La France a-t-elle besoin de l'Europe ?
Le Figaro, 24-25 mars 2007
La France a besoin de l'Europe tout comme les Etats-Unis de l'Amérique. On a besoin de ses voisins pour faire ce que l'on ne peut pas faire seuls sans pour autant avoir l'idée de détruire les murs et faire cuisine commune sous la houlette d'un chef de district qui déciderait jusqu'aux menus. Car l'Union européenne est tout autre chose que l'Europe, et à voir ses résultats on peut même dire qu'elle la détruit. S'étant privée de sa seule substance vivante - les nations, empêchées de mener toute grande politique quelle qu'elle soit - cette dite Union, zone économique du monde à la plus faible croissance, a fait de notre continent l'homme malade de la mondialisation. Des agricultures menacées, des industries délocalisées, des traditions interdites, des civilisations détruites, une jeunesse reformatée sur le modèle américain : l'Europe est si détachée d'elle-même et de ses racines qu'elle sort de l'histoire, incapable d'avoir de ses propres intérêts.
Conçue en 1957 pour la protéger de l'imperium soviétique en l'arrimant à l'univers atlantique, l'Europe du Franco-Américain Jean Monnet a réussi en cinquante ans à nier la véritable Europe : le rêve de Rome, Europe ouverte devenue Europe offerte, ressemble au pacte de Faust vendant son âme contre la promesse d'une éternelle jeunesse. Rêve et idéologie ont fait oublier les réalités d'une Europe raisonnable : la préférence communautaire ; un ensemble de coopérations pragmatiques entre Etats notamment en matière de recherche, d'environnement, de contrôle de l'immigration et surtout de cette politique industrielle qu'interdit la Commission vouée au laisser-faire le plus archaïque.
A Berlin, les idéologues europiomanes montrent qu'ils sont tant drogués
à la supranationalité qu'ils ne peuvent sortir de la "gueule
de bois" du 29 mai que par un coup de force. En voulant relancer la Constitution
qu'ils ont rejetée par référendum, la chancelière
allemande insulte les Français, montrant aux peuples que faute de pouvoir
réformer l'UE, ils doivent songer à s'en délivrer en bloc.
D'un non à la Constitution, le 29 mai pourrait devenir un non à
l'UE tout entière : il faut la changer ou la quitter.
Paul-Marie Coûteaux