La Une, juin 2003

25 mai 2003

D'un court séjour de 48 heures en Pologne je retiens plusieurs points à vrai dire peu encourageants : d'abord le raisonnement que font quelquefois les partisans de l'Europe et qui est leur argument le plus sérieux, la création d'un pôle de puissance faisant équilibre à l'empire américain, n'a, à Varsovie, aucune prise.
Nous le vérifions, Hens-Peter Bonde et moi, à l'occasion d'une conférence prononcée devant une pléiade d'étudiants de troisième cycle de l'Université de Varsovie - conférence prononcée en anglais, hélas, car nous n'avons trouvé nul traducteur...
Pour les Polonais en général, entrer dans l'Europe, c'est entrer dans l'univers occidental et la stratégie française de contrepoids, ne fait qu'introduire un élément de division selon le réflexe que j'ai rencontré plusieurs fois en Allemagne.
La principale force d'opposition est le parti dit des familles, c'est à dire le parti catholique. Mais le jour où nous arrivons, ses dirigeants réunis pour nous recevoir, avec bien des égards d'ailleurs, sont fort décontenancés par la prise de position publiée le matin même par le Vatican en faveur du "oui" pour le referendum. Ils envisagent de suspendre leur campagne pour le "non" laissant seul sur cette ligne de refus un parti de gauche dont les responsables que nous rencontrons peu après semblent avoir perdu tout espoir de l'emporter.
Dans les deux cas, il m'a semblé que l'opposition à l'Europe se fondait d'abord sur une opposition à l'Allemagne.
Le jeune président du parti catholique nous remet un texte qui est le programme de Bethmann Holveg proposant au Kaiser au début de la guerre de 1914-1918 de recréer par la guerre le vaste empire incluant d'un côté la Pologne, de l'autre la France, ainsi que les pays du Bénélux et prévoyant un parlement unique, une monnaie unique...Point fort intéressant !


3 juin 2003

Débat au Parlement européen sur les accords Union Européenne/Etats-Unis en matière de coopération judiciaire pénale et extradition. Comment conclure des accords juridiques - et ne serait-ce que discuter du droit - avec un État, les États­Unis, qui ignore et bafoue le droit, la notion même de droit? Comment peut-on envisager d'extrader nos nationaux vers un pays, un État, qui n'obéit pas, ou de moins en moins, aux mêmes normes juridiques que les nôtres? C'est la question que pose ce rapport. Car enfin, nous sommes en train de traiter avec un État qui applique la peine de mort, et vers lequel nous envisageons d'extrader des nationaux; un État qui ne respecte pas les droits fondamentaux, notamment dans le cadre des lois antiterroristes; un État qui augmente sans cesse les cas de saisine de ses tribunaux militaires, de sorte qu'on en viendrait peut-être à voir des ressortissants de nos nations jugés par un tribunal militaire américain; un État dont la réglementation relative au transfert de données personnelles viole de façon flagrante nos lois, de sorte que, finalement, nous pouvons nous demander pourquoi nous votons des lois sur ce sujet, comme sur bien d'autres d'ailleurs, si c'est pour nous en remettre à un État qui les viole délibérément.
Un État, enfin et surtout, qui se comporte comme au temps jadis les tribus, kidnappant des ressortissants de nos nations, les emprisonnant sans même se donner la peine de les inculper - je pense bien entendu à Guantanamo, mais je crois qu'il y a d'autres exemples - et se livrant même, certainement, à quelques actes de torture, à l'écart de toute curiosité de journalistes, hélas!
En réalité, nous avons affaire à un État qui ne respecte pas le droit et nous n'avons, à mon avis, aucun lien juridique, de nature judiciaire et pénale en tout cas, à entretenir avec lui. Je doute cependant que l'Union européenne soit capable d'adopter une attitude ferme, elle qui s'est mise, elle-même, dans ce piège, elle qui observe, vis-à-vis des États­Unis, une sorte de passivité qui, un jour ou l'autre, finira par nous entraîner dans des situations accablantes. Nous en voyons poindre d'ailleurs quelques exemples.


9 juin 2003

Voici dix ans, on ne parlait des pays de l'Est et du centre de l'Europe que pour dire leur impatience d'être enfin membre de ce qui s'appelait alors la Communauté européenne. Or depuis que les référendums sont organisés sur le sujet, les résultats montrent une lente désaffection pour ce qui est devenu l'Union européenne. En Hongrie, on atteignit à peine 50% de participation, au point qu'il est envisagé d'organiser une nouvelle consultation, comme on l'a fait ce printemps dernier à Malte, où le premier référendum donna de si piètres résultats qu'il fallut en organiser un second.

Aujourd'hui, on apprend qu'en Pologne 58% seulement des électeurs inscrits se sont déplacés, et si 77% d'entre eux ont dit oui à l'Europe, on peut dire que l'on est loin, avec un taux de 43% des inscrits de l'adhésion enthousiaste manifestée de mille manières il y a encore quelques années.

Or, les radios annoncent à qui mieux mieux un raz-de-marée pour l'entrée dans l'Europe, comme si la Pologne était jamais sortie de l'Europe (l'Union européenne étant tout autre choses, et par certains aspects le contraire de l'Europe...). Le pompon est ce titre de France Info : "plus des 3/4 des Polonais disent oui à l'Europe", qui réussit ce tour de force d'être mensonger, de quelque façon qu'on le comprenne. D'année en année, de mois en mois, on constate que le mensonge médiatique ne cesse de croître mais plus cette marée monte, et plus on se sent impuissant.

10 juin 2003

Mêmes informations ahurissantes sur la question de l'entrée de la Grande-Bretagne dans la zone euro ! Alors que le Ministre britannique de l'économie a annoncé que, contrairement à ce que l'on répète depuis des années, Londres n'était pas disposé à renoncer à la livre, la même radio, France Info, ne s'embarrasse pas pour décréter que le dit ministre fait son affaire de la préparation de la Grande-Bretagne à cette grande échéance, un journaliste ajoutant même que ce sera peut-être pour l'an prochain "où un référendum sera organisé". Or, tous les sondages indiquent qu'une très grande majorité de Britanniques voteront pour le non, en sorte que l'annonce du référendum, promise il y a six ans, en échange du retrait du projet de Jimmy Goldschmidt de lancer un "référendum-party", promesse sans cesse différée équivaut plutôt à un renoncement définitif des partisans de l'euro. Ceux-ci sont bien obligés de constater que la Grande Bretagne doit au maintien de la livre sa très forte position concurrentielle par rapport à "l'Euroland" et par conséquent la croissance inexorable des fidèles de la livre sterling.
Voilà des années que l'on nous rebat les oreilles de la même antienne : la Grande Bretagne entrera fatalement dans la zone euro. Tout démontre le contraire - jusqu'à cette simple constatation que les pays d'Europe qui ne sont pas dans l'Euroland : Danemark, Suède, Grande Bretagne, sans oublier la Norvège et la Suisse, sont précisément ceux dont la santé économique est la moins préoccupante. Qu'importe : comme d'habitude, les propagandistes de l'Europe ne veulent rien savoir. Le plus surprenant est que sur les ondes on n'entende plus que leurs cris de victoire, aussi régulièrement démentis soient-ils dans les faits. Le service public ne semble plus être de ce point de vue qu'une officine de propagande. En janvier dernier, j'avais écrit au Président du CSA, Monsieur Baudis, pour m'alarmer de ce déséquilibre. Je m'étonne de moins en moins qu'il ne m'ait pas répondu.


12 juin 2003

Rien ne me soucie plus, en ce moment, que l'extinction on quasiment définitive en France de ce qui restait de liberté d'information. De plus en plus, je crois que sur ce sujet capital entre tous, nous devons nous en remettre à nos propres forces, je veux dire les rares instruments d'information que l'on peut dire libres. Je pense bien entendu à cette radio magnifique, Radio Courtoisie, que dirige l'infatigable Jean Ferré, et dont les émissions phares, intitulées à juste titre Libre Journal, touchent désormais en France, notamment, grâce à l'extension par satellite, plusieurs centaines de milliers de personnes. Je pense aussi naturellement à La Une, dans les colonnes desquelles j'en témoigne, la liberté de pensée est scrupuleusement respectée, conformément à la liberté d'esprit que manifeste en toute occasion son directeur, Robert Lafont. Je n'aurais garde d'oublier bien entendu L'Indépendance mensuel que j'ai lancé en novembre dernier comme on lance un "samizdat" dont le but était de donner aux Français qui s'y intéressent quelques informations sur l'actualité de l'Union européenne, telles qu'on les trouve ici ou là à Bruxelles, au Parlement et à la Commission, ou bien auprès des partis eurosceptiques d'Europe, et que jamais la presse française ne relaie. Il faut croire qu'il y avait là un manque, un réel besoin d'information, puisque, après son 7ème numéro, L'Indépendance atteint cette semaine son 3500ème abonné.

Il faut dire que cette performance, est réalisée grâce à la solidarité réelle qui unit les organes d'information libre - en l'occurrence une émission qu'Hugues Sérapion a organisée voici quinze jours sur L'Indépendance a eu pour résultat que plus d'une centaine d'abonnements sont depuis lors arrivés au 288 Boulevard Saint-Germain (75007 Paris). Et cette solidarité magnifique entre quelques esprits libres est pour moi le principal coin de ciel bleu dans un ciel bien sombre. Et si nous créions tout simplement en alliant nos forces le grand organe d'information libre dont les Français ont besoin ?


13 juin 2003

Magnifique sortie de Raffarin sur ceux qui choisissent le parti plutôt que la Patrie, qui vise ce qui reste du Parti socialiste en son coeur mais on peut étendre le raisonnement à ceux qui choississent le syndicat et à travers le syndicat des avantages acquis dont la perpétuation ne peut qu'ensabler un peu plus l'Etat et les budgets publics déjà alourdis de mille graisses. Et comment ne pas songer aussi à ceux qui choississent la Corse plutôt que la République, y compris dans les rangs de l'UMP où l'on s'est résigné sans coup férir à accorder à l'île qu'on le veuille ou non, ce que nul n'ose appeler un statut particulier mais qui en est bien l'amorce.
Cette affaire de régionalisation, à grand renfort d'assemblée, sous-assemblée, centres de gestion, comités locaux, etc...est bien mal partie.
Pour décentraliser, il faut partir de la seule réalité qui compte, celle des territoires que la politique menée depuis vingt ans désosse et désorganise.
Bien entendu, au fameux referendum corse, il faut voter non pour plusieurs raisons : d'abord parce que la suppression des conseils généraux sonne peut être le glas des départements, au sacrifice de la région, comme nous en voyions poindre la menace depuis deux décennies et dont la Corse fournit l'opportune occasion d'un ballon d'essai; or département et région, ce sont deux philosophies toutes différentes de la décentralisation, la région n'étant ni plus ni moins que la reconstitution de vieux fiefs qui toujours en France se sont dressés contre l'Etat . Et il faut voter non aussi parce que ce démantélement crée de très fâcheux précédents et que nous glissons à petit pas vers l'Europe des régions à laquelle semble convertie M. Raffarin qui lui préfére peut être les intérêts de son pays.

 

Paul Marie Coûteaux