Fiasco général
La Une, septembre 2001

28 août 2001 :
Aurons-nous assez de doigts pour compter les fiascos que l'actualité inflige aux absolutistes de la construction européenne, à un rythme si soutenu que les Cabris sont devenus de véritables puces sautillant en tous sens.

L'épisode macédonien achève de ridiculiser la prétendue "politique étrangère commune" en prouvant que nos engagements dans les Balkans non seulement n'ont rien réglé mais soulèvent sans cesse de nouveaux problèmes à mesure que se crée, et avec notre aide, la grande Albanie, à moins que ce ne soit la grande Turquie...

Fiasco, aussi, la politique régionale dont de nombreuses affaires montrent qu'elle se traduit presque exclusivement par des subventions accordées ad libidum à des féodalités et potentats locaux, sans aucun contrôle puisque la Commission est pour cela dépourvue de tout moyen, jusqu'à emplir les caisses d'autonomistes ou de séparatistes avec les heureux résultats que l'on voit en Corse.

Fiasco encore la réforme des institutions et ce fameux traité de Nice si mal ficelé que fidèle à la politique de fuite en avant à laquelle les européistes nous ont habitué, on ne peut sortir de la paralysie résultant des misérables négociations aux petites heures niçoises que par une nouvelle Conférence Intergouvernementale...

Fiasco aussi les référendums européens contraires à l'Europe chaque fois qu'ils sont organisés au Danemark, en Suisse et plus récemment en Irlande. On a beau faire comme si les peuples suivaient, ils ne suivent pas. Les européistes doivent faire sans eux, et de plus en plus contre eux.

Fiasco encore les négociations sur l'élargissement qui, pays candidat après pays candidat, ne parviennent qu'à de pauvres accords de façade accordant aux nouveaux pays des dérogations exorbitantes au mépris du premier principe de l'Union européenne : l'égalité de traitement des Etats-membres. Il n'y aura bientôt plus deux pays qui auront les mêmes statuts, les mêmes droits, les mêmes devoirs vis-à-vis de l'Union tout se perdant dans un bric à brac d'exceptions, de dérogations, de statuts particuliers où tout le monde se noie, à commencer par l'idée européenne elle-même.

Fiasco encore l'idée d'une politique européenne commune qui n'aboutit qu'à la paralysie des uns et des autres en particulier dans l'un des plus graves dossiers, celui du Proche-Orient, que l'Europe devrait désamorcer tant il est riche d'explosifs - lesquels n'éclateront pas seulement à ses portes mais tôt ou tard dans ses murs mêmes. Les dirigeants européens en sont réduits à se prendre pour le Pape, c'est-à-dire à prôner la paix comme s'ils n'avaient à leur disposition aucun instrument diplomatique, politique, financier et même militaire. C'est la neutralisation absolue de l'Europe en Méditerranée même, à la seule exception de l'Allemagne qui peut faire semblant, elle, de parler au nom de toute l'Europe, puisque son hégémonie y est de facto reconnue. Messieurs Chirac et Jospin, et le premier nommé surtout, auront à répondre devant l'Histoire de l'extraordinaire silence de la France devant la guerre larvée qui déchire le Proche-Orient. Ils ont purement et simplement passé la main à Berlin, où M. Arafat lui-même a trouvé des interlocuteurs qui, depuis des décennies, étaient à Paris.

Le prochain fiasco sera à n'en pas douter celui de l'euro, dont la petite remontée actuelle ne peut masquer la fragilité face au dollar, la dépendance vis-à-vis des politiques menées à Washington et à Londres tandis que ses effets pervers sur notre économie (inflation, chute de la consommation... ) et la désorientation probable des ménages pendant l'hiver prochain conduiront à un "eurobogue" dont nul ne peut encore mesurer l'ampleur mais qui d'ores et déjà plombe toutes nos perspectives économiques pour l'année prochaine.

De fiascos en fiascos, de fuites en avant en fuites en avant, l'Europe va son train, nous faisant dévaler une pente en une course folle qu'il sera de plus en plus difficile d'arrêter à mesure que la chute s'accélèrera. Politiquement, c'est à terme un désastre pour les tenants les plus sincères de la construction européenne puisque tous les nuages qui s'accumulent à l'horizon et qui éclateront tôt ou tard en terribles orages leur tomberont dessus. Dommage pour l'Europe qui, au fond, était une belle idée et qui n'avait pour inconvénient que d'être dans sa version fédéraliste intégriste, une colossale erreur. Elle n'aura eu de surcroît qu'une déveine, celle d'être endossée par des politiciens si minuscules qu'ils n'auront jamais réussi à déjouer ses pièges, sautant successivement à pieds joints dans l'un puis l'autre.

1er septembre 2001 :
Il faut se résigner, peut-être, à ce que le mouvement souverainiste, trop embryonnaire encore et, surtout, trop peu organisé en l’état actuel, ne soit pas représenté en tant que tel lors de la prochaine élection présidentielle : ainsi, dans un monde pourtant lourd de menaces, aucun candidat n’aura pour seul horizon la France et elle seule, son héritage, ses intérêts, et simplement sa politique. Pourtant, de ce que je persiste à nommer la “politique de la France”, les points cardinaux, d’abord la souveraineté nationale et populaire face aux hégémonies, ensuite l’autorité de l’Etat face aux féodalités de tous ordres, enfin l’esprit de civilisation face aux souriantes tentations du nihilisme ou de l’individualisme modernes, trouvent aujourd’hui de si nombreux points d’application qu’ils constitueraient à eux seuls un programme, et des plus précis. Hélas, nul chef n’est là pour le défendre, alors même que les Français en cherchent confusément l’inspiration dans les brouillards du doute, de la colère ou du dégoût.

Nous avions remporté une victoire : ce fut, mieux encore que le résultat prometteur de 1999, l’émergence dans le paysage politique français d’un mot nouveau, le souverainisme, que nous fumes longtemps bien seuls à utiliser, mais qui claque désormais comme le drapeau de tous ceux qui, venus de multiples horizons, croient encore possible de rassembler les Français sur la France -rien que la France, mais toute la France. Qu’aucune personnalité nouvelle n’ait, à ce jour, émergé de la nébuleuse intellectuelle et politique qui a remporté cette première victoire, voilà un constat qui nous emplit d’amertume. La faute en incombe en partie au verrouillage des médias, acharnés à réduire le souverainisme parce qu’il est la seule réponse intégralement politique au mondialisme ; elle incombe aussi au verrouillage des partis dont les persistantes ornières ont happé la plupart des chefs ; elle incombe aussi, hélas!, aux militants souverainistes eux-mêmes, qui se sont dispersés dans des affiliations politiques d’un autre âge, de-ci, de-là, qui à droite, qui à gauche, ou dans une myriade d’associations dont les intentions sont certes nobles, mais dont la dispersion en une succession de colloques aussi chaleureux que répétitifs et finalement stériles, joints à une conception abusive de leur propre “souveraineté”, empêchent d’atteindre la moindre lisibilité aux yeux de l’opinion française -membre de onze d’entre elles, je me crois autorisé à l’écrire, sans la moindre acrimonie, mais sans illusion.

Alors que la France perd sous ses yeux la maîtrise de toutes ses politiques, de sa politique étrangère et celle de sa défense au bénéfice des Etats-Unis, de ses lois, du conseil européen, de sa politique agricole, industrielle, commerciale, et par conséquent sociale au bénéfice de la Commission de Bruxelles, de sa politique intérieure et de sécurité au bénéfice des féodalités les plus diverses (magistrature “indépendante”, c’est à dire indépendante du Bien public, syndicats en tous genres, y compris les corporations administratives, bandes et potentats locaux les plus divers), alors que la France en est même à perdre sa monnaie, avant de perdre sa langue, et qu’elle sera bientôt réduite à la seule idée d’elle-même, qui est éternelle mais fragile, le dernier carré de ses fidèles n’ont toujours pas d’organisation, pas de porte-parole, ni même, ou à peine, de voix.

Ainsi, à l’approche d'importantes élections, les souverainistes sont-ils confrontés à un choix :
- soit, ils s'en désintéressent, s’abstiennent ou votent blanc. Ce serait sans doute le plus raisonnable : d’abord parce que, l’Etat étant privé de presque toutes ses compétences, hors celles qui ressortent du service-secours de la mondialisation, on ne voit pas de quel pouvoir cette compétition serait l’enjeu. Aussi longtemps que ne sera pas rétablie la Souveraineté sous ses deux espèces indissociables, nationale et populaire, toute compétition se résume à une sorte de match de football sans ballon. Pourquoi un Président de la République quand la République est morte, sinon pour jouer un rôle de leurre ? C’est là une mascarade à laquelle nous n'aurions pas à nous prêter. Tandis que s'accumulent à l'horizon de lourds nuages, dont les premiers pourraient éclater dès l'année prochaine, rien n'importe davantage que de demeurer intacts, prêts à agir en dehors des vieux cadres, au sein d'un mouvement national que les circonstances dicteront d'elles-mêmes et qu'un engagement intempestif dans les péripéties électorales ne peut que compliquer. L'heure est encore au travail intellectuel, et même spirituel, à la réflexion, ainsi qu'à l'organisation minimale du "souverainisme" et, pour commencer, au rapprochement des associations et mouvements politiques qui le prônent.

- soit, ils s’engagent dans le combat présidentiel : moins raisonnable, ce choix n’en est pas moins le plus probable pour la plupart d’entre nous, tant est grande la tentation de se laisser aller aux délices de la démocratie même quand elle se trouve réduite à un jeu d’ombres. Mais le pire serait alors de nous prononcer dans la plus grande dispersion, au risque de nous retrouver, quand l’été sera venu, plus désunis et plus découragés que jamais. Dans cette optique, l’un des premiers des nôtres, notre ami Jacques Dauer, a demandé à ses militants leur préférence, sous la forme d’un sondage libre, d’où il ressort qu’une majorité, relative mais importante, se prononcerait en faveur de Jean-Pierre Chevènement.

Parmi les “souverainistes”, je crois être l’un de ceux qui connait le mieux Jean-Pierre Chevènement, et de longue date ; je m’honore d’avoir fait partie de son cabinet, au ministère de la défense alors encore nationale, et d’être convié aux manifestations majeures de son groupe. A l’évidence, ses qualités font de lui l’un des très rares hommes d’Etat sur lesquels la France puisse compter. Mais, pour les mêmes raisons, je mesure aussi le risque d’une conjoncture dans laquelle les entourages du candidat (la plupart doivent au PS leur élection), la tentation de développer "une alternative de gauche", son refus même de faire sien le mot et, avec le mot, la bagage intellectuel et politique du souverainisme (dont l’horizon historique dépasse de beaucoup celui de la “République”), se conjugueraient pour nous entraîner fort loin du rassemblement national sans lequel il ne sera point de rupture aves les errements de la génération passée -l’ensemble aboutissant à nous rendre, une fois l’aventure achevée et les trétaux démontés, définitivement illisibles aux yeux des Français : après les errements “à droite” dont nous avons vu les résultats, les errements “à gauche” achèveraient d’émousser l’arme principale de notre mouvement, le rassemblement sans exclusive de tous les Français sur la France, que nous sommes seuls capables de réaliser car nous sommes les seuls à n’y mêler nulle autre querelle.

Est-il si urgent de se prononcer ? Savons nous qui sera candidat, et sur quelle ligne politique ? Au reste, est-ce rendre service au candidat “républicain”, comme à d’autres tout aussi estimables, tel, pour ne prendre que les déclarés, Charles Pasqua, qui jusqu’à présent fut le seul à “franchir le Rubicon”, ou du moins à le tenter un temps, que de soutenir l’un ou l’autre sans même qu’ils aient fait l’effort de s’entendre, de se hisser au dessus de la mélée, pour tenter un franc rassemblement national sans lequel aucun ne serait capable de rompre la spirale de l’indifférence et de créer un mouvement populaire -sans lequel, en somme, toute candidature est aujourd’hui condamnée au témoignage ? Avons-nous donc, pour nous précipiter ainsi, si peu d’exigence -et si peu de foi ?

4 septembre 2001 :
Les medias la minimisent, mais l'affaire est énorme : pendant toute une nuit et la moitié d'un matin, une ville entière, Béziers, fut terrorisée par un seul homme, lequel disposait d'un arsenal dont on n'imagine pas qu'une personne seule puisse les rassembler. Il fallut téléphoner au GIGN débarquant peu avant midi pour que cesse la terreur. Reste la question pendante : d'où venait l'arsenal ? On évoque la piste du Kosovo ; si elle se vérifie, l'hypothèse confirmait la crainte que j'ai déjà formulée ici ou là : à savoir que l'extension de la guérilla à la faveur du conflit des Balkans que nous avons nous-même contribué à alimenter en encourageant des mouvements islamiques manifestement pourvus d'importants approvisionnements en armes, aurait des retentissements jusque chez nous. C'en est au point que nous ignorons exactement le volume d'armes stockées ici ou là dans nos villes, nos banlieues et peut-être nos campagnes, prêtes à être utilisées par des amateurs ou des demi-professionnels formés sur le tas et capables de tenir des populations entières à leur merci. Agréables perspectives !

Paul-Marie Coûteaux

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