La Une, mai 2003
Le printemps du souverainisme
9 avril 2003
Me voila bien seul, aujourd'hui à Strasbourg en séance plénière, pour plaider contre l'élargissement. Notre opposition a plusieurs fondements. D'abord, pour nous souverainistes, l'actuelle construction de l'Europe est si contraire aux intérêts, aux principes et aux civilisations des nations et des peuples d'Europe, elle est si manifestement incapable de parler d'une voix dans le monde, comme le montre l'affaire irakienne, elle est si mal organisée, encombrée de bureaucratie et, plus grave encore, de féodalités - féodalités économiques, financières, de toutes sortes - que nous en sommes venus à souhaiter que notre pays, la France, s'en libère. Et l'on voit mal pourquoi on imposerait à d'autres cette machine infernale que nous rejetons pour nous-mêmes.
Mais il existe d'autres raisons : les peuples d'Europe ne sont pas prêts, ils sont victimes de leurs oligarchies, qui, elles-mêmes, ne font que suivre un conformisme international qui mènera, une fois encore, à des catastrophes, puisque nous nions les réalités. Enfin les pays de l'Europe de l'Est, et surtout leurs oligarchies, si dociles jadis envers Moscou, n'aspirent qu'à passer d'un empire à un autre et, au fond, à se soumettre à l'empire américain, ce qui est exactement le contraire de ce qui pourrait être la seule raison d'être de l'Union européenne. Mais cette raisonlà s'évapore de plus en plus à mesure que nous élargissons !
18 avril 2003
Retour de Toulouse, où j'ai tenu hier une très sympathique réunion publique en vue de la Convention souverainiste du 26 avril. Très agréable assistance : il y avait là plusieurs adjoints au maire UMP ainsi que des chevènementistes, des militants MPF de Philippe de Villiers, des militants de CPNT (les "Chasseurs"), en un mot, une assistance composite comme il faut en réunir le plus souvent possible.
Retour en voiture pour une de ces traversées de la France dont on ne se lasse pas, surtout quand l'illumine un grand soleil : Montauban, Caussade, Cahors, Limoges, puis la Creuse, où je fais halte pour déjeuner dans la maison de campagne de Philippe de Saint Robert, aussi chaleureuse que l'est toujours le maître des lieux. Accord parfait entre l'homme et le lieu : c'est ce qu'il fallait pour le recueillement du Vendredi Saint. Le soir, retour à travers la Brenne, puis traversée des vallées de la Creuse et de la Gartempe (merveilleux village d'Angles sur l'Anglain, dont les fenêtres des maisons en étage miroitaient au soleil couchant). Puis Chatellerault, enfin le Haut-Poitou où j'arrive à la nuit tombée. Après ces jours de beau temps, le jardin est traversé de parfums. Il reste à attendre la résurrection de Pâques, déjà anticipée par celle des arbres et des fleurs. Devant la maison, une énorme acanthe, que je croyais perdue l'hiver dernier, comme par miracle est en train de renaître...
19 avril 2003
Samedi prochain aura lieu la Convention Souverainiste, première manifestation publique organisée par l'Indépendance. A défaut de créer un mouvement unitaire, du moins peut-on espérer que les organes d'expression, fort nombreux, de la nébuleuse souverainiste au sens le plus large, afficheront un esprit de concorde suffisant pour que les uns et les autres se reconnaissent, échangent des informations, et, pourquoi pas ? publient des numéros communs.
Les très graves échéances européennes qui se profilent
à l'horizon de l'année 2004 devraient nous y inciter : à
partir du 1er janvier 2004, la politique d'immigration, c'est à dire
le contrôle des frontières extérieures, sera entièrement
communautarisée ; dans la foulée, nous aurons sans doute un référendum
sur le projet "Giscard" de constitution européenne ; puis viendra,
le 1er mai, l'élargissement à 10 nouveaux pays membres ; en juin,
élections européennes. Les Autorités ont attendu qu'elles
passent pour pouvoir, dans les mois suivants, ouvrir les négociations
d'adhésion de la Turquie, ainsi que la renégociation de la politique
agricole commune. On peut dire que, pour la souveraineté de la France,
la partie sera donc, d'ici 18 mois, soit gagnée soit perdue - sinon définitivement,
du moins pour très longtemps.
Or, nous ne sommes pas prêts, inutile de le cacher. Nous sommes même
très loin d'être en ordre de bataille. Les personnalités,
groupements, associations souverainistes sont aujourd'hui plus dispersés
qu'ils ne l'ont jamais été. Nous avons recensé celles des
associations qui ont un bulletin : nous en avons compté pas moins de
41 ! Bien entendu, cette dispersion nous prive de tout organe d'expression capable
de sortir la nébuleuse souverainiste de sa relative clandestinité,
d'éclairer les Français sur la disparition de la souveraineté
nationale et populaire et sur ses conséquences, d'aider les militants
à mener les combats nécessaires.
21 avril 2003
Lundi de Pâques dans le jardin. Partout, des fleurs et des oiseaux, extraordinairement nombreux. Dans ce village, beaucoup nichent dans le clocher de l'église voisine autour de laquelle ils vont et viennent, passant au dessus de nos têtes. J'ai préparé avec eux le discours d'ouverture de la Convention du 26. J'aimerais faire comprendre à mes amis souverainistes que leur combat dépasse de beaucoup la simple affaire européenne - simple et compliquée à la fois, et certes fort importante. Mais le souverainisme correspond à une situation entièrement neuve, où le pouvoir légitime a presque entièrement disparu, emporté par une multitude de nouveaux pouvoirs. Ceux de l'Europe certes et ses différents organes : Conseil, Parlement, Commission, Cour de justice ; mais aussi par la mondialisation et ses organes de plus en plus souverains, tels l'OMC ou l'Otan, et par une décentralisation anarchique, multipliant féodalités financières ou syndicales. Si l'Union Européenne disparaissait, le pouvoir légitime ne reconquerrait pas ipso facto sa souveraineté. Elle tient à la dilution du pouvoir en lui-même, de l'autorité en elle-même, de la légitimité en elle-même dans les sociétés modernes.
Le souverainisme est d'abord une lucidité : le constat que le pouvoir est nu ; ensuite il est une volonté, celle de restaurer le pouvoir légitime sous ses deux espèces de la souveraineté nationale et populaire. C'est un combat qui doit engager toutes les forces politiques, et le Politique en tant que tel. Quand la barque est échouée sur le sable, quand l'Etat, la Nation, la Civilisation même, ont perdu toute capacité d'initiative, il ne sert à rien de savoir qui tient la barre, à droite ou à gauche. Or, les hommes politiques sont évidemment peu portés à admettre qu'ils ne sont plus aujourd'hui, que des masques dans un jeu d'ombres.
30 avril 2003
De la convention souverainiste du 26 avril, fort agréable par certains aspects, mais contrariante par d'autres, je retiens plusieurs leçons. La première est qu'il faudra sans doute nous passer des hommes politiques de l'actuelle génération. Ceux que j'avais invités ne sont pas venus, ce qui ne m'a guère étonné, car la condition qu'ils y mettaient, chacun voulant prononcer seul le discours de clôture, me paraissait inadmissible. Par ailleurs, beaucoup de gens ont manqué à l'appel. Nous attendions environ 350 personnes, il y en eut, selon le cahier d'émargements, 226. Ce n'est pas si mal compte tenu des amis qui ont multiplié les chausses-trappes : les jours précédents, il se disait sur le "net" que c'est finalement Jean-Marie Le Pen qui concluerait les travaux ; d'autres malicieux annonçaient de fausses adresses ; deux associations eurent même l'idée de convoquer ce jour-là une manifestation publique pour faire diversion. Si l'on ajoute les pressions qu'une officine politique en perdition a multiplié sur plusieurs personnalités locales, afin de les dissuader de se joindre à nous, il est finalement remarquable que tant de gens se soient réunis par un beau samedi de printemps et qu'elles aient montré tant de plaisir à être ensemble.
La création d'une coordination souverainiste réunissant douze associations à intervalle régulier pour définir et mettre en oeuvre un programme d'action commun est fort prometteuse. Si l'on ajoute que l'Indépendance a gagné ce jour-là une centaine de nouveaux abonnés et que l'ancienne Entente Souverainiste, devenue R.I.F. (Rassemblement pour l'Indépendance et la souveraineté de la France) a fait de nombreuses adhésions et qu'elle atteint un seuil suffisant pour s'implanter dans chacune des régions françaises, on peut dire que la journée fut bien remplie. Le temps est un grand sculpteur. Il fait le départ entre ce qui perdure en traçant son sillon et ce qui s'évanouit. Peut-être notre marche paraît-elle solitaire, notamment aux malveillants qui, après m'avoir accusé naguère, parce que je publiais quelques articles dans la revue du RPR de l'époque, de me rallier au président de la République puis de fleurter avec le Front national, désormais, parce qu'ils constatent que ni l'un ni l'autre n'est vrai, me jugent "isolé". Mais comme il y en a, en France, des solitaires!
9 mai 2003
Les Américains sont depuis trois semaines à Bagdad et, comme
prévu, bien incapables d'y faire régner quelque ordre que ce soit.
Le pire est que très certainement ils ne le veulent même pas. Ainsi,
les opposants à la guerre avaient-il raison : la déstabilisation,
l'agression et l'invasion dont l'Union Anglo-Saxonne, la seule union qui en
ce moment tienne debout, s'est rendue coupable contre l'Irak, n'avait pas davantage
pour but de poursuivre le régime socialiste du Baas que de détruire
de fantomatiques armes de destruction massives : tout simplement elle avait
pour but de détruire massivement l'Irak pour satisfaire aux meccanos
idéologico-industriels de la bande d'illuminés à portefeuille
qui règne à Washington et joue avec les peuples comme on joue
avec des osselets.
Paul Marie Coûteaux