pied, tout ce petit monde férocement
ouiouiste communiant dans une sorte de France d'après l'Europe,
ou d'après l'Histoire, où, réduite à une sorte
de vaste région allant du Rhin à l'Atlantique, elle n'aurait
plus droit au chapître révolu des grandes affaires. Aura-t-on
le cur à rappeler que le président de la Vème
République a justement pour fonction de se mêler desdites
affaires, c'est à dire d'assurer non la gestion mais le cadre même
de l'action publique ? Qu'il a d'abord celle de veiller au bon fonctionnement
des pouvoirs publics, c'est à dire, au premier chef, à l'autorité
de l'Etat, laquelle n'a guère ses chances quand l'Etat en question
n'est plus qu'un exécutant trainé devant un tribunal international
quand il n'exécute pas (au cours des dix dernières années,
la Commission a saisi 418 fois la Cour Européenne de Justice pour
y faire condamner la France) ? Qu'il lui incombe d'incarner l'unité
nationale, mission devenue impossible quand le peuple s'effiloche et que
le Système ne veut connaître que des oligarques décidés
à dire oui là où il a dit non - un
non qui fut peut-être le dernier souffle de l'unité
? Bref, le programme est dans la fonction, laquelle se résume dans
la souveraineté : exercice certes délicat quand ladite souveraineté
est interdite, en sorte qu'il reste à la politique ce que l'onguent
est aux lésions cancéreuses, misérable palliatif
que M. de Villiers nomme justement la " politique compassionnelle
". Va donc pour le remboursement des lunettes
A moins de choisir une potiche pour faire semblant, parmi les mots perdus,
les comédies et les brumes, de présider à l'a-république,
le seul sujet de l'heure est la souveraineté, et donc l'Europe
dont la souveraineté dépend presque toute entière.
Est-elle capable de prolonger l'action des Etats, en renforçant
leur capacité d'action intérieure et extérieure (notemment
en matière de politique agricole, industrielle ou commerciale)
ou bien doit elletout au contraire les paralyser au nom d'une République
européenne mais au bénéfice d'une Oligarchie Centrale
qui cache mal toutes les autres ? Heureux hasard, le grand anniversaire
du traité de Rome coïncide, à la fin de ce mois, avec
le lancement de la campagne véritable, laquelle trouvera ainsi,
peutêtre, une chance de devenir sérieuse : l'heure est donc
venue de dire l'Europe que nous voulons.
Du traité de Rome lui-même, nous traiterons dans un numéro
spécial de la Lettre de l'Indépendance publiée
à l'occasion du 25 mars : observons pour l'heure que, bien que
cela ne suffise pas à le sauver à nos yeux, il permit l'édiction
de la seule mesure capable de protéger notre tissu économique
: la préférence communautaire. Certes, celle-ci ne concerna
que l'agriculture, et ne tarda pas à s'effilocher sous les coups
de butoir de l'OMC et des divers relais du mondialisme avant de disparaître
dans les années 90 ; il reste que, devant les urgences de la désertion
des campagnes et de la déindustrialisation, l'ultime pari à
tenter est de proposer à nos voisins un système de préférences
généralisées, qui comprenne, outre l'agriculture,
les industries réputées les plus sensibles, à quoi
devraient s'ajouter les productions audiovisuelles : que les Européens
s'achètent entre eux ce qu'ils produisent et ce qu'ils créent,
ou l'Europe ne signifira bientôt plus rien.
Qui le voudra ? Il faudrait, pour commencer, que la France se dégage
des dogmes de l'infernal libre-échange qui ruine paysans et travailleurs
européens autant qu'il maintient dans la misère des pays
qui n'attirent des capitaux qu'en raison de leur bas salaires ; et que,
ne pouvant se protéger seule, elle trouve un nombre suffisant de
partenaires pour parvenir à cet effet d'armure qui, à la
fois offensif et défensif, est la seule façon de contre-attaquer.
Hélas, dans un continent qui a perdu tous ses reflexes, celui de
se protéger paraît de moins en moins naturel : le pari est
donc des plus aléatoires, suspendu à des urgences ou des
crises sociales qu'un enchevêtrement de cautères, c'est à
dire la dépense publique, parvient à repousser sans cesse.
Il reste que la préférence communautaire est la pierre de
touche de toute Europe raisonnable, la condition d'une mise en place d'une
politique industrielle, et, en amont d'une politique de la recherche,
l'une et l'autre confiées à des " agences de projets
" bien plus nécessaires que le juridisme paralysant des "
super-états ". foin des architectures : des coopérations
scientifiques et industrielles ! Foin des lois supranationales : des partenariats
à géométrie variable, relayant les efforts des Etats
au lieu de tenter de les réduire ! Cinquante années d'expérience
ont abondemment montré qu'il n'existe pas d'autre intérêt
européen commun que celui des coopérations, qu'il n'existe
pas de " République européenne " transcendentale,
chaque Etat restant farouchement attaché à ses intérêts
propres et par domaine permanents.
S'il fallait une preuve que perdurent les prismes des Etats la politique
de l'Allemagne la fournirait ces temps-ci d'abondance ; L'affaire d'EADS,
a montré à nos esprits simples combien les Etats demeurent
des monstres froids : ce n'est certes pas son savoir-faire dans la machine
outil que l'Allemagne a partagé, mais l'excellence française
dans l'aéronautique, domaine où, partie de rien (nulle industrie
aéronautique allemande il y a vingt ans), elle est parvenue à
tirer vers elle la majeure partie du programme Airbus, la France
engloutissant dans le même temps quelques uns de ses plus beaux
fleurons et des milliers d'emplois dans un consortium réalisé
sur le mode fusionnel, dont la langue de travail est l'anglais et le siège
aux Pays-Bas. Toute personne attachée aux affaire publiques devrait
lire séance tenante, l'incroyable récit que, dans le n°2
des Cahiers de l'Indépendance (1), le général
Pierre-Marie Gallois fait de cette bérézina ô combien
emblématique. On verra ce qu'aurait pu et pourrait encore faire
l'idée européenne. On verra aussi l'inanité de son
rêve ultime, supprimer les interêts nationaux.
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1) " Les Cahiers de l'Indépendance ", trimestriels, sont
en vente sur abonnement (50euros) au 51, rue de Paradis 75010 Paris ;
à noter qu'un abonnement permet ispo facto de recevoir la Lettre,
et que, pour tout abonnement reçu avant avril (parution du n°3),
les deux premiers numéros seront livrés.
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- Vers une communauté atlantique
?
- La Slovaquie, mouton rose de l'U.E.
reportage de Pierre Lévy
p.
2, 5
m
Une certaine idée de l'Europe et du Monde
- Benoît XVI et
la Turquie
Entretien avec Annie Laurent
- La réforme intellectuelle et morale
Revue des revues : Les Epées - Entretien avec David Foubert
p.
7, 9
m
Marchands sans temple
- Cuisines et dépendances
Christophe Beaudouin
p.
11
m
Langues et civilisations
- "Le Saint-Empire,
précurseur de l'U.E."
Entretien avec Jean-Christian Petitfils
p.
12
m
L'Europe aux anciens parapets
- Si vis bellum para
communicationem
Entretien avec Jacques Myard
p.
14
m
Les souverainissimes
- Sortir de l'euro ou
de l'U.E. ?
Alain Bournazel
- La Preuve ou la Promesse
Philippe de Villiers
p.
19
m
Chroniques
- Daniel Hamiche
- Guillaume Peltier
- Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Gabriel Matzneff
- Michel Debray
- Nicolas Dupont-Aignan
p.
7, 8, 9, 13, 17, 18, 19
m
Les Cahiers de l'Indépendance
- Extrait de l'entretien
avec Maxime Tandonnet
p.
17
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N°36
- Le Diktat
Ecoutant à Strasbourg, ce mercredi 17, Mme Angela Merkel déroulant
son programme devant le Parlement européen, on s'émerveillait
devant la constance du jeu des nations, en particulier celui de l'impérieuse
Allemagne ; ce pays a le fédéralisme dans le sang, et veut
une fois de plus l'imposer à toute l'Europe. Oubliés les
référendums français et hollandais : l'Allemagne
entreprend bonnement de faire avaler tel quel l'ancien projet de Constitution
européenne à tous les peuples de l'Europe, qu'ils l'acceptent
ou non. Ce diktat est d'autant plus impérieux que, retour de Washington,
Mme Merkel est assurée du soutien américain et donc de celui
des oligarchies européennes ; et voilà qu'elle se prévaut
même de " l'effacement en France du mouvement des non ",
comme l'a dit sans plus de détours son ministre des Affaires étrangères,
Frank-Walter Steinmeier - à quoi les souverainistes ne prêtent
que trop facilement le flanc par leur dispersion, et l'épouvantable
manie qu'ont la plupart de mêler de très secondaires préoccupations
au combat principal, celui de la liberté nationale, dont dépendent
pourtant toutes les affaires publiques.
C'est hélas l'évidence que les "non" de 2005
ne parviennent pas à transformer leur victoire en mouvement politique,
contrairement à ce qui se produit en Grande Bretagne et aux Pays-Bas.
Il faut dire que le Système, aux abois depuis le 29 mai, a réussi
un tour de passe-passe admirable : depuis plus d'un an, la nomenclature
politique, financière et médiatique française s'est
arrangée pour restreindre le choix des électeurs à
deux seuls candidats ouiouistes. Tout est ficelé : déjà,
lors du sommet franco-allemand de juin dernier, Jacques Chirac a donné
à ladite Angela carte blanche pour relancer la Constitution ; quelques
mois plus tard, M. Sarkozy déclarait à Bruxelles que l'essentiel
de la Constitution (le titre I, par lequel peut passer tout le reste),
pourrait être adopté par la voie parlementaire, coup d'Etat
légal dont on a vu des précédents dans notre histoire.
Face, ou plutôt à coté dudit " Sarko ",
" Ségo " reste bien vague sur ce sujet comme sur tant
d'autres. En réalité, le parti unique UMPS s'est tout entier
voué à l'effacement de la France, ce que ne peut plus empêcher
désormais qu'un vaste rassemblement national et populaire. Mais
les têtes sont dures ! Depuis plus de deux siècles, les oligarchies
de tous ordres ont réussi à faire croire aux Français
que la politique consistait à choisir entre droite et gauche :
la césure existe certes mais, pour profonde qu'elle demeure, elle
est secondaire face à celle qui traverse et surplombe toute notre
histoire depuis ses origines : d'un coté, le parti de l'abandon
et de la soumission aux oligarchies, qu'elles soient intérieures
ou extérieures ; d'un autre, le parti de la liberté du Peuple-Nation,
traduite en un Bien Commun que met en uvre un Etat, son autorité,
sa légitimité, sa souveraineté.
Vers un grand parti
national
Pour dissoudre le peuple, il restait, après l'avoir plongé
dans le mélangisme général et corrompu ses traditions,
à dissoudre les élections : une fois supprimé le
référendum, il reste à supprimer les présidentielles,
ce qui est déjà fait s'agissant du premier tour (puisque
nous sommes installés depuis des mois dans un perpétuel
second tour programmé), et à plus retenir que deux protagonistes
voués chacun à sa manière, "sociale" ou
"libérale", à l'effacement de la nation. Les démocrates
abolissent ainsi les consultations électorales les unes après
les autres, transformant ce qu'il en reste en une sorte de prix du Président
de la République qui sonne aujourd'hui comme la dernière
trouvaille de la Française des Jeux. Tout cela confirme au passage
ce que nous écrivons depuis des lunes : l'Union européenne
sera anti-démocratique et anti-populaire ou ne sera pas.
Face à cela, nous devons regarder comme un devoir impérieux
de créer un grand mouvement pour la France, ce parti national que
la France trouva toujours dans les heures sombres pour la sauver et la
servir. Face au véritable coup d'Etat à parfum germanique
que serait l'adoption par voix parlementaire d'une Constitution européenne
qui revient à abolir la Constitution française, il n'est
plus temps de nous perdre en querelles. L'heure approche où les
Français se rendront compte enfin que la question politique ne
consiste pas à chercher quel contenu nous pouvons donner au gouvernement
de la France mais s'il y a place à un gouvernement de la France.
Est-il bien raisonnable d'attacher si grande importance au chef d'un Etat
dépouillé de quasi-toute souveraineté, réduit
à des apparences d'autant plus insupportables qu'elles sont fallacieuses,
et noyé sous un amoncellement d'organismes ou d'administrations
dépourvus de véritable autorité hormis les contrôles
de la vitesse sur les routes et la fumée de tabac dans les lieux
publics. Personne ne se demande s'il est raisonnable de s'intéresser
à un " Pouvoir " dont les ministres passent leur temps
en d'incessants aller-retour à Bruxelles pour prendre des consignes
ou plaider un dossier comme députés montant à la
capitale, dès lors que les quatre cinquième des lois retranscrivent
les directives d'un cénacle étranger que nul ne contrôle,
et que leur application dépend de juges qui, jusqu'au délire,
opposent au Bien Public le saint dogme de leur " indépendance
" - sans parler de la Cour suprême de Luxembourg aujourd'hui
saisie par la Commission de 302 plaintes contre l'Etat français,
en sorte que celui-ci est de tous côtés placé sous
un permanent contrôle judiciaire. Et que peut signifier un "
programme " quand, privée de l'instrument monétaire,
toute politique économique est soumise aux arbitrages incompréhensibles
d'une banque établie à Francfort, quand le sort de nos industries,
comme celui de notre agriculture, et conséquemment de la plus grande
partie du territoire national, dépendent des oukases de cette OMC
que Philippe de Villiers nomme si justement " Organisation Mondiale
du monde " où la prétendue République n'est
même pas représentée en tant que telle ? Que veut
donc dire l'élection du Président de la République
quand, de République, il ne s'aperçoit presque plus rien,
pas même la clarté du drapeau ?
La grande course du Printemps garde malgré tout un intérêt,
un seul : celui de mesurer l'étiage du souverainisme et, par là,
de mesurer les dernières chances pour la France de ne point disparaître
durablement de l'étroite famille des nations libres. Dans cette
perspective, le groupe Indépendance & Démocratie au
Parlement européen a décidé de créer en son
sein un comité de travail, pour que soit lancée en France,
pays que nos partenaires souverainistes de toute l'Europe considère
comme central, une campagne intitulée "Non, c'est non".
Cet effort devra contribuer à ce que, dans les prochains mois la
mobilisation des Français reprenne de plus belle : la lutte continue
!
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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Dernières nouvelles des Cabris
- "L'adhésion de la Roumanie
et de la Bulgarie prépare celle de la Turquie"
Entretien avec Jacques Sapir
- Qui se ressemble s'assemble !
Jean-Paul Bled
- Turquie : le Parlement européen change
de tempo
- OTAN, qu'est-ce que cela signifie aujourd'hui
?
Nedad Hrisafovic
- Les pays baltes : européens ou américains
?
Armelle Chapalain
- Impressions de Roumanie
Jean-Marc Joubert
- Kommission : l'incessante querelle faite
à la France
- La CIA et l'Europe
p.
2, 3, 4, 5
m
Une certaine idée de l'Europe et du Monde
- "La culture américaine
occupe la place laissée vacante par la France"
Entretien avec Bachar el-Assad
- Liban : le général Michel Aoun
Entretien avec Etienne Patier
- Francophonie : le mensonge de Bucarest
Paul-Marie Coûteaux
- L'irréversible divorce belge
Henri de Wandel
p.
6, 7
m
Que signifie pour vous l'Europe ?
- Hélène
Goudin, Eugen Mihaescu, François-Xavier de Guibert
p.
9
m
Marchands sans temple
- L'avenir de l'euro
Jean Messiha
- Suez-Gdf à la sauce européenne
Entretien avec Olivier Barrault
- Eurobésité
Hervé Berbille
p.
10, 11
m
L'Europe aux anciens parapets
- Revue des revues :
l'homme nouveau
Entretien avec Philippe Maxence
- L'Europe contre la culture
Michel Cazenave
p.
14, 15
m
Chroniques
- Guillaume Peltier
- Daniel Hamichel
- Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Michel Debray
p.
8, 9, 13, 18
m
Les Cahiers de l'Indépendance
- Extrait d'une table
ronde sur l'Europe
Alain Finkielkraut, Paul Thibaud, Paul-Marie Coûteaux
p.
15
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N°35
- Desserrer l'étau
Une fois n'est pas coutume, approuvons un commissaire, l'Italien F. Frattini,
qui publie dans ce qu'il reste de Libération une tribune intitulée
"le religieux, ciment de l'Europe". Formule qui n'est claire
qu'à la condition de com-prendre ensemble toutes les figures du
religieux, comme le fait Régis Debray lorsqu'il y inclut tout "point
de communion" d'une civilisation - conception large mais conforme
à l'étymologie : religere, c'est relier. Quel est
donc le "point de communion" capable de relier les Européens
? Proposons un mot qui coule de nos plus hautes sources, Logos
(verbe, discours, discussion, raison...) et posons que, aux deux conceptions
du monde qui déchirent aujourd'hui la planète, le tout-marché
anglo-saxon et le tout-sacré islamiste, l'Europe doit opposer
cette civilisation du logos qui pourrait être dite du "tout-parlé".
Telle est d'ailleurs la leçon délivrée par Benoît
XVI à Ratisbonne : à quelques semaines d'un voyage à
hauts risques en Turquie, le Pape a rappelé l'Europe à son
fondement, la liaison de la Raison et de la Foi - une foi indissociable,
dit il, du Logos. Contrairement à ce qu'ont retenu les filtres
de l'univers médiatique, ce texte était, autant que d'un
Islam réduit à l'idolâtrie, une critique acerbe d'une
Europe qui, après les trois traumatismes négateurs que furent
le protestantisme, le kantisme et le modernisme (y compris " chrétien
"), sépare obstinément religion et raison : d'où
son insistance sur les sources grecques de la Bible, la traduction grecque
de l'ancien testament, et le rappel que " Jean a débuté
le prologue de son évangile par ce mot : au commencement était
le logos ". Benoît XVI commente : " logos
signifie à la fois raison et parole (...) La rencontre entre le
message biblique et la pensée grecque n'est pas un simple hasard.
La vision de Saint Paul devant lequel s'étaient fermées
les routes de la vie et qui, en rêve, vit un Macédonien et
entendit son appel viens en Macédoine, viens à notre
secours ! peut être interprétée comme un raccourci
d'un nécessaire rapprochement entre la foi biblique et la manière
grecque de s'interroger".
Au commencement de l'Europe était le verbe : réconciliant
nos sources, le Pape esquisse l'ultime fondement philosophique aussi bien
que théologique sans lequel l'Europe ne repose sur rien. Dans son
capital Europe, ses fondements aujourd'hui et demain (2005), il
rappelait qu'elle " n'est pas un continent que l'on peut nettement
saisir en terme de géographie, mais un concept culturel et historique
". Déjà en 1987 il écrivait : "Toute union
politique ou économique n'aura pas automatiquement une valeur d'avenir.
Une simple centralisation de compétences économiques ou
législatives peut conduire à une décadence accélérée
si elle aboutit par exemple à une simple technocratie dont l'unique
règle serait l'accroissement de la consommation". E. Le Roy
Ladurie émet l'idée que le choix que Ratzinger fit du nom
de Benoît ne référait pas tant à Benoît
XV oeuvrant contre le suicide européen de 14-18, ni à Saint-Benoît
de Nursie, lointain parrain de l'Europe, mais à Benoît XIV,
pape de 1740 à 1758, qui tenta de concilier la tradition romaine
et le siècle des Lumières, entreprit de ramener l'Eglise
grecque dans l'Eglise universelle, développa l'enseignement des
sciences à Rome, protégea les arts, l'industrie, les lettres,
entretint de longues relations avec Frédéric de Prusse,
s'interrogeant même sur la fécondité de la maçonnerie.
Apercevons-nous ici la réunion de tous ceux qui croient face à
la cohorte des Modernes qui sombre sous nos yeux dans le relativisme baba-coule
et le scepticisme plus ou moins " festif " ? Bien qu'athée,
l'intellectuel italien Marcello Pena formule cette perspective : "
Nous descendons de trois collines, le Sinaï, le Golgotha et l'Acropole
et nous avons habité trois capitales : Jérusalem, Athènes
et Rome. Dans ces lieux, se sont formées notre tradition et celles
de nos institutions politiques d'où proviennent nos régimes
libéraux et démocratiques ; cette identité judéo-chrétienne
développa une série de valeurs fondamentales, la dignité
de la personne, l'égalité de tous les citoyens, l'égalité
hommes-femmes, et le respect. Nous pratiquons ces principes, mais nous
oublions la lymphe qui les a alimentés : la tradition judéo-chrétienne".(1)
Portée de la question
turque
Les réactions des islamistes ont opportunément confirmé
les propos du Pape - ce qu'il prévoyait sans doute en secret. Mais
l'essentiel pour nous (et c'est là que Frattini et ses amis europiomanes
ont tort) est dans l'annonce finalement optimiste de ce que pourrait être
le réveil de l'Europe du XXIè siècle si, retrouvant
toutes ses racines, elle tournait enfin le dos aux modèles supra-nationaux
du tout-marché américano-bruxellois et du tout-sacré
islamique ; de ce point de vue, les divers mouvements que la presse et
le parti euro-mondialiste UMPS nomment en choeur "populistes"
ou "nationalistes" observés ces derniers temps en Europe,
en particulier centrale (mais aussi aux Pays-Bas, en Belgique ou en France),
signalent une volonté désespérée, ou inespérée,
de réappropriation de soi-même déjà traduit
par le refus de la fusion des nations, de la Californie à l'Anatolie,
et ce grand non à la Constitution Giscard sans lequel la nouvelle
Europe ne pouvait émerger, réappropriation que nous appelons,
nous autres, souverainisme. Significatifs sont ainsi les évènements
de Hongrie, de Pologne, et d'une Bulgarie confrontée à l'agitation
de sa forte minorité turque (15% de la population) et à
l'épineuse question de la Turquie. Les gauches étant disqualifiées
par leur générale détestation des " racines
", ce populisme est en train de redonner vie aux droites européennes,
dernier gage d'un renouveau de l'Europe sur de toutes autres bases que
celle d'UE
On voit ici l'importance du rappel par Benoît XVI du propos de
Manuel II paléologue, cet Empereur byzantin du XIVe siècle
reprochant à l'Islam de "ne pas agir avec le logos",
dans un discours qui visait d'abord la "deshellinisation" du
christianisme par le protestantisme, le kantisme et le modernisme : les
deux bras de l'étau sont mécaniquement liés. Ainsi,
la candidature turque (soutenue par Washington) résume un choix
cardinal : de ce qu'elle intègre la Turquie ou la refuse, de ce
qu'elle s'affirme ou non indépendante des Etats-Unis et du modèle
consumériste, on pourra déduire que l'Europe accepte ou
refuse d'être elle-même, fidèle à ses traditions
bibliques, grecques, romaines, byzantines, sans oublier les racines pré-chrétiennes
ou celles de l'humanisme rationaliste, qui, elles aussi, portent une foi
- toutes entrant dans la famille du logos
Un homme a su dénoncer à la fois l'Europe devenue la "
Cinquante et unième étoile du drapeau américain "
(titre de son ouvrage de 2001) la Constitution qui l'y réduit,
et, simultanément, l'adhésion d'une Turquie en voie de réislamisation
et de surcroît négationniste, Philippe de Villiers. Certes,
la bien dite Indépendance a jugé maladroit (quant
à la formulation et à la tactique) le thème de l'islamisation
de la France : mais qui d'autre a su donner une traduction politique
au refus de ce que Péroncel Hugoz nomme l'Islamérique,
cette tenaille qui n'est pas simplement géopolitique mais enserre
aussi nos coeurs d'Européens, qui n'ont rien de mieux à
leur opposer qu'eux mêmes : la langue, la raison, la politique,
le logos en somme. Le fait qu'on brûle des églises, qu'on
persécute des Chrétiens comme des philosophes athées
(tel le professeur Redeker, affaire sur laquelle nous reviendrons dans
nos Cahiers de décembre) montre bien où gît
décidément le môle de toutes les résistances,
où l'Europe naîtra enfin à elle-même.
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( 1) On trouvera la référence de ces citations dans un article
de Xavier Walter
sur "Benoît XVI et l'Europe" dans les Cahiers de l'Indépendance
n° 2 - parution décembre
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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m
Dernières nouvelles des Cabris
- Strasbourg : le siège éjectable
- Les groupes de pression à Bruxelles
Armelle Chapalain
-
Le Liban, l'Europe et nous
Jean-Paul Bled
-
Sur la situation au Proche-Orient
Paul-Marie Coûteaux
p.
2, 3
m
Tout bouge en Europe centrale
- Bulgarie, Roumanie
Romain Rochas
- Slovaquie, République
tchèque
Pierre Lévy
- Kosovo
Dusan T. Batakovic
p.
4, 5, 8
m
Marchands sans temple
- Bruxelles V/s banane
guadeloupéenne
Juliette Nubret
- L'Europe est malade
de l'U.E.
Entretien avec A. Bournazel et J.-C. Lévêque
- L'échec de l'Europe
économique
Entretien avec Patrick Louis
p.
9, 10, 11
m
L'Europe aux anciens parapets
- Revue des revues :
La Nef
Entretien avec Christophe Geffroy
- A la recherche d'une
laïcité européenne
Michel Pinton
p.
14,15
m
Chroniques
- Daniel Hamiche
- Guillaume Peltier
- Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
p.
7, 8, 9, 12
- Bonnes feuilles
p.
13
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N°34
- Réalités et Vérité
Pourquoi le coup du 18 juin 1940 a-t-il touché tant de coeurs
et remué tant d'âmes ? Pour une raison simple, plus facile
à comprendre aujourd'hui que jamais : parce que au milieu de l'encombrement
des réalités qui disaient le désastre, la déroute
militaire et la désunion des Français, une voix avait su
opposer à la réalité noire une parole qui la transcendait
dans son entier, que la France n'était pas morte, qu'elle demeurait
et demeurerait une grande puissance, et cette incantation formidable a
finit par resplendir de tout l'éclat de la vérité,
qui elle aussi était simple, et qui n'était que l'éternité
de la patrie - et cette vérité-là, il lui fallut
quelques années, la Libération d'abord et la magnifique
restauration que fut la Vème République, pour la démontrer
une fois encore à la face du monde. Que la réalité
du jour, que la réalité de la France ne soit jamais la vérité
de la France, voilà qui est aujourd'hui encore le fait majeur des
heures que nous vivons et que doivent inlassablement méditer tous
ceux qui seraient tentés de désespérer.
Rien n'illustre mieux ce mirobolant décalage que l'attitude des
officiels censés représenter le peuple sur le sujet de la
Constitution européenne. Ahurissant décalage en vérité
que pointent régulièrement les observateurs de la vie européenne
et notamment les députés de notre groupe "Indépendance
& Démocratie" : " Quoi, nous disent-ils ? On ne comprend
plus rien à la France ! C'est un de ses anciens présidents
de la République qui a donné son nom au projet de Constitution,
et voilà que c'est aussi le peuple français qui l'a abattu
d'un coup le 29 mai 2005. Et maintenant que voit on ? C'est encore le
Gouvernement français qui, parmi les 25, se montre le plus empressé
à parler de relance de la Constitution, au point de nous farcir
les oreilles avec de nouveaux projets constitutionnels ! Qui croire, le
peuple ou les représentants du peuple ? "
On ne peut comprendre cette incroyable contradiction autrement qu'en
opposant justement l'éternelle vérité de la France,
qui a dit Non, à la triste réalité de son Gouvernement
et de toutes ses oligarchies politiques et médiatiques qui, complètement
infidèles à leur peuple, persistent à coasser partout
d'innombrables Oui. Et, comble du comble, c'est à l'UMP, parti
pourtant au " pouvoir " que le résultat du référendum
est le plus effrontément nié, la palme revenant à
son président, M. Sarkozy qui passe par Bruxelles pour dire l'urgence
d'une Constitution supranationale - avant de s'envoler dans le ciel clair
pour Washington, où l'attend l'onction de M. Bush en personne.
Décalages en série
Revenons à cette lancinante question : quant à la position
de la France sur la Constitution européenne, qui faut-il croire
? En principe le peuple français ; intervenu après un débat
de bonne tenue, qui montre qu'il y a encore place pour la démocratie
dès lors qu'on prend le demos au sérieux, son Non clair
et net a d'autant mieux mis un terme au projet constitutionnel européen
qu'il ne cesse depuis un an de trouver un écho partout en Europe.
Il a été suivi en Hollande, entériné en Grande-Bretagne,
invoqué par le nouveau gouvernement polonais tandis qu'il signifiait
son refus d'aussi nette façon ; et c'est encore derrière
lui que s'abritent plusieurs pays pour différer toute ratification,
cas de la Suède mais aussi de la République tchèque
- sans compter que plussieurs pays d'Europe centrale qui l'ont approuvé
sont en butte à une impopularité qui peut tourner au vinaigre
comme on le voit ces jours-ci en Hongrie (voir sur le sujet notre dossier
"Tout bouge en Europe centrale" pages 4 et 5). Las, pour les
représentants du peuple français, c'est oui ! Par la voix
de Mme Colonna, la France officielle répète sur tous les
tons, comme elle l'a fait encore le 29 août dernier, qu'il faut
abandonner l'unanimité, trouver des mécanismes plus contraignants
pour imposer à tous les Etats une politique étrangère
unique, etc... Certes Mme Colonna ne dit pas comment elle s'y prendrait
pour empêcher Tony Blair d'approuver les bombardements israéliens
au Liban, comme il l'a fait dès juillet, sans s'embarrasser autrement
d'une quelconque " politique commune " d'ailleurs impossible
à définir - les ministres ne se sont réunis qu'en
août et ce fut pour constater leurs " divergences de vue ".
De même, elle ne dit pas par quel miracle toute l'Europe se rallierait
à la nouvelle position exprimée par M. Chirac sur le dossier
nucléaire iranien, ceci sans consulter aucun de nos partenaires,
lesquels font semblant de ne pas comprendre l'évidence, que l'on
ne peut indéfiniment interdire ce que l'on n'a pas les moyens d'empêcher
La politique commune est une fois encore au tapis - la diversité
étant l'immarcescible vérité de l'Europe. Qu'importe
! Le Gouvernement français s'entête dans l'idée de
créer un super-Etat fédéral à n'importe quel
prix, par exemple jusqu'à laisser couler en silence le siège
du Parlement européen à Strasbourg, secrètement satisfait
à l'idée que le super-Etat, outre sa super-monnaie unique,
son super-marché unique et sa super langue-unique ait aussi une
super-capitale unique, Bruxelles.
Si lourd de drames
Entre la France et sa représentation, le pays réel et le
pays légal, divorce complet : de nouveau, nous voici au point de
solstice où le pauvre visage qu'affiche la France n'a plus rien
à voir avec la vérité profonde. Il est à peine
besoin de dire que ce hiatus est lourd de drames. L'an prochain, la triple
échéance électorale (n'oublions pas les législatives
de juin et les municipales probablement fixées en octobre) pourrait
être l'occasion de réconcilier le peuple français
avec sa représentation. Cela supposerait que nous changions en
quelques mois la petite classe des oligarchies qui se dispute non point
certes le pouvoir mais ses dernières apparences (encore un fameux
décalage entre la vérité et la réalité
).
A l'évidence cela n'est possible que si nous savons réaliser
l'union des patriotes. Or, cette union, la chose est plus évidente
de jour en jour, ne se fera certes pas au sommet. Il faut donc la réaliser
à la base, comme on dit, en commençant par ce qui est au
pouvoir de chacun de nous : en nous-même, en nos coeurs et en nos
âmes. Pour le reste, laissons parler l'histoire, qui a si souvent
montré que, tôt ou tard révélée, l'union
des patriotes était perpétuellement inscrite dans la vérité
de la France.
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SOMMAIRE
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EDITORIAL
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m
Dernières nouvelles des Cabris
- Dialogue transatlantique ou empire ?
Monsieur B.
-
L'autisme
Jean-Paul Bled
-
Le Mai de la Pologne
P. P.
-
Solana au Congo
E.B.
-
Mandelson, cabri en chef à l'OMC
Armelle Chapalain
-
Petit requiem entre amis
Pierre lévy
p.
2, 3, 4, 5
m
Une certaine idée
- "A vous, jeunes gens..."
Jacques Dauer
- Sur la Tunisie
P.-M. Coûteaux
p.
6
m
Marchands sans temple
- D'abord, sortir de l'euro
Jean-Jacques Rosa
- Les grands criminels
économiques
Jean-Claude Martinez
p.
10, 11
m
Chroniques
- Jean-Marc Joubert
- Guillaume Peltier
- Jean-Pierre Péroncel-Hugoz
- Philippe de Saint Robert
- Gabriel Matzneff
p.
7, 8, 9, 13, 15
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N°33
- A quoi sert la princesse de Clèves ?
Le 14 juin dernier, le Parlement européen examinait un rapport
sur les prochaines étapes de la réflexion constitutionnelle.
Son auteur, le social-démocrate allemand Jo Leinen, entend relancer
le processus constitutionnel et remettre sur le tapis un texte aussi proche
que possible du projet initial. Au nom de notre groupe ID, Patrick Louis
(MPF) déposa aussitôt un amendement rappelant qu'il ne se
pouvait imposer de traité ou de Constitution à un peuple
qui n'en voulait pas. Mise aux voix, cette évidence fut loin de
recueillir la majorité ; certes beaucoup de Français votèrent
l'amendement (Front national, communistes, la plupart des Verts
)
; mais, ô surprise, les élus UMP votèrent contre (1).
On a bien lu : ces prétendus "gaullistes" estiment ainsi
que même si un peuple a repoussé un texte constitutionnel,
il peut lui être imposé pour ainsi dire de l'étranger
! Hormis une défaite et une occupation militaires, a-t-on jamais
vu pareil cas de figure ? Ou bien avait-on mal compris le gaullisme ?
Les députés UMP avaient-ils seulement lu l'amendement ?
Ils n'ont fait que suivre le Président de la République
qui, rencontrant la Chancelière d'Allemagne le 6 juin, à
Rheinsberg, près de Berlin, a pour ainsi dire donné son
feu vert à la relance du processus constitutionnel " sous
présidence allemande " l'an prochain : "Je fais confiance
à la présidence allemande pour lancer le train dans la bonne
direction" a déclaré sans détour M. Chirac.
Or tout le monde sait que Mme Merkel veut sauver le projet Giscard qui
lui va si bien, quand bien même a-t-il été refusé
explicitement par deux peuples et mis en sommeil par trois gouvernements
(Grande-Bretagne, Pologne, République tchèque) auxquels
vient s'ajouter l'Irlande (cf. p. 5). "Nous sommes d'accord pour
dire que le traité constitutionnel reviendra à l'ordre du
jour pendant la présidence allemande" a de son côté
déclaré la Chancelière. Elle montra semblable détermination
quelques jours plus tard, le 15, lors du sommet européen de Bruxelles
recevant l'appui de Romano Prodi. Il semble bien que, face à ce
nouvel axe Rome-Berlin, les dirigeants français n'aient pas l'air
de pencher pour la fermeté, c'est-à-dire le simple respect
du résultat du référendum. Ne serait-ce pas prendre
le risque d'une crise ? Seul l'envisage... Jacques Delors qui, dans un
communiqué bienvenu, vient d'accuser ses anciens pairs d'entraîner
l'U.E. "dans la plus grave crise de son histoire en refusant de parler
des
problèmes qui la divisent".
Néo-gaullisme
Ainsi se précise la menace d'un nouveau référendum
que nous annonçions déjà dans ces colonnes en mai
dernier, référendum d'autant plus dangereux que d'une part
il pourrait être organisé à l'échelle européenne
afin de noyer les oppositions des peuples récalcitrants et dans
l'espoir que, en France, le texte reçoive l'appui cette fois d'une
grande majorité de la gauche, moyennant un préambule rappelant
les principes du droit social européen, concédé par
l'Allemagne, ainsi que du nouveau Président Sarkozy - un Sarkozy
dont tout le monde attend à Bruxelles une élection triomphale
en mai prochain... Quel beau trio feraient Sarkozy, Merkel et Prodi s'ils
se mettaient d'accord en juin 2007 pour faire passer d'une manière
ou d'une autre la Constitution en force !
Ce serait une parfaite illustration du néo-gaullisme de M. Sarkozy,
lequel déploie aujourd'hui tous ses feux. Constatant que le créneau
"discours sur la France" était porteur, celui-ci a mitonné
quelques sorties patriotiques chantant la vieille terre de France, la
France profonde etc... Discours si bien tourné qu'il a même
séduit quelques intellectuels et même hélas de nos
amis... Sait-on que, non seulement ces belles paroles n'ont été
écrites ni par M. Sarkozy ni même par son cabinet ("La
France ? j'sais pas quoi dire") et qu'il a fallu pour remplir la
page "France" du catalogue aller chercher... un journaliste
?
M. Sarkozy serait plus en verve s'il s'agissait de parler des Etats-Unis
sur lesquels il ne tarit pas d'éloge et où il effectuera
dans quelques jours un nouveau voyage. L'Europe Nouvelle de Mme Merkel
le comble sans doute, qui vient de relancer le projet d'une assemblée
transatlantique à l'existence jusqu'à présent fantomatique
et, plus inquiétant, le projet de zone de libre-échange
entre les E.U.-U.E., projet soutenu avec acharnement par le commissaire
anglais Mandelson (justement chargé du commerce international)
et dont hélas le Parlement vient d'approuver le principe à
l'instigation de la députée allemande Erika Mann (cf. p.2)
- selon son projet, on commencera par adopter des normes comptables américaines...
Il va sans dire que ce nouveau partenariat transatlantique, sorte de suicide
silencieux de l'U.E., est approuvé sur tous les bancs UMPS où
l'on caresse la perspective de créer un grand bloc transatlantique
représentant 57 % du PIB mondial. Le rapport Mann va même
jusqu'à juger que cette intégration E.U.-U.E. permettrait
"aux acteurs économiques d'intervenir à des coûts
moindres". No comment...
C'est donc pour toutes les capitales que M. Sarkozy est l'homme de la
situation. Il lui reste à être élu aussi par les Français,
moyennant quelques discours sur la France éternelle. Mais qu'il
se méfie : son naturel revient souvent au gallo, par exemple lorsque
le 23 février dernier, lors d'un grand mitinge de l'UMP tenu à
Lyon, il s'amusa à faire rire la salle en lisant un passage de
la Princesse de Clèves comme pour ridiculiser la belle langue classique
de Mme de Lafayette. " Voilà ce que donne l'Education nationale
pour épreuve d'examen ! " a-t-il ajouté " "
Mais à quoi sert-il de savoir qui est la Princesse de Clèves
? Etonnez-vous que notre pays aille si mal si c'est cela que l'on enseigne
à nos enfants !" M. Sarkozy jugerait-il plus utile des cours
d'anglo-américain, la langue de son Europe ?
Question subsidiaire : peut-on savoir ce que font des gaullistes dans
le parti de ce monsieur ?
--------------
(1) Mmes Bachelot, de Veyrac, Grossetête, Sudre, Vl |